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LE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN, BAS-RELIEF EN BRONZE PAR DONATELLO

cule les formes les plus vivantes, les plus pathétiques, les plus puissantes; une volonté dominatrice, emportée à la fois et réfléchie, mettant partout son empreinte; la composition conduite de la rondebosse jusqu’aux dégradations du stiacciato le plus menu, depuis la tête et le torse du saint émergeant de la masse jusqu’à l’aile de l’ange

qui va se perdre et comme se fondre dans le champ du bas-relief; enfin, la beauté suprême de la matière, une incomparable fonte à cire perdue; tout porte la marque impérieuse du maître, tout est pour émouvoir les yeux et le cœur des amoureux du quattrocento.

On retrouvera encore Donatello dans la galerie que nous avons quittée un moment pour aller admirer ce chef-d’œuvre. Voici un bon stuc d’après la Madone des Pazzi, — un tympan, non pas de Donatello mais tout à fait donatellesque, en terre cuite polychromée, représentant Le Christ mort pleuré par deux Saintes Femmes et soutenu par un ange; la désolation et la douleur y sont exprimées avec la fougue des plus dramatiques bas-reliefs de Padoue. Voici enfin deux magnifiques Angelots, porteurs de candélabres, herculéens, que l’on dirait descendus des rondes de la cantoria, enguirlandés de Ileurs, triomphaux et rieurs, presque bachiques, ayant, en manière d’épaulettes sur leurs robustes omoplates, un semis de plumes finement ciselées d’où se dégagent, pour battre l’air, deux petites ailes frissonnantes. Ils proviennent aussi de la collection Piot — et ce n’est plus une formule banale de dire, à propos de pareils morceaux, qu’ils suffiraient à l’honneur d’une collection. Faut-il maintenir à Donatello un buste en bronze de Louis de Gonzague dont un autre exemplaire, sensiblement moins bon, est au musée de Berlin? Goura jod le croyait plutôt de Nicolas Baroncelli. — Parmi les nombreux bas-reliefs de marbre dont il m’est impossible d’aborder l’étude, se trouve une Madone entourée de ring anges, dont le musée de Berlin possède une esquisse en terre cuite et un stuc, attribués par M. Bode à Donatello. Elle rappelle un peu par sa facture la Vierge des Médicis... J aurai le courage d’avouer que, à mon gré, si ce morceau était — et j’hésite à le croire — de Donatello, il n’ajouterait rien à sa gloire.

Après Donatello, voici donc ceux qui plus ou moins naquirent de lui. Les uns, comme Bertoldo et Bellano, s’inspirèrent directement de ses leçons, allumèrent leur esprit à la 11 anime de son génie et méritèrent que la distinction lut quelquefois difficile entre leurs imitations et les œuvres originales du maître. Les autres adaptèrent son exemple et ses enseignements à leur moindre génie, plus délicat et plus tendre, quelquefois aussi à leur désir de plaire à une clientèle plus sensible à la grâce qu’à la passion et à l’austère beauté. Puisque nous en étions aux bronzes, disons tout de suite qu’on trouvera ici de Biccio, qui fut, par Bertoldo, le disciple de Donatello, une série de petites pièces de la plus belle qualité. On ne

LA SCULPTURE

pourra, hélas! se rendre compte de la légèreté de la fonte et se donner la joie de caresser ces menus chefs-d’œuvre, dont on oserait dire que l’on jouit presque autant par le toucher que par la vue. Un musée public n’est plus une galerie intime; il faut prendre ses précautions contre les amateurs trop sensibles qui, après avoir caressé un bibelot précieux, ne résisteraient pas à la tentation de le glisser dans leur poche. M. Emile Bertaux a dû faire sceller sur les tables où ils sont exposés tous les objets offerts à l’admiration et aux convoitises des visiteurs. On pourra goûter du moins la beauté des patines, l’élégance savon reuse d u dessin, les raffinements de la ciselure et la finesse des modelés. Je n’ai ni le temps ni la place de m’arrêter à chaque pièce :

il suffira d’indiquer que du Moïse

(pour ne pas citer d’autres morceaux) de Riecio àl’ Hercule terrassant te Centaure Nessus, on aura à admirer une suite de parfaits chefsd’œuvre. Celui-ci est de Jean de Boulogne ou Boullongne, de Douai. (Essayons de lui restituer son vrai nom en dépit de la tradition plus indéracinable encore qu’erronée qui, depuis le xvne siècle, de Gian Bologna, a fait chez nous Jean de Bologne!)

