‹ Le Musée Jacquemart-AndréChapitre 19 sur 22 · DRAG · texte numérisé non relu

DRAG

AINT GEURGES TUANT LE Miniature des Heures du Maréchal de Boucicaut, — Fin du xive siècle,

cs

et 27 autres illustrent la commémoration des saints ; celles-ci ressemblent à une galerie de portraits, où le maréchal, sa femme Antoinette de Turenne, leurs proches et leurs familiers, sont portraicturés sous la figure de leurs saints patrons.

Ce magnifique ouvrage appartient à la famille des grands manuscrits

N. LANCRET. — PASTORALE GALANTE. Ciiché Bulloz.

du commencement du xv° siècle, qui annoncent l'abandon des formules traditionnelles : une liberté plus grande dans la composition, de la précision dans l'expression de la physionomie individuelle, des formes plus souples, des modelés plus savants, des groupements plus vivants et plus pittoresques, la recherche de la perspective, le goût de la couleur locale, telles sont les qualités que révèle l'examen des miniatures de cette époque et qui atteignent leur point culminant avec les Très riches Heures du duc de Berry, exécutées au plus tard en 1416. Or, les Heures de Boucicaut sont l’œuvre d’un artiste qui fut en pleine possession de son talent

dès 1402, c'est-à-dire environ quatorze ans avant que le célèbre manuscrit de Chantilly ne fût parachevé. M. le comte Paul Durrieu, qui a finement caractérisé la manière et groupé l'œuvre de cet artiste, véritable précurseur des Van Eyck, propose de l'identifier avec Jacques Cône ou Coene, miniaturiste d'origine brugeoise, qui travaillait en France, sous le règne de Charles VI.

Après la mort de Boucicaut et de sa femme, le manuscrit passa, par héritage, au comte Aymar de Poitiers, sieur de Saint-Vallier, qui remplaça par ses armes et sa devise les armes et la devise des premiers possesseurs, sans se douter de la tablature que son geste vaniteux devait donner aux érudits du xix° siècle. Ayant appartenu ensuite à Diane de Poitiers, les Heures de Boucicaut vinrent entre les mains de Henri IV, qui en fit présent à sa maîtresse Henriette de Balzac, duchesse de Verneuil : on y trouve un feuillet portant, au recto, les armes et le chiffre de cette dame, et au verso, de la main du bon roi Henri, mention de la naissance de sa fille naturelle, la future duchesse d’'Épernon (21 janvier 1602). Dix-huit mois auparavant, une autre main avait consigné à la même place la naissance du premier enfant que le roi avait eu de la duchesse de Verneuil : un fils, appelé d’abord Gaston, duc de Verneuil, puis Henri, légitimé de France. C'était un homme fastueux et dépensier : il mourut, laissant force dettes, et l’on dut vendre ses meubles. Les Heures furent alors acquises par La Reynie, lieutenant de police et bibliophile. Elles disparurent pendant une partie du xvirr* siècle, revinrent au jour à Londres pendant le xix°, et rentrèrent en France, grâce à Guyot de Villeneuve, d'où, grâce à M"*° Édouard André, elles ne sortiront plus.

Quelques ivoires sculptés du x1v° siècle, quelques plaques d’émail et une demi-douzaine de portraits du xvi°, forment le trait d'union entre ces manuscrits et les productions des siècles suivants. Parmi les émaux, un brelan de portraits rassemble François 1°", le magnifique Rheingrave Jean-Philippe, colonel de ses reîtres, et la femme de celui-ci, Jeanne, fille de Galliot de Genouillac, seigneur d’Assier, maître de l'artillerie du roi. Quant aux peintures, quatre d’entre elles représentent des hommes vus en buste, de face ou de trois-quarts ; on les donne à un artiste encore bien mal connu, Cornelis de la Haye, dit Corneille de Lyon, parce qu’il travaillait en cette ville vers 1540. Les petites toques noires et plates, les

Justaucorps sombres de couleur et sobres d'ornements, les cheveux courts et les barbes soignées, et plus encore la matière mince, le faire minutieux et Juste, sufliraient à dater ces peintures. Mais comment mettre un nom sur le visage de ces quatre gentilshommes qui nous fixent de leurs yeux aigus? Le temps cst passé où l’on pouvait dire, répétant le rondeau dans lequel Eustorge de Beaulieu vantait l’habileté de Corneille à saisir la ressemblance deses modèles :

« C’est telle ou tel »; et l'on n’est pas mieux renseigné sur le compte de la Jeune femme peinte par François Clouet, qui fait pendant à la maussade Catherine de Médicis, du

même artiste : il reste qu'elle fut aimable, et que ses jolis yeux étonnés, ses cheveux blonds, son teint pâlot s’accommodèrent aisément du raide « collet monté » et du « corps »

de satin noir, sur lequel

descend un esclavage de

Cliché Bulloz.

Page 1