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LE JOUEUR DE VIOLE, PAR PONTORMO

très calme, un peu froide, avec ses bandeaux plats de cheveux châtains, sa robe unie d’un ton verdâtre bordée d’un liséré grenat, et ses crevés de linge blanc à l’attache des manches, sans autre bijou qu’un bouton d’orfèvrerie suspendu au cou par un mince cordon noir, elle porte cependant, assez haut et fièrement, sa tète, pour marquer son rang social . Son front, bas et fuyant, ses gros yeux au cristallin brouillé, §es lèvres épaisses, n’y annoncent pas, sans doute, une beauté profes-

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sionnelle, malgré la plénitude souple du cou et des épaules; on v sent, pourtant, dans l’expression, de la dignité, de l’intelligence, de la volonté. On pense, devant elle, à Bugiardini ou à Ridolfo, à l’un des meilleurs de ce groupe d’excellents physionomistes qui évoluent entre Ghirlandajo et Bronzino.

(Lest ;i ce dernier qu’est attribué le plus séduisant morceau de la série, 1 a Joueur de viole. Rien déplus élégant, de plus distingué que ce beau jeune homme, pinçant les cordes d’une énorme viole appuyée contre sa ceinture, devant une table où s’ouvre un cahier de musique. Encore imberbe, avec un visage délicat, des mains blanches et Unes, simplement mais soigneusemeut vêtu, il semble aussi intelligent que sensible. Par les accords colorés, à la fois vifs et doux, de sa toque en velours noir, de son pomponet violet, de sa viole en bois clair, du livre en papier blanc, du tapis à raies jaunes et rouges, il semble que le peintre ait voulu, par son jeu de couleurs, accompagner la mélodie dont le virtuose berce si visiblement sa rêverie. Si c’est bien là un Bronzino, ce serait un Bronzino de jeunesse, inspiré par la grâce attendrie et fondante d’Andrea del Sarto, un Bronzino non encore refroidi par le pédantisme anatomique, les flagorneries officielles, la sécheresse académique. On a prononcé à son sujet le nom de Zacchia, celui aussi de Pontormo.

Mais à quel Florentin plus austère faut-il faire honneur d’une Dame en noir , ayant, sur une table, près d’elle, un petit épagneul? De 1 a main gauche elle lient un livre entr’ouvert et semble, de la droite repliée, donner quelque explication. Est-ce une savante? est-ce simplement une veuve pieuse? une grande dame retirée du monde? L’auteur semble encore avoir été un des bons successeurs de Domenico; cette fois, mieux encore, on peut penser au grave Pontormo si bon physionomiste.

La Haute-Italie est représentée avec plus d’éclat encore. Là aussi, c’est à l’exemple des sculpteurs iconographiques ou funéraires, sous une influence plus chaude des mosaïstes byzantins, des miniaturistes et peintres septentrionaux que l’art du portrait avait pris un élan rapide. Une Tête de jeune homme, gouache sur vélin, d’une étonnante intégrité, est signée par Gregorio Schiavone, Dalmate, élève de Squarcione. Elle nous montre ce qu’on faisait entre 1459 et 1462, dans l’atelier célèbre du maître padouan. Schiavone, inscrit dans l’art des peintres depuis 1448, alors que ses condisciples Mantegna, Gentile et Giovanni Bellini n’avaient l’un que neuf ans, les autres quatorze et treize, les avait donc précédés dans la renommée.

LA PEINTURE

Ce petit morceau marque ainsi une date importante. La figure, maigre, sèche, extrement fine et intelligente, découpe avec vigueur, comme à l’emporte-pièce, son profil aigu, sur une muraille où se projette son ombre. C’est la précision d’une médaille, avec un modelé fin et coloré, comme celui d’une belle miniature.

Avec les deux frères Bellini, nous rentrons à Venise. Voici, peutêtre de Genlile, une Tête de jeune homme et, de Giovanni, une tête encore, le portrait présumé du Pérugin (?)

(coll. Henri Ilaw, 1911), vêtu de noir, avec des cheveux bouclés et longs couvrant les oreilles, regardant en face, puis, de leur école, provenant de la même vente, un Jeune homme aux cheveux roux tombant sur les épaules, coilfé d’une toque noire, vêtu de rouge.

C’est, au contraire, le vigoureux génie de Mantegna, complété et exalté par les coloristes éclatants de Venise, qui éclate de nouveau, à Vérone, par Buonsignori (?), dans une tête d’homme d’une singulière énergie pour le dessin, le modelé, la couleur. Singulier personnage, d’àge mùr, grisonnant, au nez crochu, aux lèvres pincées, aux yeux scrutateurs, d’aspect plutôt rude, autoritaire, hargneux! Est-ce un magistrat? est-ce un médecin? est-ce un érudit, docteur, professeur? En tout cas, il n’a pas l’air commode, et sa calotte vermillon, sa face empourprée, sa soutane écarlate, toute une explosion de rouges exaltés par les blancheurs neigeuses de la chevelure, du coi, des crevés aux manches, n’est pas faite pour adoucir 1 âpreté robuste de sa physionomie. C’était peut-être un vilain coucheur, un terrible chicaneur. En tout cas, c’est un type admirablement fixé.

Cliché J.-E. Bulloz.

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