Un maître chez qui la tradition donatellesque s’amenuisa en élégances plus effilochées — et qui apprit, à Rimini, de Léo Battista

Cliché J.-E. Bulloz.

LA MADONE AVEC L’ENFANT, BAS-RELIEF EN STUC PEINT PAR DESIDERIO DA SETTIGNANO

Alberti, comment on fait tlotter et onduler au vent les draperies et les chevelures féminines, « pareilles à des flammes », — Agostino di Duccio, pourrait être nommé ici à propos d’un stuc polychromé où la Vierge, toute jeune, tient sur ses genoux le corps de son Fils descendu de la croix; et l’on aurait — l’attribution admise, — le plus donatellesque des « Agostino » connus. Qu’il suffise de dire, sans prétendre à connaître l’auteur, que, devant un pareil morceau, on pense à ces deux influences possibles et combinées.

Le charmant Desiderio da Seltignano est, de tous les disciples de Donatello, le mieux représenté au Musée Jacquemart-André. Une tète de San Giovanino en terre cuite, évoque le souvenir de ces délicieux barnbini , qui, au sortir des bras de leurs mères florentines, deviendront les éphèbes, ou plutôt les garçonnets, fièrement campés en faction devant le sarcophage de Carlo Marsupini. Et voici, dans un beau relief de marbre, l’un d’entre eux, élevé en dignité, animé d’un lyrisme plus viril, aspirant à de plus hauts exploits, héroïque et charmant, revêtu d’une armure dont la sobre et hère élégance s’accorde merveilleusement à sa tête ardente, virginale et grave, couronné d’une branche de lauriers que noue, sur sa chevelure, un double ruban déroulé en banderoles. M. Emile Bertaux lui a consacré une belle étude dans les Mélanges Lemonnier qui viennent de paraître.

Un stuc de la [tins délicate polychromie, — oii la Vierge assise de trois quarts, sur un fond de ciel, de verdure et de fleurs, présente à l’adoration des passants l’Enfant qu’elle soulève de ses deux mains, à hauteur de son épaule, — évoque aussi le nom de Desiderio; il pourrait prendre place dans l’œuvre du maître, enlre la Madone de Turin et la Madone de la Via Cavour.

Parmi les sculptures florentines que, depuis son mariage, elle avait, au cours «le ses voyages en Italie et du vivant de son mari, ajoutées h sa collection, Mme Edouard André attachait une exceptionnelle importance aux Vertus exécutées à Rome par Verrocchio pour le tombeau de Francesea Pi t fi , femme de Giovanni Tornabuoni. Courajod en entretint la Société des Antiquaires, M. Bode les publia, et Müntz les faisait connaître (octobre 1891) aux lecteurs de la Gazette des Beaux-Arts, qui les reproduisait en héliogravure. Il me sera donc permis de renvoyer tout simplement le lecteur à la littérature du sujet, qui s’est d’ailleurs enrichie, depuis ces temps lointains, d’autres contributions. On peut affirmer aujourd’hui que le tombeau de Francesea se trouvait à Santa Maria sopra Minerva,

BUSTE DE JEUNE HOMME Bas-relief en marbre par Desiderio da Settignano ( Musée Jacqueviart-Andrè , Paris.)

LA SCULPTURE

dans une chapelle décorée par Ghirlandajo, et <[ue Verrocchio s’était inspiré, pour les bas-reliefs de l’accouchement et de la mort, recueillis au Bargello, d’un sarcophage païen de la villa Faustina où est sculptée la mort d’Alceste. Quant aux Vertus (les trois Vertus théologales et une quatrième, la Justice, ajoutée sans doute pour la symétrie), il subsiste encore, sur la place qu’elles occupaient, une incertitude assez difficile à résoudre dans l’état actuel de notre documentation. Pour ce qui concerne leur valeur intrinsèque, on peut bien dire qu’elles ne comptent [tas parmi les chefs-d’œuvre du maître. — Mais ce sont des pièces d’un intérêt historique capital, el que lous les grands musées peuvent envier au Musée Jacquemart-André.

