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E C C E HOMO », PAR A . MANTEGNA

d’abord chez ses beaux-frères les Bellini, puis chez tous ses successeurs à Venise et dans la Haute-Italie. Nous en trouvons ici d’assez nombreux exemples. L’esprit grave et austère de Mantegna persiste encore chez l’auteur d’une Vierge adorant l'Enfant et chez l’auteur d’une Vierge entre saint Joseph et une jeune sainte dans un cadre

peint <ie pierre sculptée, d’où elle présente, en saillie, comme sortant d’une lucarne, son gros nourrisson. Mais, lorsque les élèves de Bellini entrent en scène, le type, moins pur et moins lier, s’attendrit encore. C’est la Madone, affectueuse, mais attristée, de Cima da Gonegliano, au milieu d’un paysage panoramique. C’est la grande Madone attribuée «à Marco Bel I i , en pied, trônant, sur une terrasse. C’est dans plusieurs autres toiles, plus importantes, des premières années du x\ i° siècle, d’aspect et de style plus ou moins proches des grands Vénitiens, Giorgione, Pal ma, Titien, etc. : une robuste Madone trônant au-dessus d’un piédestal sculpté, défendue par deux solides gardes du corps, saint Michelet saint Roch; une autre amplement drapée, entre deux jeunes saintes, toutes les trois d’une beauté largement épanouie; etc. Ce sont, d’ailleurs, des productions plutôt dues aux villes voisines qu’à Venise même. Tel est le cas, par exemple, d’une grande Vierge entre un saint évêque et sainte Marguerite. La Madone est assise en plein air, sur une haute estrade au bas de laquelle deux angelots demi-nus sonnent, l'un de la Utile, l’autre du tambourin. Sa figure pleine et placide, sa taille épaisse, ses lourdes draperies, comme la haute stature et la dalmatique somptueuse du saint évêque, la belle robe de la jeune sainte et, dans le grand ciel qui baigne ce groupe de lumière, les découpures vertes des feuillages d’orangers, d'ifs et de lauriers, tout fait penser à Vérone, et, pourtant, le peintre n’est pas un Véronais; il a signé : Bernardine de Milan, avec la date de 1507.

Est-ce encore à Vérone, mais dans la génération antérieure, ou du côté de Ferrarc, qu'il faut chercher l’auteur d’une Vierge à mi-corps, d’un type très individuel, un peu vulgaire, comme celui de l’enfant grassouillet qui la regarde en prenant d’une main un citron qu’elle lui o lire, et tenant, de l’autre, une caroube? Tous deux sont baignés d’une lumière fraîche et crue qui caresse et modèle les blancheurs de leurs chairs comme chez Cossa, et la vivacité des maigres passants qui s’agitent derrière eux sur une large place de ville entourée de palais colorés y rappelle aussi les fresquistes de Schifanoja. L’attribution à Domenico Morone, de Vérone, peut pourtant se soutenir. On retrouve encore l’influence ferraraise dans un charmant tableautin composé et soigné comme une grande miniature par Leonardo Scnlletti da Faenza. C’est une Sainte Ursule , debout, dans un cadre de pierre sculptée ouvert sur la campagne et posé sur une arcade dont l’ouverture laisse voir au loin le Massacre îles vierges à Cologne. Rien de juvénile, d’élégant, de tendre comme

LA PEINTURE

le saint adolescent, un gentilhomme, et d’angélique comme la petite sainte jouant de la cithare, qui, des deux côtés, gravissent des degrés de marbre, pour lui apporter leurs prières.

Bien d’autres représentations de saints ou saintes légendaires se rattachent encore aux mêmes écoles, parmi lesquelles il en est quatre au moins qu’on ne saurait oublier. L’une est une curieuse Vierge assise, aux côtés de laquelle chantent, debout, deux angelots, et se tiennent, de haute taille, très jeunes et très délicats, d’expression line et douce, un saint Antoine de Padoue et un saint Pierre martyr. On l’attribue à Gregorio Schiavone. D’une authenticité plus certaine et d’une individualité supérieure, fortement accentués dans leur exécution, sont deux panneaux de Carlo Grive 1 1 i . Chacun d’eux nous montre trois saints à mi-corps, emprisonnés sous des arcades de pierre entre lesquelles, au dehors, sont suspendus de gros fruits. Toutes ces figurines, notamment : Saint Louis de Toulouse, Saint Jérome, Saint Pierre, avec leurs profils aigus, leurs gestes secs, leurs habits de couleurs éclatantes, sont caractérisées, dans leurs types traditionnels, avec une âpreté de vie intense oii l’on sent la griffe aiguë du maître vénitien transplanté dans les Romagnes.

