COPIES D'APRÈS LES GRANDS MAITRES
RAPHAEL : la Dispute du Saint-Sacrement; — l'Incendie du Bourg; — La Messe de Bolsène; — le Parnasse; — la Délivrance de saint Pierre ; — Attila chassé de Rome; — la Poésie; — la Douceur; — la Justice; — l'Amour et les trois Grâces ; — Junon, Cérès et Vénus; — Mercure; — Psyché venant des Enfers ; — le Mariage de la Vierge. — PÉRUGIN : le Mariage de la Vierge. — Pinruriccmio : la Vierge et quatre saints. — FRA BARTOLOMMEO : la Déposition de la Croix. — Bazzr (dit /e Sodoma) : l'Évanouissement de sainte Catherine. — Masaccio : saint Paul parlant à saint Pierre en prison ; — la Délivrance de saint Pierre. — Tirren : Bacchus et Ariane. — Poussin :
Mort de Germanicus.
L'heureuse idée de créer un Musée de copies d’après les grands maitres ne pouvait venir qu'à un érudit comme M. Charles Blanc, artiste et auteur de l’Æéstotre des Peintres de toutes les É’coles. Dès sa nomination de directeur des Beaux-Arts, il comprit quel parti on pouvait tirer des copies envoyées tous les ans par les élèves de l’école de Rome; il pensa qu’à défaut des originaux de chefs-d’œuvre qu’on ne pourra jamais se procurer, puisque les plus considérables sont des fresques que le temps dégrade chaque jour ; il pensa, disons-nous, que des copies faites avec la plus grande fidélité suffiraient pour donner de ces peintures une idée beaucoup plus juste que ne le font les
meilleures gravures, et que tout le monde gagnerait à cela : l'État utiliserait les travaux des pensionnaires qu'il entretient à Rome; les élèves, connaissant l’emploi de leurs copies, y mettraient plus de soin encore ; les artistes verraient annuellement s’augmenter la série des tableaux de maîtres que le Louvre ne possède pas et qu’ils viendraient étudier, et le peuple, qui ne peut voyager en touriste, aurait sous les yeux, classés par écoles, les chefs-d’œuvre disséminés dans les monuments et les plus riches galeries de l’Europe, groupés chronologiquement dans ce Musée Européen.
Malgré l’activité déployée par M. Charles Plane et par M. Buon, inspecteur des Beaux-Arts, chargé du service des expositions, Ce nouveau musée n’a pu être inauguré que le 15 avril. On yarrive par l'entrée du pavillon nord de la façade occidentale du palais des Champs-Élysées et par le grand escalier décoré de vasesde Sèvreset de tapisseries des Gobelins. En entrant dans le vaste salon du pavillon nord-ouest, on se croirait au Vatican (1), à Rome, tant est imposant l’aspect des grandes compositions de Raphaël (2), qui occupe presque entièrement les parois de cette salle si bien remplie.
La première peinture qu’on aperçoit en entrant est la Dispute du Saint-Sacrement, très-belle copie d’après Raphaël, exécutée de la grandeur du tableau original par
(1) Le Vatican est plutôt une réunion d’édifices irréguliers qu'un palais ; il a trois étages, renferme une infinité de salles, de galeries, de corridors, de musées, etc. On y compte 20 cours, 8 grands escaliers et 200 escaliers de service ; mais il manque une façade extérieure à cet ensemble de constructions diverses, dont l'entrée est cachée par la colonnade de la place Saint-Pierre. Ce n’est qu’à leur retour d'Avignon que les papes s’y établirent. Les plus célèbres architectes y travaillèrent : Bramante, Ligorio, Fontana et d’autres.
(2) Raphaël, fils de Sanzio, peintre médiocre, naquit à Urbin, en 1483 ;
il eut pour maître Pierre Pérugin; il est mort à Rome en 1520, à l’âge de 37 ans.