Aux grands noms que nous venons de prononcer, on peut ajouter celui d’Antonio Rossellino, dont on retrouve, parmi les stucs réunis par M. et Mmc André, les types familiers de Madones. Est-ce à lui qu’il faut attribuer aussi une assez mystérieuse et très charmante Madone de marbre, représentée à mi-corps, avec l’Enfant debout auprès d’elle? La provenance en est inconnue; c’est, je crois, une des rares pièces dont on ne saurait dire quand et comment elle entra dans la collection André. L’Enfant est assurément très rossellinesque et l’on en retrouverait, avec des variantes toujours apparentées, le type reconnaissable dans toutes les œuvres les plus charmantes du maître. La Vierge, dont le manteau garde sur les bordures quelques traces des « froncés » donatellesques, a, dans l’expression de son visage aux modelés [tins ressentis, dans le mouvement de sa tète rejetée en arrière, quelque chose de plus moderne. On pourrait penser au « Maître des Madones de marbre », si l’œuvre ne dépassait pas la valeur moyenne des morceaux groupés sous cette étiquette provisoire... Et c’est peut-être, somme toute, — à ne considérer que la tête de la Madone, — avec le bas-relief en marbre du musée de Berlin, qui passe pour avoir été trouvé dans une villa près de Sienne après avoir appartenu à la chapelle domestique ou à la guardaroba des Médicis au palais Pitti 1 , qu’on arriverait à instituer le rapprochement le plus utile, — les différences entre les deux morceaux restant d’ailleurs sensibles.

Autour des œuvres d’intérêt majeur que nous venons de signaler, un grand nombre de morceaux, recueillis au cours de leurs voyages par M. et Mme Edouard André, éveillent au passage, dans la mémoire du visiteur, de bons souvenirs d'Italie. Ce Manneken-pis, joufflu,

1. Voir W. Bode, Denkmâler..., pl. 328, et la deuxième édition, récemment parue du cinquième volume du catalogue du Musée de Berlin, n° 137.

robuste et goguenard, dont le visage rond s’égaie d’un gros rire, vient en droite ligne de l’atelier de Bugiano; — ces profils de César, de Faust ina, de philosophes ou d’empereurs étaient encastrés jadis dans quelques bandeaux de cheminée, quelque frise ou quelque muraille de palais florentin. Il est, dans le. nombre, des effigies illustres dont la ressemblance fortement marquée et la facture nous ramènent aux maîtres du premier plan. Ce médaillon en marbre de Sigismond Malatesta, aux yeux bridés, au sourire ironique, intelligent et cruel, à qui l’attribuer sinon à Matteo de Pasti lui-mème? Et ce Ludovic le More, aux gros yeux bovins à fleur de tête, au menton noyé dans la graisse, nous conduit à Omodeo.

C’est à Faenza que fut acheté un bas-relief à trois compartiments (reproduit ici en tète de chapitre) où sont racontés à fleur de marbre, dans le style anecdotique dont les Rossellino et Benedetto da Majano illustrèrent les tombeaux et les châsses de Filipo Lazzari, de saint Savin, de Santa Fina,la prédelle de Y Annonciation d’Arezzo, — trois épisodes de la légende de saint Emilien. On voit le saint d’abord occupé à construire une meule • — et tandis qu’il tasse le foin autour de l’armature d’un piquet central, une main divine émergeant d’un nuage parait au-dessus de sa tète; interrompant sa besogne, il porte vivement, avec le geste expressif d’un homme qui serait pris d’une rage de dents, la main sur sa joue gauche. Près de lui, un compagnon tient sa fourche et retourne le foin, cependant que la même main divine, sortant de sa manchette de nuages, se pose sur sa joue. Fond de paysage et de montagnes couronnées de châteaux. C’est ensuite la scène des funérailles; devant une rue étroite, sous un ciel rayé de nuages horizontaux, passe le cortège; le corps enveloppé d’une longue robe est couché sur un char traîné par des petits bœufs; le clergé groupé autour d’un évêque et quelques laïques l’escortent; aux fenêtres des maisons, apparaissent des têtes curieuses. Enfin devant la châsse encastrée au mur d’une chapelle, deux hommes tiennent sous les aisselles un troisième personnage, qui semble fort agité. Des enfants et des spectateurs sont groupés à droite et à gauche. Et c’est ici l'illustration Irès fidèle de trois épisodes de la légende du saint ( Acta Sanctornm, 6 novembre, t. III, p. 294), que je voudrais pouvoir citer d’après le texte original. Après la destruction de Faenza par les Lombards, on avait perdu la trace du tombeau de saint Emilien. Quand on se reprit à vivre, les troubles passés, un jour que deux citoyens travaillaient à construire une meule, sans se douter qu’ils étaient précisément à l’endroit où gisait la sainte dépouille, ils

LA SCULPTURE

furent fort surpris d’y recevoir une formidable gifle ( colaphum magnum). Après s’être accusés réciproquement, ils vont devant le comte Bernard et sa femme Théodelinde, qui, pressentant un miracle, décident de faire des

fouilles à l’endroit même où la gille divine fut administrée aux plaignants. On trouve le corps ( mira suavitate flagrans tanquam aromatibus conditum esse t); on le charge sur un chariot traîné par des bœufs pour le conduire à la basilique.