Un chef-d’œuvre supérieur, celui-là nettement marqué du génie pittoresque el poétique de Venise dans toute sa pureté, est un triptyque (sans doute une prédelle) signé par Lazzaro Bastiani, maître et modèle de l’exquis narrateur, du candide légendaire, Carpaccio. Quel est le saint, moine et martyr, dont l’aventure nous est contée ici en trois tableaux? Sans doute un saint local dont on retrouvera le nom. D’abord, dans une salle de justice étroite, communiquant avec un cachot grillé (où, tandis qu’un geôlier lui apporte sa nourriture, le prisonnier reçoit un rayon lancé du ciel par un ange), se tient, sous la présidence d'une façon de doge, un Conseil de docteurs et prêtres en costumes orientaux. Dans le panneau central, un moine tonsuré à genoux devant un sultan (?), dans une salle de palais, semble implorer sa grâce. Au dehors, à droite, on le flagelle ; à gauche, on l’étrangle. Mais c’est dans le troisième panneau que se déroule la scène la plus vivante, la plus émouvante de toutes par la vérité des actions et la beauté des harmonies pittoresques : l’embarquement, sur une haute galère, des reliques du martyr suivies par une longue procession de pèlerins en blanc, dont les derniers sont agenouillés sur le quai. Le paysage lumineux, avec un palais vénitien, la vue sur la mer, la quille et la mâture gigantesques du vaisseau dressées dans le ciel, la solennité calme avec laquelle

.s’accomplit la cérémonie font de cel épi sodé une merveille d’exécution autant que de conception.

La vaste toile du Saint Sébastien, enchaîné en pleine campagne sur un grand poteau, n’est point d’un artiste aussi délicat, d’un coloriste aussi harmonieux; mais elle nous apporte, avec un nom, celui de ( iirolamo da \ icenza, un envoi important d’un maître signalé par Vasari, et dont on connaissait seulement quelques tableaux de chevalet. Le jeune martyr, dont le beau corps, d’une chair blanche, est déjà percé de flèches, essaie encore de sourire en tournant sa tète charmante et tendre vers l’ange qui lui apporte une couronne d’or. En bas, de chaque coté, debout, tenant des arcs, deux bourreaux, on plutôt, deux gentilshommes du voisinage, en beaux habits, suivis de deux compagnons dont on ne voit que les tètes. Quatre portraits, sans nul doute, et vraiment très beaux, presque milanais par la netteté du trait, la distinction du type. Derrière tout ce groupe, une longue perspective de campagne, avec des arbres, des villas, des châteaux, ou des ligurines de soldats, de cavaliers, de paysannes représentant les scènes de la légende, fourmillent avec une agitation de gestes vifs et de couleurs voyantes, qui font encore songer à Ferraro. L’est un fort bon spécimen de cet amalgame un peu bigarré par lequel nombre de peintres, dans les villes qui s’échelonnent entre Venise et Milan, s’eflbrçaient d’associer les qualités des deux centres. Dans la même catégorie peuvent rentrer un certain nombre d’autres toiles et petits panneaux représentant des scènes, de légendes pieuses : Saint Jérome en /trière (Basait!?), Vierge et saints (Bramanliiio), Communion de sainte Madeleine , Docteurs de /’ Eglise (Massone), etc.., etc., presque tous intéressants à quelque point de vue, pittoresque ou expressif, que Mmc Edouard André a recueillis dans la Haute-Italie. Nous ne saurions, pour l’heure, nous y arrêter, et nous terminerons cette revue rapide des quattrocentisti religieux d’Italie en nous posant une interrogation inquiète devant une toile très émouvante, d’un style très particulier.

Il s’agit d’une grande Pietà franciscaine, peinture large et franche, dans une tonalité grave, austère, un peu grise, d’une intensité extraordinaire dans l’expression douloureuse et fervente des ligures. Nous sommes dans un coin de grotte rocailleuse d’où l’on aperçoit, au loin, un port avec des vaisseaux au pied d’une côte escarpée. La Vierge, assise à terre, soulève de la main droite la lète de son Fils, étendu sur ses genoux, el dont elle soutient le corps de l’autre main. Coiffée de linge blanc sous une capuche sombre, la pauvre

LA PEINTURE

mère fixe avec angoisse ses yeux sur le visage immobile du martyr, comme si elle espérait le ranimer. Devant les pieds sanglants du

Cliché J.-E. Bulloz.

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