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M. Tiérsonnier. Cette grande composition fait partie des chambres du Vatican, lesquelles sont au nombre de quatre : la chambre dite de la Signature, celle d’Æéliodore, celle de l’/ncendie et celle de Constantin, selon l’ordre chronologique de l’exécution de ces peintures. Il est intéressant de -rappeler comment Raphaël fut appelé à peindre cette fresque, qui décida de l’avenir du jeune artiste. Le pape Jules IT avait chargé Luca Signorelli et Pérugin de la décoration de cette partie du palais, quand, à la sollicitation de l’architecte Bramante, Jules II fit venir Raphaël, alors à Florence, et lui demanda de peindre la Dispute du Saint- Sacrement. On prétend qu'à l’occasion de cette. fresque, Raphaël écrivit à l’Arioste pour lui demander ses conseils. Quoi qu’il en soit, cette composition est la plus belle épopée chrétienne : c’est l’union du ciel et de la terre, c’est Dieu, les anges, les saints assemblés en concile, consacrant l'institution du Saint-Sacrement. Voici un détail assez curieux : le peintre aurait obtenu de Jules II la permission de placer dans ce tableau, parmi les théologiens, Bramante appuyé sur une barrière, le Dante, le peintre Fra Angelico, et aussi Savonarole, brûlé comme hérétique à l’instigation du pape Alexandre VI, de mémoire peu édifiante. Lorsque cette grande page, entièrement peinte par Raphaël fut achevée (1514), le pape la trouva d’une si belle ordonnance, d’un coloris si harmonieux, il fut si satisfait, qu’il ordonna d’effacer tout ce qui avait été fait précédemment, et voulut que Raphaël peignît toutes les chambres. Mais, plein de respect pour son maître, celuici ne permit pas qu'on détruisit un plafond peint par Pérugin.
La belle copie de l’/ncendie du Bourg (4) exécutée par
(1) Get incendie eut lieu en 847 au Borgo, sur l'emplacement duquel (1) 80, Ï 1
M. Balze, tient presque entièrement un panneau de cette salle, celui du côté droit. Cette fresque a été dessinée par Raphaël et peinte en grande partie par ses élèves (1516-17); on croit que le maître en a peint les figures principales. Dans son livre sur les Musées d'Italie, M. Viardot dit : «Il y à dans cette fresque plus de nus que dans mille autres . compositions de Raphaël, qui paraît les avoir évités avec autant de soin que Michel-Ange en a mis à les introduire partout. Il faut convenir que les nus de Raphaël, toujours remarquables par la beauté des formes, par l’expression et la vérité des pantomimes, n’égalent point cependant ceux de Michel-Ange pour la partie la plus matérielle, la science anatomique, le travail musculaire, la hardiesse des poses et des mouvements. » On pense que ies meilleures figures, les femmes qui portent de l’eau, ont été peintes par Raphaël, et l’on attribue à Jules Romain l’homme portant son père, groupe qui rappelle Énée et Anchise.
Le panneau du côté gauche est occupé par deux autres grandes compositions de Raphaël : Ze Parnasse et la Messe de Bolsène, copies de M. Paul Balze. Dans cette dernière, Raphaël a retracé le miracle de Bolsène, légende d’un prêtre incrédule, convaincu par la vue d’une hostie sanglante (1264). Ici l'artiste a introduit en scène Jules Il, qui entend la messe. — Dans la gracieuse et suave composition du Parnasse le peintre a groupé autour d’Apollon et des Muses Homère, Pindare, Sapho, Horace, Virgile, Ovide, Dante, Pétrarque, Boccace, Sannazar.
Le quatrième panneau de cette salle est complétement rempli par deux grandes copies d’après Raphaël : — l’une, la Délivrance de saint Pierre, copie de M. R. Balze, est une se trouve aujourd’hui le Vatican, la Basilique, le château Saint-Ange, etc.
Le pape Léon IV l’éteignit par un signe de croix, dit la légende dont Raphaël s’est inspiré.
SALLE PREMIÈRE. 15 allusion à la délivrance du pape Léon X, fait prisonnier à la bataille de Ravenne. Dans cette fresque, le peintre à su triompher des plus grandes difficultés de conception et d'exécution ; il y représente trois temps différents d’une même action et dans trois lumières différentes, sans nuire à l’intelligence du sujet ni à l’harmonie du coloris. — Les allusions de l’autre fresque, Saint Léon arrétant Attila aux portes de Rome, sont à l’adresse de Léon X, grand diplomate, protecteur des lettres et des arts, mais qui, d’après Valéry, n’était pas de force à une telle action.