Mais, à peine attelés, les bœufs refusent de marcher ( niillis hortaminibus, vel punctionibus ulterius procédé bant)

La comtesse se tourne alors vers son mari et lui suggère que le saint 11e veut pas entrer dans la basilique avant qu’une donation lui ait été faite, quia non sine dote sanctus vult ingredi basilicam. La donation est aussitôt constituée; on se remet en route, mediocri gradu. Et le peuple et le clergé, avec des hymnes et des

acclamations, escortent le saint jusqu’à la basilique où le corps est déposé dans une arc ha marmorea. Des miracles ne manquent pas de s’y produire. Et en voici un justement, dans le troisième compartiment de notre bas-relief : vir nobilis de Castro Doraloli demoniacus erat. Ad corpus sancti Emiliani veniens plane liberatus est. Il ne manqua pas, on le devine, de faire lui aussi une belle donation.

Cliché J.-E. Bulloz. VIERGE EN PRIÈRE

STATUE EN BOIS POLYCHROME ET DORE ECOLE SIENNOISE., XVe SIÈCLE

Au milieu de la salle, une Madone de crèche, à genoux, sans doute siennoise, attirera l’attention et charmera l’œil par la gravité de son oraison et surtout par la beauté de sa polychromie, où les ors fanés, 1rs Ions feuilles mortes relevés de quelques rouges éteints, forment une harmonie d’une plénitude et d’une douceur infinie.

On en pourrait dire autant d’un grand relief acheté à Bologne, o ii la Vierge est assise sous un dais à coquille, et dont la polychromie, faite également de teintes mordorées et havane réchauffées de rouges en sourdine, est d’une opulence grave et amortie. Elle fait un peu penser à ces grandes Madones assises sur des trônes à coquilles attribuées à un énigmatique « maître des Marches », h un Dalmate hypothétique, du début du xvie siècle, iniluencé par Guido Mazzoni; mais la draperie est ici plus souple, même plus chilïonnée par endroits et plus large, et semble conserver quelques lointains souvenirs de Jacopo délia Quercia. De pareils morceaux sont de vraies trouvailles d amateur. Ils réchauffent de leur doux rayonnement le panneau oii ils prennent place.

Nous voici arrivés aux contins des écoles de l’Italie septentrionale où le médaillon de Ludovic le More nous avait déjà introduits. LTn bas-relief, vénitien plutôt que génois, où l’on voit saint Michel, juvénile et chevaleresque, armé de pied en cap, le manteau flottant au vent de ses ailes frémissantes, terrassant le dragon, est un charmant morceau de la plus rare élégance. Lin très beau buste en bronze, qui pourrait être de Riccio ou de son atelier, porte le nom d’Euripide gravé en caractères grecs, au-dessous d’une tête d’homme barbu tout éclairée d’intelligence et de noblesse, en dépit de son air un peu fruste.

Un petit guerrier, mutilé, dans une armure vaguement antique, avec ses cheveux bouclés, ses formes maniérées et son geste de lamentation, pourrait très bien prendre place dans la série des fragments provenant de la chapelle funéraire de Gaston de Foix, dispersés entre les musées de Milan, du South Kensington, de Madrid et la villa de Castel lazzo1 ; il est bien en tout cas dans le style de l’inégal et souvent ennuyeux Agostino Busti, dit le Bambaja.

Enlin, quelques bustes, dont l’un (en bronze) est un bon portrait du personnage inconnu (quelquefois mais sans raison dénommé Trivulce) dont le comte Camondo a légué au Louvre l’effigie de

1. Voir le récent travail de M. Gustave Clausse sur les tombeaux de Gaston de Foix et la famille Birago par Agostino Busti (Paris, 11. Laurens, 1912, in-4°).

LA SCULPTURE

marbre, — un bronze du portrait bien connu de Michel-Ange, dont la tête est ici, par l’effet de sa monture, plus inclinée que dans les autres exemplaires, — mériteraient de nous arrêter dans cette galerie du premier étage où Mme André s’étail plu à ordonner le sanctuaire des maîtres de la Renaissance italienne.

