‹ Le Musée Jacquemart-AndréChapitre 19 sur 47 · CONVERSATION AMOUREUSE, PAR CLAUDE H O I N · texte numérisé non relu

CONVERSATION AMOUREUSE, PAR CLAUDE H O I N

de ses anecdotes ou rêveries libertines, h' Anacréon couronné par Vénus , et surtout le Début du Modèle, sont assurément, par le charme spirituel de l’exécution autant que par l’habileté de la mise en scène, des chefs-d’œuvre en ce genre. Il est clair qu’à côté de ces badinages lumineux, la composition, très simple et très honnête, du bon Iloin, Conversation amoureuse sur un banc, semble un peu

LE M USÉE J ACU UEM A RT-AN DRÉ

froide et bourgeoise. Néanmoins, c’est encore un joli morceau, d’une grâce émue, délicate et tendre.

Mais voici que déjà grondent, autour des peintres, les menaces de deux [{.évolutions, l’une, dans l'art, par les archéologues et par Louis David, l’autre, dans la société, par les idéologues et les politiciens. Toutes deux, en éclatant, sans arrêter leur activité, vinrent terriblement troubler la vie des artistes et changer leur clientèle. Il y en a bien qui sourient toujours, qui se moquent toujours, de tout et de tous, traversant, bouche close, ou bien hurlant avec les loups, les crises les plus sanglantes du bouleversement social. Tel est ce fantasque caméléon Duereux, peintre ofliciel, peintre lavoii de Marie-Antoinette et de la cour, qui trouve moyen de devenir peintre officiel de la Montagne, des citoyens Robespierre, Saint -Just,

Gouthon, etc. Lorsqu’un coup de soleii sur la route de Saint-Denis, en 1802, interrompit sa fructueuse fécondité, il allait devenir sans doute, en même temps que le terrible terroriste Louis David, peintre officiel du Consulat puis de l’Empire. Il se plaisait d’ailleurs à faire montre de scepticisme. Quand il se peint lui-même (et il le fait souvent), il s expose sous les titres Le Hall leur ou Le Moqueur. L exemplaire qu il nous en offre au musée est assurément l’un de ses meilleurs; toutefois, avec moins d’affectation caricaturale, on y retrouve bien son sourire sardonique. La peinture, d ailleurs, est d une bonne tenue, et justifie cette réputation de portraitiste qui, jointe à sa bonne humeur et ses

cliché J.-E. Hulloz.

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