Le Meuble 'en France au xvie siècle, 1887, in-8, p
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verve; — quelle mine ferait-il , sans toilette, parmi les marbres et les bronzes, les pièces d’orfèvrerie et les cristaux de roche, les verres de Venise, les jaspes et les porphyres? » Et, en effet, sous le plafond à caissons qui couvre la grande salle de la Renaissance au Musée André, imaginerions-nous des meubles pauvres? — On incruste donc cadres et panneaux de marqueteries géométriques ( certosina ) ou pittoresques ( intarsia ), dont le temps a pu atténuer, mais non pas éteindre la polychromie première. Les coffres de mariage (cassa ni) dissimulent leur construction sous une parure de reliefs plus ou moins saillants, en pâte moulée et rehaussée d’or. Parfois ces reliefs encadrent des peintures. D’autres fois on laisse au peintre le champ entier des panneaux, pour y développer des cortèges ou y évoquer de belles légendes, (tes coffres, enfin meubles essentiels en Italie, comme partout, au Moyen âge, se distinguent encore de leurs frères français par certaines recherches de construction. Tandis que, chez nous, leurs pieds robustes ne sont que le prolongement des montants, en Italie leur corps est étendu sur un socle orné de fortes moulures ou soutenu par des patins en forme de lions accroupis; le couvercle, très simple en France, devient ici un riche couronnement.
Nous ne nous arrêterons pas devant les cassoni peints : ils appartiennent, à, l’histoire de la peinture plus qu’à celle du mobilier et M. Lafenestre a dit ici même l’intérêt de leurs belles « histoires ».
Mais regardons les marqueteries qui toutes datent de la fin du xve siècle ou du début du xvi°. Sur deux coffres de Venise, soutenus par des lions accroupis (nos <S2i et 999), la certosina ne forme que de discrets dessins sur les montants et les traverses oii s’encadrent des rosaces ajourées ou des orbevoies à fleurs de lys : nous sommes dans un pays où, mêlée d’influences orientales, la décoration linéaire gothique s’est mieux acclimatée et a duré plus longtemps que dans le reste de l’Italie. Un banc à coffre et à haut dossier timbré des' armes des Strozzi 1 s’orne de marqueteries sobres encore, mais plus pittoresques : aigles et bandelettes dans la frise, candélabres sur les pilastres, couronne autour des armoiries... Ce chefd’œuvre florentin vaut surtout par les proportions, la franche saillie de la corniche, les profils fermes, le galbe heureux du coffre qui se dérobe aux heurts des talons. Son décor de marqueterie est un exemple d’ornementation bien entendue : celle qui s’efface devant
1. Publie par M. Bode : Die Italienischen Hausmôbel (1er Renaissance, fig. 21 .
LA TAPISSERIE ET LE MOBILIER 127
les lignes principales et donne seulement au meuble le caractère d’une œuvre soignée, aimée, d’un compagnon qu’on a voulu vêtu avec un luxe discret. Les mêmes qualités nous charment dans un coffre de Sienne ou de Florence (n° 918) où la cerlosina dessine des entrelacs sur le socle, tandis que. sur les panneaux — motif inspiré de l’art antique et qui modifié d’âge en âge reparaîtra dans tous les
Cliché J.-E. Bulloz .