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Bellini; mais, au temps où il racontait, sur les murs des senole de Venise, les merveilleuses mythologies de sainte Ursule et de saint Gcorges, la peinture profane n'était plus confinée sur les panneaux de meubles ni à Venise, ni à Florence; elle s'était élevée à la dignité de «tableau ». L'Italie n'a pas conservé une œuvre de Carpaccio qui soit l'interprétation d'un sujet antique et païen : cette œuvre, c’est le musée André qui la rend
Cliché Bulloz,
VITTORE CARPACCIO.
L'AMBASSADE D' HIPPOLYTE, REINE DES AMAZONES, A THéSséE.
à tous les amoureux du passé. L'un des plus fervents de ces amoureux, M. Georges Lafenestre, a su découvrir le sujet du tableau, en feuilletant la Théséide de Boccace, dans un des précieux manuscrits du musée Condé: c'est l'ambassade d'Hippolyte, reine des Amazones, à Thésée, roi d'Athènes. En vérité, le vainqueur du Minotaure était jeune et beau lorsqu'il reçut cette ambassade, qui prépara son mariage avec l'héroïne. Carpaccio a donné à Thésée une barbe de Charlemagne, en songeant au vieux mari
que sa seconde femme pensa tromper avec « le fils de l'Amazone ». Il a
transporté la légende dans le monde de ses turqueries, et fait du joli scribe qui regarde l’une des guerrières un Fortunio de Venise.
Les portraits de la Renaissance complètent, dans deux salles du musée André, la série des peintures profanes : ils sont si nombreux qu'on ne saurait même les nommer tous, depuis le profil d’Alphonse d'Aragon, le roi de Naples, peint par un disciple de Piero della Francesca, et le profil d’un inconnu, dessiné, gouaché et signé sur une feuille de parchemin par Gregorio Schiavone, l'élève de Squarcione', jusqu'au gentilhomme milanais de Bernardino de’ Conti, aux dames d’'Ambrogio de Predis et de Boltraflio, au joueur de luth de Pontormo, ce contemporain langoureux et fier de Lorenzaccio…
Dans le nombre de ces portraits, Titien n’est représenté que par une excellente copie d'atelier d'après l’Hercule d'Este, dont l'original est au musée du Prado. Un disciple du Tintoret, qui se souvient aussi de la vieillesse de Titien, a réuni, sur une grande toile, autour de la Présentation au Temple, deux groupes de donateurs vénitiens. Le nom de ce disciple, s'il est accepté par la critique, donnera à une œuvre assez médiocre une haute valeur historique; ces visages aux grands yeux, ces gestes passionnés des mains, tout, même le grand-prêtre et le personnage à face byzantine qui apparaît dans un coin, permet de reconnaître dans le peintre de ce tableau votif le jeune Dominikos Theotokopoulos qui, établi à Venise avant 1570, s'était mis à l’école de Titien et du Tintoret, et qui fut connu plus tard dans Tolède, sa seconde patrie et, de nos jours, dans les deux mondes, sous son surnom de Greco.
C'est à la fin de son histoire que la peinture vénitienne triomphe
dans le nouveau musée, qui possède le plus spirituel des Guardi, — une gouache d’une exquise transparence —, et qui est, en vérité, un musée de
Tiepolo.M.etM"*° André avaient déjà acquis à Milan deux plafonds du maître, tous deux peints avant 1740, lorsqu'ils firent à Mira, dans la villa Contarini, au bord de la Brenta, la découverte des fresques dans lesquelles Tiepolo avait commémoré la journée du 27 juillet 1574, et l'heure où le jeune Henri INT, en remontant la Brenta, après la réception fameuse que lui avait faite Venise, s'arrêta dans cette villa, chez le procurateur Federigo Contarini.