‹ Le Musée Jacquemart-AndréChapitre 17 sur 22 · E. BERTAUX · texte numérisé non relu

E. BERTAUX

E musée Jacquemart-André n'est pas d'une grande richesse en ouvrages des écoles du Nord. Les dernières années n’ont pas été très favorables à ce genre de collections. Depuisla double vente Kann, il n'y a plus en France de galeries hollandaises. M'° André s'était tracé, d’ailleurs, un programme précis : l'Italie de la Renaissance et la France du xvi1° siècle avaient évidemment toutes ses préfé-

rences.Mais le goût naturel qu'elle avait pour les belles choses l’emportait fréquemment sur son souci de l'unité. Elle se laissait tenter par les occasions et se faisait à elle-même d'heureuses infidélités. Ce qu'elle à réuni ainsi ne forme qu'un hors-d'œuvre de sa collection ; mais elle n’a pas laissé de rassembler en ce genre quelques pièces de choix, qui comptent parmi les perles de son étonnant musée. Bruges est évoquée ici par deux œuvres charmantes de la fin du xv° siècle, qui expriment l’une et l’autre l'idéal de douceur et de grâce délicate qui succède au naturalisme de l’époque antérieure. L'une de ces œuvres est une Madone devant un paysage. Le caractère général est encore tout à fait celui de Jean van Eyck. Mais le thème s’affadit, le modelé s’estompe (il est vrai que la peinture est un peu fatiguée); le motif se présente, chose nouvelle, à mi-corps, formule inédite qui isole et souligne

l'expression sentimentale; le sujet ne s’encadre plus, à la manière classique, dans de l'architecture, mais dans un paysage. Tout conspire à modifier le thème primitif, à le baigner d’une atmosphère et d'une émotion nouvelles. Un clocher de briques violettes se dresse dans le soir. M. Hulin de Loo y reconnait le clocher de Notre-Dame de Bruges, d’où il tire

la conséquence que l’artiste est Brugeoist. En réalité, on ne saitrien. Tout ce qu'on peut dire, c'estquece précieux morceau exprime à merveille la « détente» du naturalisme flamand, et son passage de l’art rigoureux des Van Eyck à l’art aimable de Gérard David.

L'autre tableau est plus singulier, plus curieuxencore.

C'est une des der-

nières acquisitions Hans MEMLING. — ALLÉGORIE. cliché Bulloz. de M°° André, qui

trouva ce petit

ouvrage dans l’automne de 1910 chez un antiquaire de Madrid. L'œuvre appartient, par son sujet, à la elasse la plus piquante des peintures primitives ; la composition présente un petit rébus iconographique que je ne me flatte pas d'éclaircir. On voit au milieu d’une campagne un rocher de couleur étrange, une pyramide d’améthyste, dont les pointes de cristaux s’entr'ou-

1..G. Hulin de Loo, Exposilion de lableaux flamands. Bruges, 1902, n° 99.

Avan Dyck pinx

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