Cette salle contient encore plusieurs copies des fresques de Raphaël au Vatican. Ce sont d’abord : la Poésie, par M. Émile Lévy ; — /a Douceur et la Justice, par M. Clère ; — puis une copie de M. Soulacroix d’après le Christ au tombeau, une des premières peintures historiques de Raphaël (1507), alors âgé de 24 ans, exécutée pour l’église San- Francisco de Pérouse, et maintenant à la galerie du palais Borghèse (1), à Rome; — ensuite quatre copies des fresques du palais de la Farnésine (2), où Raphaël a peint la charmante fable de Psyché. Ces pendentifs représentent : l'Amour montrant Psyché aux trois Grâces ; Junon et Cérès parlant à Vénus en faveur de Psyché ; Psyché venant des en-
({) Le palais Borghèse est un des plus beaux de Rome, commencé en 1490 sur les dessins de Martino Lunghi, et achevé par Flaminio Ponzio. La cour est entourée de portiques soutenus par 96 colonnes de granit, doriques au rez-de-chaussée et corinthiennes à l'étage supérieur.
(2) Le palais de la Farnésine (villa Chigi) fut construit par Baldassare Péruzzi pour le banquier Chigi, qui y donna un repas au pape Léon X, aux cardinaux, ete., où l'on servit des plats de langues de perroquets et où la vaisselle d'or et d'argent était, à mesure qu’on la desservait, jetée dans le Tibre. Il est vrai que ces richesses, ainsi jetées par les fenêtres, étaient soigneusement recueillies dans un filet. Ce n’était qu'un semblant de prodigalité! Le Titien assistait à ce repas et il en donne les détails.
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fers avec le vase de fard que Proserpine lun a donné pour apaiser la colère de Vénus ; Mercure publiant la récompense promise par Vénus à celui qui livrera Psyché. Cette dernière copie est de Ingres. Les guirlandes de fleurs et de fruits qui encadrent ces sujets ont été peintes par Jean d'Udine. — Enfin, une copie faite au musée Brera, à Milan, par M. le chevalier Chevignard, d’après Mariage de la Vierge, célèbre sous le nom de Sposalizio, peint par Raphaël à l’âge de 21 ans : c’est une reproduction avec très-peu de variantes du tableau de Pérugin (1) fait en 1495 pour l’autel Saint-Joseph, à la cathédrale de Pérouse, et qui se trouve aujourd’hui au musée de Caen. Selon M. de Ghennevières (Réflexions sur le musée de Caen), ce tableau de Pérugin fut donné à une époque où, pour dégager le Louvre des œuvres d’un maître fort estimé des commissaires de la conquête d'Italie, mais qui était peu sympathique au goût du public d’alors, les musées des départements et trois églises de Paris reçurent vingt-quatre tableaux de Pérugin. » — La copie du Mariage de la Vierge, de Pérugin, qu’on voit à côté de celle d’après Raphaël, est de M. Quantin.
D’autres maîtres de l’école italienne sont encore représentés dans ce premier salon par les ouvrages suivants : Vierge et quatre saints, copie de M. Armand Leleux d’après le tableau du Pinturicchio (2) à l’église Santa-Maria del Popolo (3) à Rome ; — /a Déposition de la Croix, copie de
(1) Pérugin (P. Vanucci, dit le chef de l’école romaine et maître de Raphaël, est né en 1446 et mort en 1524.
(2) Pinturicchio (Bernardino Betti, dit le), né à Pérouse en 1454, mort à Sienne en 1513. Ce malheureux artiste étant tombé malade, fut enfermé par sa femme dans une chambre où il mourut de faim et privé de secours. ;
(3) L'église Santa-Maria del Popolo fut bâtie en 1099 pour purger cette place des démons établis aux alentours du tombeau de Néron. Sixte IV
M. Sturler d’après le tableau de Fra Bartolemmeo (1), de la galerie Pilti (2), à Florence, œuvre admirable de sentiment; — Bacchus et Ariane, copie faite par M. Colin d’après le Titien de la galerie nationale à Londres; — /y Mot de Germanicus, par M. Sanès, d’après le tableau de Poussin à la galerie Barberini, à Rome ; — % Vierge au Donateur, copie de M. Chatigny, d’après la peinture de Léonard de Vinci (3) au couvent de Sant’ Onofrio, à Rome, église et couvent bâtis au xv° siècle et immortalisés par la mort du Tasse. On y montre encore, dans la cellule qu’il habita, son encrier, un miroir, une loupe, une ceinlure, derniers objets en la possession du poëte qui s’éteignit dans la misère en léguant à l'Italie la gloire de son génie ; — /’Évanouissement de sainte Catherine, copie de M. Giacomotti, d’après la fresque de Bazzi (dit le Sodoma) (4) à l'église de
la fit rebâtir en 1471 par Baccio Pintelli. Plus tard, elle fut modernisée dans quelques parties par le Bernin. Les peintures et les sculptures qu’elle renferme en font une des plus intéressantes de Rome.
