‹ Le Musée rétrospectif de la photographie à l'Exposition universelle de 1900Chapitre 10 sur 19 · DIVERS PROCÉDÉS D'IMPRESSION · texte numérisé non relu

DIVERS PROCÉDÉS D'IMPRESSION

La seconde partie de ce travail est consacrée surtout aux divers modes d'impression employés pour produire les épreuves positives. Cette question de Tinipression photographique s'est posée dès le (h'ijut, nous la retrouvons ilans les essais de Nicéphorc Niepce (année i824) qui ohlint les premières planches gravées sur étain; dans les tentatives faites par Donné, Foucault, Fizeau, Lcmailre, Ilurlimann, Niepce de Saint-Victor, A. Poitevin, etc., pour rattacher la photographie aux autres impressions graphiques, et celte reciierciie a été contirniée sans interruption depuis la plaque daguerrienne jus(iu'a nus jours; mais il fallut cinquante ans de travaux et d'inventions successives pour que la photographie passât de son état d'isolement à l'état d'union avec les autres arts graphirpies et ipi'elle prit sa place dans la grande industrie avec la typogi'aphic, la lithographie, la gravure en relief et en creux, etc. ; cette conquête, longtemps retardée par les difficultés techniques et aussi, nous devons le dire, par les intérêts menacés, est acquise désormais, et la photographie, outre les méthotles d'impression si variées qui lui sont propres et (jui sont venues enrichir l'ensendile des arts graphiques, peut prendre toutes les formes des impressions courantes faites à l'encre grasse indélébile, et devenir Gravure en relief, ce qui lui donne l'illustration du Livre, Gravure en creux pour les planches hors texte et autres de toutes dimensions, Litliogi'apliie pour les tirages sépar/'S du texte; le Init final si longtemps poursuivi est donc atteint industriellenient. Sans doute il y a encore de nombreux progrès à réaliser, mais, après avoir constaté les cllorts et les ])rogrès faits pas à pas, nous voyons maintenant la photographie s'é|janouir au milieu des arts graphiques auxquels elle est unie désormais d'une manière indissoluble. En 1839, le procédé Dagucrre est inventé, mais l'image sui' plaque d'argent est unique, on ne peut en tirer plusieurs exemplaires, et de suite on cherche à transformer ces |)hu|ues en planche gravée; quelques-unes furent obtenues, mais ce mode d'opérer trop délicat fui abandonné dès que le procédé nr'galif vint remplacer l'épreuve daguerrienne. Il sembla en ellet. dès le début, que le négatif ne s'altérant pas, du moins théoriquement, on pouvait l'utiliser jiuur faire de très noudireuses épreuves et arriver ainsi à rillustration du Livi-e.

Dès 185'f, Blaiiquart-Evrarcl, ;i Lille, illustra, au moyen de clichéspris surnature, le bel ouvrage (le iMaxiuie Du Camp sur l'Egypte, et il lira de ces clichés le nombre nécessaire d'épreuves positives ; un exemplaire, très liien conservé, de cette première illustration du Livre par la pliotograpliie était exposé par M. Digo, imprimeur à Lille. Ces épreuves photographiques positives ont été imprimées par développement, c'est-à-dire ])ar une cdiirte exposition n la lumière de la feuille de papier sensible sous le cliché et pai- le passage dans un bain révélateur suivi du fixage et des lavages nécessaires. La plupart de ces épreuves sont à jieine altérées après cinquante ans, ce qui prouve, au point de vue de la conservation et de la rapidité d'exécution, la supériorité des images développées sur celles obtenues par la seule lumii're du Jour, toutes rései'ves faites pour les autres qualités.

iM. A. Firmin Didot publia en 1858 une petite édition d'Horace (\n-'âi), dans laquelle furent insérées des vues photographiques prises sur l'emplacement de la villa d'Horace, et, en 1864, il publia un autre volume, Anacréon (in-32), illustré par les reproductions photographiques des dessins de Girodet; ces épreuves, tirées sur papiei' albuminé, sont moins bien conservées que celles obtenues par développement ; elles étaient exposées par M. Firmin Didot.

D'autres essais de même genre suivirent ; mais les résultats démontrèrent combien le texte typogi'ap]iii|uectr(''preuve pliotograjihi(pie courante étaient encoi'e loin de l'harmonie désirabh' dans un ouvrage ; le tirage du texte est rapide et relativement peu coûteux, le tirage des clicliés photographiques demandait alors une opération séparée pour chaque épreuve, des préparations chimiques aux sels d'or et d'argent, l'emploi d'un papier spécial; ce tirage était donc fort lent et coûteux, le résultat ne s'iiarnionisait pas avec le texte, et de plus, onavaitdéjà constaté que l'épreuve photographique positive, faite alors sur papier albuminé, s'altérait rapidement et prenait une teinte jaune pcreuse, remplaçant la vive couleur (pii charmait au début. Ces premiers essais d'illustration du Livre furent donc abandonnés pour nètre repris que beaucou]) plus tard ; ainsi se trouvaient presque inutilisées les plus sérieuses applications de la photographie, et la mauvaise conservation des épreuves pouvait faire craindre la disparition de documents scientifiques et artisticpies de grande importance.

