‹ Le Musée Jacquemart-AndréChapitre 30 sur 47 · BUSTE DUNE ACTRICE TERRE CUITE, PAR J. -B. LEMOYNE · texte numérisé non relu

BUSTE DUNE ACTRICE TERRE CUITE, PAR J. -B. LEMOYNE

tinentes magnificences » de Jacques Samuel Bernard, surintendant de la maison de la reine, qui devait tristement finir, vingt ans plus tard, dans une scandaleuse banqueroute.

Sera-t-il jamais possible d introduire dans nos musées cette cohabitation souhaitable et désirée, de restituer des « ensembles » ou peintres, tapissiers, céramistes et sculpteurs voisineraient pour leur mutuel avantage? Les locaux du Louvre s’y prêtent peu, hélas! Quelques tentatives ont pourtant été faites. La dernière, la plus discrète, dans une toute petite salle, — entre le « mobilier » et les « dessins », — oh l’on a groupé les portraits de ]\ln'e Favart et du maréchal de Saxe; mais un marchand de photographies y est venu aussitôt installer ses comptoirs et l'effet espéré a été irrémédiablement compromis Et des raisons d’Etat s’opposent, paraît-il,

à ce qu’il soil déménagé dans la salle voisine, plus spacieuse pourtant!... Mais revenons aux sculptures du Musée Jacquemart- An d ré .

La série française n’y commence qu’au xvie siècle — et encore ne compte-t-elle, à vrai dire, que deux morceaux de cette époque, puisque le buste de Goysevox que l’on pourrait être tenté d’y classer est daté de 1711.

Le premier de ces morceaux est un buste d’Henri IV, par Barthélemy Tremblay, effigie posthume de l’invincible monarque

Par qui l’univers a tremblé Et qui revit, malgré la Parque,

En cet ouvrage de Tremblay.

L’est un portrait officiel, oh les traits physionomiques sont légèrement atténués et qui reste pourtant très expressif. Le Béarnais était un bon modèle et, sans même aller jusqu’au bout de sa ressemblance, les portraitistes y trouvaient aisément leur affaire. Pascal leur a bien enseigné, à sa manière, qu’ils doivent puiser en eux-mêmes la véritable originalité, puisque « plus on est original plus on trouve qu’il y a d’hommes originaux ». Mais on aime mieux, tout de même, avoir à portraiturer Henri IV. Barthélemy Tremblay, qui avait épousé en 1596, à Saint-Pierre d’Avon près Fontainebleau, Madeleine du Breuil, la sœur du peintre Toussaint du Breuil, et qui devait exécuter un des bas-reliefs du socle de la statue du Pont-Neuf, connaissait bien, pour l'avoir vue souvent, la figure du Roi. L’Institut de France se trouve posséder aujourd'hui, dans ses

LÀ SCULPTURE

musées de Chanlilly et du boulevard Haussmann, quelques documents essen tiels de cette royale iconographie. Le buste de Tremblay est ici en bonne compagnie. Sans doute le roi a souri de ses lèvres de bronze, en voyant installer dans une des vitrines d’un salon voisin, avecdes livres reliés à ses armes, l’admirable manuscrit des Heures du Maréchal de Boucicaut où, sur le feuillet de garde, il inscrivit de sa propre main, en 1603, la naissance d’un des bâtards qu’il eut de la marquise «le Verncuil... Et l'on pense à ces billets savoureux et gaillards, d’un tour si vif, que, jusqu’à la lin de 4609, celle-ci reçut de son royal amant: « Mes chères amours..., j’ai reçu trois lettres de vous aujourd’hui, sans celle que j’espère recevoir encore devant que dormir. Croyez que c’est le seul temps où j’aie reçu du contentement, car, hors de votre présence et de vos nouvelles, je n’ai non plus de joie qu'il n’y a de salut hors l’Eglise. Soyez mardi sans faillir à Marcoussis et si vous pensiez que votre dinée fût à propos .à Ville roy, je vous y ferais bonne chère et irais avec vous à Marcoussis et, vous prêtant la moitié de mon carrosse, le vôtre serait déchargé et en échange, au logis, vous me prêteriez la moitié de votre lit. Bonjour, l’àme à moi, je te baise un million de fois. » Et l’on voit, à relire ces lettres, le regard du roi s’animer d'un rayon plus vif.

En face de lui, Richelieu, de ses lèvres pincées, sourit d’un tout autre sourire — • un riso cotai amaro — dans le buste en bronze de Jean Warin. Le modèle en plâtre en avait été commandé à la fin de la vie du cardinal. Les textes publiés par Courajod et de Boislisle établissent que les héritiers firent, sur ce plâtre, exécuter six épreuves en bronze, quatre par le fondeur Hubert Lesueur, deux par Henri Perlan, dont les paiements furent effectués aux mois de juin et d’octobre 1643. L’un des exemplaires (qui est perdu) avait été placé près du tombeau du cardinal à la Sorbonne ; un autre, à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, d’où il passa chez Lenoir, puis à la Bibliothèque Mazarine, qui le conserve ; on connaît les quatre autres : la famille de Ghabrillan (héritière des d’ Aiguillon-Richelieu) en possède une belle épreuve; une autre, de bonne qualité, figura dans la collection J. Poucet; l’Albertina de Vienne a acquis la cinquième, et voici la sixième. Warin, qui semble ici, comme dans la médaille de 1630 exposée dans une vitrine de la salle IV, un peu intimidé par son modèle, n’a pas apporté dans ce travail la liberté d’allure et la verve que l’on admire dans sa médaille de Tabarin, ni même le réalisme plus large et plus vivant de son buste de

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