PORTRAIT D'HOMME, DIT « LE BOURGMESTRE », ATTRIBUÉ A VAN D Y C K
exécution moins mâle et moins prime-sa utière, une soumission plus proche à la nature et à la réalité dans l'interprétation visiblement exacte et précise d’une physionomie typique, devaient en restituer l’honneur à van Dyck, lors de son retour d’Italie. Quel qu’en soit l’auteur, l’œuvre, essentiellement caractéristique, nous montre résumées par lui, fortement et chaleureusement, toutes les qualités florissantes alors dans les ateliers d’Anvers.
Faut-il reconnaître la main vigoureuse de Rubens dans un Couple flamand, de grandeur naturelle, qui d’ailleurs, de loin, au premier aspect, présente les marques de son école? La jeune femme, assise, richement parée, d’une physionomie douce et placide, les deux mains tombant sur les bras de son fauteuil, semble poser devant le peintre avec résignation, quelque gène et gaucherie. Son jeune mari, debout [très d’elle, lui serrant timidement l’avantbras, semble aussi, avec un peu d’elïort, immobiliser son tranquille visage sous l’œil impérieux de l’artiste. Deux clients aimables sans doute, du grand monde, jeunes et riches, très désireux d’une image fidèle de leur bonheur conjugal. En réalité, la grille souveraine du maître anversois ne s’est implantée, ici, que dans un tableautin, Hercule étouffant le lion de Né niée. C’est une de ces vives et puissantes esquisses improvisées, sur les ordres pressants de Philippe IV, roi d’Espagne et de son frère, l’archiduc infant Ferdinand, pour la décoration d’un pavillon de chasse près de Madrid, Torre délia Parada. Tous les sujets, mythologiques et allégoriques, de cette énorme suite de toiles qui devait occuper huit grandes salles au rezde-chaussée et douze au premier étage, avaient été choisis par le roi dans les Métamorphoses d’Ovide. C’étaient surtout des épisodes d’amours ou de combats destinés à égayer les chasseurs ou à les encourager aux exercices violents. Rubens, déjà vieillissant et souffrant de la goutte, ne s’était réservé l’exécution personnelle que pour les toiles les plus importantes. Toutes les autres devaient être peintes par dix amis de choix, Jordaens, C. de Vos, Snyders en tète. La plupart, après le pillage du pavillon, en 1710, ont été recueillies par le musée du Prado. Les esquisses préparatoires ont été malheureusement dispersées, mais celle du Musée Jacquemart nous prouve assez quel entrain, quelle vigueur, quelle souplesse, gardait encore, aux derniers temps de sa vie, l’infatigable compositeur et incomparable praticien.
Le portrait h mi-corps, dans un cadre oblong, du Comte Enrico dû P cita, gentilhomme espagnol, par van Dyck, date sans doute du
LA. PEINTURE
séjour en Belgique au retour d’Italie. Jeune, souriant, d’une physionomie bienveillante; avec des regards tendres, le noble bellâtre se tourne vers quelque interlocuteur, tenant d’une main une lettre avec son adresse : Al molto mac. S1' Enrico Cte ni Pena. Gand. et, de l’autre, faisant un geste explicatif. L’attitude est naturelle, la ressemblance certaine, l’harmonie grave et sobre, les mains sont souples, lines et blanches, mais d’une élégance peut-être un peu banale : le van Dyck décorateur, compositeur, aguerri aux plus vastes entreprises par Rubens et les Italiens, nous apparaît encore dans Le Temps coupant les ailes de l’Amour. La lutte ne sera pas longue. Le vieillard gigantesque aux grandes ailes éployées a fondu, comme un vautour, sur l’enfant rose et dodu, qui se débat en vain, agitant mains et pieds, sous l’étreinte des bras robustes et hàlés de son bourreau. Le tableau a souffert, mais, dans la vigueur des reliefs [•lus clairs en saillie sur les fonds obscurs et brouillés, la tète, le torse, les bras basanés, les grandes ailes blanches du vainqueur, les chairs tendres et palpitantes du vaincu, nous reconnaissons la virtuosité savante de l’artiste. Sortie du château de Marlborough, à Blenheim, la toile a figuré à l’Exposition du centenaire de van Dyck à Anvers, en 1899.