(1) Baccio ou Bartolommeo della Porta, connu sous le nom de Frà Bartolommeo ou simplement #7 Frate, né en 1169, mort en 1517.
(2) Le palais Pitti, célèbre par son musée, l’un des plus riches de l'Europe, à une origine aussi curieuse que sa forme est singulière. C’est vers 1440 qu'un simple commerçant florentin, Lucca Pitti, eut l'idée de se bâtir une habitation plus belle que le palais du gouvernement, folle entreprise qui le ruina. Cet édifice fut élevé d’après les dessins du grand architecte Brunelleschi, et plus tard continué par l’Ammanati, qui y ajouta une belle cour intérieure. Dans le xvne siècle Giufo Parigi, autre architecte, éleva les deux ailes de la façade. Cette façade est Construite en blocs énormes, taillés enbossage, dont plusieurs dépassent 8 mètres de long. Il est présumable que l'emploi d'énormes bossages, qui domine dans l'architecture des modernes Toscans, fut accrédité par de plus anciennes pratiques. Ce goût était déjà établi avant Brunelleschi, qui en avait vu à Rome de remarquables modèles. A cette époque, le style de l’architecture antique, l'emploi de ses ordres et de ses ornements, n'étaient pas encore appliqués aux bâtiments civils.
(8) Léonard de Vinci, né au château de Vinci, près de Florence, mourut en France dans les bras de François Ie".
(4) Bazzi (Giovanni Antonio Razzi ou plutôt Bazzi, dit le Sodoma), né à Varcelli en 1479, mort en 1554.
San Dominico, à Sienne, chef-d'œuvre d’un peintre dont les ouvrages nous sont peu connus ; — Saint Paul parlant à saint Pierre en prison et la Délivrance de saint Pierre, copie de M. Mottez, d’après les fresques de Masaccio (1) à l’église dell” Carmine, à Florence. Ces peintures commencées par Masolino da Panicale (1415), continuées par Masaccio (1443), et terminées par Filippino Lippi, ornent la chapelle de Brancacci, échappée à l'incendie de 1771, qui détruisit le reste de l’église. Pérugin, Raphaël, Michel- Ange, Léonard de Vinci, sont venus tour à tour les étudier. Ces fresques marquent un des immenses progrès de l’art, auquel elles ont ouvert une voie nouvelle, et à près d’un siècle de distance, elles participent déjà de l'ampleur magistrale qui brillera dans les œuvres de Raphaël, lequel, du reste, s’est inspiré de cette belle figure du saint Paul de Masaccio pour son saint Paul préchant à Afhènes.
Cette simple et sommaire description des chefs-d’œuvre, dont les copies se trouvent réunies dans la première salle de ce musée, suffirait pour montrer que cette collection est appelée à devenir une des plus intéressantes et des plus instructives de Paris. Que sera-ce, si un jour nous y voyons deux bonnes reproductions de la Transfiquration, cette admirable conception de Raphaël, et de la Vierge au Donateur, célèbre tableau plus connu encore sous le nom de LA VIERGE DE ForiGno (Wadonna di Fohigno), deux chefs-d’œuvre que la France a possédés et qu’elle devrait posséder encore ?
En effet, non-seulement ces peintures .nous avaient été données en paiement des contributions de guerre lors de la conquête d'Italie, mais {a 7ransfiquration, généralement
(1) Guidi (Tommaso), dit Masaccio, né en 1402, mort en 1443. Il fut l'élève favori de Masolino de Panicale et le maître de Filippino Lippi.