Signalons encore un joli bas-relief du Christ à la colonne , dans le style de Jacopo Sansovino, — une réplique de la mystérieuse Femme aux yeux baissés que l’on s’accorde aujourd’hui à attribuer à Francesco Laurana, et, au centre de la salle, un grand groupe en marbre, L'Amour et Psyché. La composition , par son naturalisme et l’enlacement combiné, avec une gaucherie très appliquée et compliquée, des visages, des mains, des bras et même des pieds, est assez « amusante », mais l’exécution en est plate et morne. On sent ici l inlluence germanique prochaine et desséchante, et l’on pense, mais pour la regretter,

à l'Eve de Rizzo, si savoureuse en sa robustesse mi-vénitienne, mi-allemande, et qui donne si bien l’impression d’une arrière-petitefille de Y Eve de Bamberg, émigrée au pays et au palais des Doges.

Dans les pièces voisines, consacrées surtout aux peintres, quelques sculptures ont été placées. D’abord un tombeau, imité des sarcophages étrusques, avec le gisant accoudé, qui ne prétend pas au chef-

Cliché J.-E. Bullo7.

LA MADONE AVEC L’ENFANT HAUT-RELIEF EN PIERRE POLYCHROME E ET DORÉE URBINO, XVe SIÈCLE

d'œuvre, mais qui est un document curieux par la signature : « Petrns liartoldus dois Faoentinus faciebat ». Plus loin, deux petits chevaux de bronze, tout à fait donatellesques et qu'il faudrait rapprocher du célèbre cheval en bronze doré (exposé dans la grande galerie du rez-de-chaussée) où l’on avait cru — fort abusivement sans doute reconnaître une épreuve d’un modèle de Léonard de Vinci pour la fameuse statue équestre de Milan. J’ai déjà signalé le charmant petit buste d’enfant en terre cuite de Desiderio.

Enfin, dans les salons du rez-de-chaussée où va nous ramener l’élude des sculptures françaises, qui sont pour 1 histoire de notre école d’une importance bien supérieure encore, la collection des petits bronzes italiens, dont nous avons signalé la qualité exceptionnelle, sera d’un grand attrait pour les amateurs. Çà et là, enfin, quelques bustes vénitiens ou des bibelots curieux, comme celte statuette en terre cuite dorée, qu’accompagne un autographe do liossini, signé du « 2 avril 18(iü, Paris » : « Il me plaît de déclarer que cette adorable statuette en terre cuite, qui fait partie de la collection de mon ami Castellani, ne chante pas ma cavaline di tanti palpiti qui lit le bonheur des Vénitiens en 1813. Elle fredonne une chansonnette du célèbre compositeur Landrone qui naquit à Padoue en 1300. Cela veut dire, Dieu merci, qu’elle ne chante pas la séduisante musique de l’avenir. » Nous savions que l’auteur du Barlrier n’aimait pas la musique de Wagner; voici de ses antipathies un nouveau témoignage amusant à recueillir.

Lli TRIOMPHE DE GALATBE, BAS-RELIEF EN TERRE CUITE PAR CLODION

XVII0 ET XVIIIe SIÈCLES

Si l’on en excepte l’honnète petite Vierge que tailla dans la pierre un de nos bons imagiers du xv° siècle, et qui, effarouchée par les chefs-d’œuvre profanes des contemporains de Boucher et de Frago, s’est réfugiée, presque cachée, au premier étage, parmi ses sœurs, les Madones italiennes du quattrocento, tous les sculpteurs français sont installés au rez-dechaussée de l’hôtel, — non dans une galerie spécialement aménagée pour eux, mais répartis dans les salons, mêlés à la vie des maîtres de céans, participant avec leurs amis les peintres, les menuisiers, les ébénistes, les tapissiers, au vivant décor dont ils sont à la fois les collaborateurs et les hôtes rajeunis. Meubles, tentures, tapisseries, ils peuvent autour d’eux tout reconnaître, et ceux qui ont élu domicile dans la rotonde ont la joie d’y admirer les portes à deux vantaux et la grande glace de bois sculpté et doré que le marchand Montvallat acquit, il y a une trentaine d’années, parmi les dépouilles d’un hôtel de la rue du Bac rendu fameux par les décorations que Voltaire appelait les « imper-

Cliché J.-E. Bulloz.

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