Par Frans Hais, né à Anvers, mais mort à Haarlem où il s’était fixé depuis longtemps et devenu chef de l’école réaliste, nous passons sans peine de Belgique en Hollande. On ne sait trop à quel âge Hais quitta Anvers, ni quels y purent être ses premiers maîtres ou impressions. Mais, dans la facture grasse, large, coulante, colorée, de son Portrait d'homme en buste, de face, on ne peut s’empêcher, sous la touche originale de l’improvisateur brusque et libre, de ressaisir une parenté avec la technique savoureuse importée en Flandre par le contact des grands Italiens, surtout des Vénitiens. D’ailleurs le personnage, dans l’épanouissement sanguin d’une maturité robuste et d’une vitalité joyeuse, étale, au-dessus de son pourpoint cossu, un visage placide qui ne semble pas le miroir d’une mentalité supérieure. La physionomie, très franche, reste un peu vulgaire, sous la virtuosité éclatante de son interprète. On peut donc encore regarder au-dessus, avec plaisir, une œuvre plus discrète, mais singulièrement plus expressive, par Jan de Bray, l’un des meilleurs successeurs de Hais dans la peinture des guildes et confréries. Quel est cet homme, jeune encore, aux longs cheveux grisonnants, le menton et les joues rasés, en vêtement sombre, avec un large col de linge blanc, qui, tenant d’une main un papier, tient
l’aulre posée contre sa poitrine? Magistrat, avocat, professeur? Assurément un homme qui parle, grave et simple. Si certains accords de gris luppellent liais, si le jeu latéral des lumières attendries sur le visage et les mains prouvent la connaissance de Rembrandt, l’œuvre n’en reste pas moins très personnelle par la délicatesse de l’analyse physionoinique et celle de l’exécution attentive et harmonieuse. Avec le Jeune Rieur, daté de 1636, marqué du monogramme, avons-nous encore «à saluer Fr an s liais lui-même? On en a douté. Mais si ce n’est lui, c’est un des siens, parent ou élève, très imbu de ses exemples. Uoiffé, écrasé, comme nimbé, par un énorme feutre noir à plumes, sous lequel s’épanouit sa grosse face, camarde et rougeaude, le gamin s’esclaffe de rire à bouche bée et gorge déployée. C’est un type amusant de cette jovialité bruyante qui fut celle de l’artiste bohème et grand biberon.
Mais ii côté des 'bons portraitistes de llaarlém, voici le grand maître de Leyde. supérieur à tous ses prédécesseurs, contemporains et successeurs, l’unique et incomparable Rembrandt. Trois œuvres, bien datées, marquent ici les étapes de son génie grandissant jusqu'à la mort. La première, de sa jeunesse; à Leyde, en 1630, Le Christ à Emma iis, est exécutée, dans celle matière grisâtre et jaunâtre, avec ce souci minutieux des détails précis qui caractérisent ses peintures et eaux-fortes en cette période préparatoire. Mais, si la main garde çà et là quelque timidité relative, le génie, ardent et prime.-saulior, du penseur humain et du poète profond, y. éclate avec une liberté et une puissance extraordinaires. On sait combien de fois, selon son habitude, il a repris ce sujet pour le vivifier et l'approfondir. I ne eau-forte, en 1 638 ; deux peint lires, l’une. au Louvre, l’autre à Copenhague, en 1648; une eau-forte en 1634, montrent à quel point le préoccupa jusqu’en sa vieillesse la mise eü scène de celle transfiguration, sur la terre, où l’Homme-Dieu ressuscite devant ses plus humbles apôtres. La plus célèbre, la plus parfaite, assurément, la mieuxéquilibrée dans la présentation des figures, dans leurs caractères expressifs, dans leur illumination, est la petite toile du Louvre. Le Christ, beau et pensif, s’y présente de face, calme sous le rayonnement subit d’une auréole diffuse qui répand ses lueurs vives sur la blancheur de la nappe. A sa gauche, une main posée sur la table, l’un des disciples se recule un peu, avec un geste, contenu et discret, d’admiration étonnée. L’autre, vu de dos, en profil perdu, ne lève qu’une main. Derrière le premier, apportant un plat, arrive un jeune valet, presque aussi charmant qu’un page d’Italie, qui ne voit
LA PEINTURE
rien du miracle ou le voit sans comprendre. Dans les ligures du Christ et du valet, s’est visiblement infusée la noblesse des peint ures, dessins, gravures d’outre-monts dont Rembrandt raffolait. On sait qu’àla veille d’èlre saisi par les huissi u\s ce collectionneur passionné
k Cliché J. -E. Bulloz.