SALLE PREMIÈRE. 2Il considérée comme l’œuvre capitale de Raphaël, lui fut commandée pour la France par le cardinal Jules de Médicis, qui le destinait à la cathédrale de Narbonne, dont il était l'archevêque. Raphaël voulut exécuter lui-même cette grande composition pour montrer dans toute leur splendeur les merveilleuses qualités de son génie, qui depuis quelque temps, selon Vasari, ne se montraient plus qu’affaiblies par l'interprétation de ses élèves. Le prix de ce tableau était de 655 ducats (8,250 francs environ), et à la mort de Raphaël on lui devait encore 224 ducats qui furent touchés par Jules Romain, son élève et son héritier. On croit que ce dernier termina quelques parties restées inachevées. Jules de Médicis, devenu le pape Clément VII, légua à l’église San Pietro in Montorio ce chef-d'œuvre, et envoya à Narbonne la Xésurrection de Lazare, par Michel- Ange et Sébastien del Piombo, également commandée par lui. Quant à la Vierge de Foligno, elle a été peinte en 1512 pour le secrétaire de Jules IT, Sigismond Conti, qui y est représenté à genoux. En 1565, la nièce de Sigismond Conti, abbesse du couvent de Santa-Anna, à Foligno, emporta ce tableau et le donna à l’église de son couvent, d’où il fut tiré dans un état pitoyable et envoyé à Paris avec les autres peintures portées en compte des indemnités de guerre. Il y fut restauré et transporté sur toile; il est maintenant à la galerie du Vatican, à Rome.
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VELAZQUEZ : Portrait équestre d'Olivarès; — Portrait en pied de Philippe IV; — Portrait en pied de don Fernando; — Réunion de buveurs; — Portrait en pied de Ménippe ; — les Filles d'honneur ; — Portrait en pied d'Ésope ; — Les Forges de Vulcain; — les Fileuses ; — Portrait d’un naïn ; — Portrait de l’idiot de Coria: — Reddition de Bréda; — Portrait de la dame aux gants ; — le Crucifiement. — RiBerA : Saint Stanislas et l'Enfant Jésus. — Zurparan : Saint Francisco en prière.
La seconde salle est consacrée au prince des peintres espagnols, à don Diego Rodriguez de Silva y Velazquez (4). Elle contient quatorze copies d’après ce maître qui n’était guère connu en France que par la gravure, laquelle ne pouvait rendre la touche franche, parfois brutale de cet artiste. Les nombreux ouvrages publiés sur les œuvres de Velazquez nous disent bien que ce maître peignait du premier coup sans retouche (2), qu’on pouvait compter ses coups de brosse et en suivre les directions en tous les sens (3), que sa couleur n’avait pas le rayonnement et l’éblouissante transparence de Rubens et qu’elle manquait de finesse (4), mais, habitué au charme du coloris de Murillo,
(1) Diego Rodriguez de Silva y Velazquez (et non Diego Velazquez de Silva) naquit à Séville en 1599, eut pour premier maître Herrera le Vieux et ensuite Francisco Pacheco, dont il épousa la fille. Peintre du roi, Aposentador Mayor (quartier maître de la maison du roi), chevalier de l’ordre de Saint-Jacques, il mourut le 6 août 1660.
(2) Louis Viardot, es Musées d’Espagne. — L'ancien catalogue du Musée de Madrid.
(3) W. Bürger, Trésors d'art en Angleterre.
(4) Clément de Ris, Musée de Madrid,
SALLE DEUXIÈME. 25 si bien représenté au Musée du Louvre, le visiteur est tout surpris, en quittant les Raphaël, de se trouver ici en présence de peintures espagnoles aussi crûment réalistes ; son œil a besoin de se familiariser avec ce peintre pour lequel la beauté et la laideur semblent indifférentes, qui admet la nature telle qu’elle est, qui rend les belles choses avec la même perfection que les vilaines (1), et dont l’exécution souvent heurtêée « devient sublime à force de caractère (2). »
En entrant, on aperçoit à droite, au centre du panneau, le Portrait équestre du comte-duc d'Olivarès, premier ministre et favori de Philippe IV, copie de M. Prévost, d’après le tableau du musée de Madrid.
Pedro de Guzman, III° comte d’Olivarès, duc de San Lucar de Barramoda est né en 1587. Dès l’avénement de Philippe IV (1621), il occupa la plus haute position dans le gouvernement ; il fut premier ministre, président du conseil de la censure pour la réforme des abus, grand chambellan, grand chancelier des Indes, trésorier général de l’Aragon, membre du conseil supérieur d'Etat, grand écuyer, capitaine général de la cavalerie et gouverneur du Guipuscoa; il se chargea de toute l’administration intérieure. Son despotisme ayant amené des révoltes et ses prodigalités ayant causé la ruine de l'Espagne, Olivarès fut exilé à Toro, où il mourut en 1645.