Le duc Albert de Luynes, qui était à la fois savant chimiste, numismate distingué, archéologue et voyageur, comprit qu'il fallait entraîner la photographie vers la recherche des impressions inaltérables et il fonda un |trix de dix mille francs à décernei' par la Société Française de l'hotograpiiie pour l'em|>loi, dans les impressions photographicjues, des substances connues comme étant les moins altérables par les agents extérieurs (1).

(i) Le prix Je lUUyu francs, foudé par le duc Albert de Luynes, fut divisé eu deux parties, l'une de 2000 fraucs, pour les procédés autres que les impressions aux encres grasses, donnant néanmoins des

Ce j)i'ix chtniui iiaissaïUL' à de très nombreuses reelierclies, priiicipalenieiit ;i celles qui avaient imuu- but de traiisfonucr l'image photograp.hi(|ue eu planclies gravées ou eu lithographies.

Déjà, avaut la mise au concours du prix de Luyues, il avait été fait de lUMuljreux essais dont (pu'i(pies-uus étaient lajipelés à rKxposition ceutennale: ainsi les premières tentatives de litiiographie photographique étaient représentées par une épreuve (Portail de la cathédrale de Chartres) obtenue en 1853 par M. Davanne, dans les ateliers de M. Lemercier, parle procédé de MM. Lerebours, Lemcrcier, Barreswil et Davanne, lequel était basé sur l'emploi du bitume de Judée étendu en couche mince sur la pierre lithographique. Cette méthode fut abandonnée, elle était lente et assez peu pratique.

Vers la même époque, Ch. Nègre obtint de magiiitiques planches gravées sur acier par l'eiupliti du bitume de Judée qui tixail l'image; cette impn'ssion était suivie d'une dorure galvanique formant réserve, puis d'une morsui'e à l'acide qui creusait l'acier sans attaquer les parties dorées ; deux grands spécimens des gravures de Nègre étaient exposés par M. Davanne: elles représentaient, l'une le portail de la cathédrale de Chartres, l'autre un détail de ce portail. Nègre est décédé sans avoir donné sur son procédé les explications sunisantes pour que d'autres pussent le mettre en œuvre.

Lorsque les concours au Prix du duc de Luyues furent ouverts, le nombre des inventeurs et des procédés nouveaux s'accrut consitlérablement. Nous mentionnons rapidement ces divers procédés, remettant à M. L. Vidal, qui a bien voulu s'en charger, le soin de faire l'historique des divers procédés dits aux encres grasses et des procédés directs et indirects de reproduction des couleurs par les méthodes photographiques.

Presque tous ces procédés dérivent des propriétés que prend sous l'inlluence de la lumière la gélatine ou les corps analogues, comme l'albumine, la caséine, la gomme arabi(|ue, etc., lorsqu'ils ont été additionnés d'un bichromate alcalin. La gélatine, ou les substances ci-dessus nommées, passentalors de l'état de solubilité dans l'eau chaude à l'état d'insolubilité proportionnellement à la somme de lumière reçue; elles peuvent même arriver à l'imperméabilité.

Poitevin étudia la succession de ces divers états et indiqua les résultats pratiques (jui pouvaient en découler, et ce sont ses recherches et ses pubUcatious (pii transformèrent la photographie et permirent de remplacer les épreuves facilement altérables par les épreuves dites au carbone ou matières colorantes inaltérables

épreuves avec des iiialiéres inaltérables; l'autre Je SOUI) fraucs pour les procédés d'impressions pliolographiques aux encres grasses.

(Voir pour le prix de 2000 fraucs le rapport de il. Paul Périer [Bullelln de lu Société Fraiiraisc de Pholor/rapliie, ls:J9, tome V, page 121. Pour le prix do 8 000 francs, voir le rapport de la commission chargée de décerner ce prix. M. A. Davanne, rapporteur. BiMutin de la Société Fiaiiçaise de Plwlofivapliie. 1SU7, tome XII r, page 29.)

et par les tirages mécaniques aux encres grasses. Poitevin fut le lauréat du concours au prix de 8000 francs du duc de Luynes; il n'était représenté au Musée centennal que par le manuscrit d"un de ses brevets exposé par M. Michel Berthaud. Nous énumérerons néanmoins quelques-uns des procédés que nous devons à ses fertiles éludes.

La propriété de la gélatine bichromatée de devenir plus ou n)oins insolulde dans l'eau chaude, suivant les intensités lumineuses qui l'ont frappée, domia naissance à de très nombreuses et très importantes applications; telles sont la photographie au carbone ou autres matières colorantes inaltérables, la photocollographie, la pliototypie, plusieurs procédés d'impression mécanique et, par extension, les applications à la céramique.