Velazquez a représenté son puissant protecteur galo- : pant sur un cheval bai, robuste étalon de l’Andalousie. Le comte-duc d’Olivarès porte une armure, une écharpe rouge en sautoir et un chapeau à larges bords. Il tient de la main droite le bâton de commandement et de l’autre il
(1) Théophile Gautier, Moniteur du 24 septembre 1864.
(?) Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles. Biographie de Velazquez.
dirige son cheval vers un combat qu’on aperçoit dans le lointain, bien que le favori n’ait jamais pris part à aucune action militaire. Ce beau portrait parfaitement en rapport avec la description de Voiture qui nous représente ce personnage comme étant « l’un des meilleurs cavaliers et des mieux tournés de l'Espagne », est une réfutation, un démenti à la hideuse caricature tracée par Lesage (1). Ce tableau, que les auteurs cités plus haut regardent comme un chef-d'œuvre, à été peint en 1631; il est placé dans la tribune du musée de Madrid,
À droite de ce tableau se trouve le Portrait de Philippe IV, à l’âge de 21 ans, bonne copie de M. Guignet d’après le tableau du musée de Madrid.
Philippe IV, roi d'Espagne, fils de Philippe I et de Marguerite d'Autriche, né le 8 avril 1605, monta sur le trône à l’âge de 17 ans. Trop adonné aux plaisirs pour régner par lui-même, il abandonna la direction des affaires au comteduc d’Olivarès, qui reçut un royaume riche et puissant, et le rendit épuisé et bien amoindri. Après la terrible défaite de Villaviciosa, le roi s’affaiblit de jour en jour, et quand il expira le 17 septembre 1665, il ne fut regretté ni des grands ni du peuple (2).
Ge roi est représenté de grandeur naturelle, debout, en costume de chasse, gants de chamois, col empesé, hautsde-chausses d’un gris verdâtre, les manches du pourpoint “noires, rehaussées d’argent. Pour coiffure une casquette, dans la main droite une escopette. Il est arrêté près d’un arbre ; son chien est à ses pieds.
(1) Gil Blas, liv. XI, chap. 11. Olivarès y est décrit comme étant bossu, ayant la tête énorme, la peau jaunâtre, le visage allongé et le menton pointu se recourbant vers la bouche. Voila comment les romanciers écrivent l'histoire!
(2) Weiss, l'Espagne depuis Philippe 11.
Comme pendant, Velazquez a peint le Portrait en pied de don Fernando d'Autriche, dont nous avons sous les yeux une bonne copie due également à M. Guignet.
Don Fernando d'Autriche est jeune, debout et de grandeur naturelle. Gomme le roi Philippe IV, il est en costume de chasse, avec le fusil dans la main droite, suivi d’un beau chien. Cette peinture est très-largement exécutée.
iéurion de buveurs, tableau connu sous le titre de Zos Bebedores ou Los Borrachos (les Ivrognes), copie de M. Brigot d’après le Velazquez placé dans la tribune du musée de Madrid.
Cette composition se compose de neuf figures de grandeur naturelle ; elle a été peinte en 1624. Au centre un des buveurs demi-nu,assis sur un tonneau comme Bacchus sur son trône, la tête couronnée de feuilles de vigne. Il se dispose à couronner de lierre un autre buveur, agenouillé à ses pieds, et l’assemblée entière célèbre gaiement le succès de ce vaillant disciple de Bacchus.
À propos de cette toile célèbre, M. Viardot mentionne l'admiration que sir David Wilkie éprouvait pour ce tableau qu'il préférait à tous les autres ouvrages de Velazquez : « Chaque jour, quel que fût le temps, il venait au musée, il s’établissait devant son cadre chéri, passait trois heures dans une silencieuse extase ; puis, quand la fatigue et l'admiration l’épuisaient, il laissait échapper un ouf! du fond de sa poitrine, prenait son chapeau et sortait, Sans être peintre, sans être Anglais, j'en ai presque fait autant que lui (1)! »
Dans le Woniteur du 24 septembre 1864, Théophile Gautier dit : Voyez le tableau de Los Borrachos, un chef-
(1) Les Musées d’Espagne, page 152.