Photographie aux matières colorantes inaltérables. — Une solution de gélatine dans laquelle on a incorporé une matière colorante, telle que du noir de fumée ou autre, additionnée de bichromate de potasse ou d'ammoniaque, est étendue sur une surface à laquelle elle adhère momentanément ; cette couche est exposée à la lumière sous un cliché, il se produit dans son épaisseur une épreuve positive qu'il faut dégager; cette opération nécessite presque toujours, suivant les procédés, une complication de transfert qui consiste d'abord à transporler cette couche de gélatine insolée sur une feuille de jiapier qui est un support provisoire permettant d'enlever par l'eau plus ou moins chaude toute la gélatine restée soluble ; la gélatine insoluble et la matière colorante quelle garde incorporée reste sur cette feuille et donne une image complète mais retournée ; par une seconde opération, on la transporte sur un support définitif, toute la gélatine soluble étant enlevée, il ne reste que celle insolubilisée qui retient la matière colorante et qui peut donner des images positives d'une finesse et d'une dégradation de teintes irréprochables, telles celles exposées au Musée centennal, dues à M. Chardon ou à MM. Braun vl (llément, et aussi celles envoyées par un grand nombre de professionnels et d'amateurs à l'Exposition universelle de 1900. Nous ne pouvons entrer dans les détails de ces diverses manipulations, que l'on trouvera expliquées dans tous les traités; ces opérations de transfert ou de double transfert qui paraissent compliquées s'exécutent couramment dans beaucoup d'ateliers (l).

(1) En ISIJ'J, quatre ans après la Jécouvui'le de Poitevin, Pouncy préscnla le procédé à la gomme bichromatée à la Société photogi-aphique de Londres et s'en servit jusqu'en 1864, époque à laquelle le procédé au charbon perfectionné par Swan entra dans le domaine pratique. M. Rouillc-Ladevèze eut l'idée de se servir de la gomme bichromatée pour obtenir des ell'els nouveaux. Il exposa plusieurs de ses épreuves au premier Salon ilu Photo-Club de Paris. Son exemple fut suivi par .AI. Robert Demachy, qui s'appliqua spécialement à l'obleulion des demi-teintes et du fondu que le procédé semblait ne donner qu'imparfaitement, n fut le premier à exposer des œuvres réellement artistiques dues à ce pi-océdé qui, depuis lors, a été adopté avec enthousiasme par toute une école de photographes artistes de toutes les nationalités,

A l'Exposilion universelle de 1889, M. Arligue fils montra des épreuves tics modelées et d'un beau noir velouté obtenues sans transfert avec un papier prc'-paré par lui. La beauté des résultats fait regretter que l'usage de ce papier n'ait pas pris une extension plus générale (1).

Photofjlyptie. — Si nous supposons la mise en œuvre du procédé précédent, nous constatons que les parties gélatineuses non enlevées par le développement à l'eau cliaude et restées sur leur support sont représentées non seulement par leur matière colorante, mais aussi par des épaisseurs très accentuées lorsque la gélatine est humide et encore très sensibles et visibles lorsque la dessiccation est complète ; il y a donc possibilité d'en faire des moulages en reliefs ou en creux assez forts, si on opère sur épreuve encore humide, et d'une finesse rigoureuse si ou opère sur épreuve sèche.

Dès 186(i, Poitevin avait moulé et contre-moulé ces creux avec des matières plastiques et céramiques ; dans les creux, il coulait une solution de gélatine teintée sur laquelle il appliquait une feuille de papier; après refroidissement et prise île la gélatine, il relevait la feuille qui entraînait celle-ci, et les dilférentes épaisseurs s'indiquaient par des dilférences de teinte et donnaient une épreuve ; ou encore il mettait dans les creux du moule des poudres d'émail de couleurs variées, passait au moufle d'émailleur et produisait ainsi par la photographie des plaquettes éniaillées. (Archives de la Société Française de Photographie.)

A la même époque, 1866, Woodbury, en Angleterre, prit un brevet pour le procédé auquel il donna son nom (Woodburytypie) et que depuis on a dénommé plus simplement Photoglt/ptie.

entre autres par .M.M. Puyo, Grimprel. Diilireuil, DréiiuirJ, .\Ii'= Liiguardc, MM. Solkt. Le Bcgiic. otc, en France.

La technique en est simple. II suffit de couvrir un papier à dessin ou à aquarelle quelconque d'un mélange de bichromate de potasse à saturation, de gonmie arabique à oO °/o et de couleur moite d'aquarelle en quantité variable, selon l'effet désiré. La proportion du mélange est de : un tiers de hichroniate pour deux tiers de gomme. La couche doit être égale et suftisauiment mince pour que l'insolation puisse se produire dans toute sou épaisseur. On arrive à ce résultat eu brossant rapidement le papier tendu avec un large pinceau plat enduit de mélange sensible coloré et en fondant les inégalités laissées par ce premier badigeonnage avec un second pinceau plus large en soies de porc, forme queue de morue. Le papier doit être séché a l'obscurité. L'insolation, indépendammeut du facteur cliché, est proportionnelle à l'épaisseur de la couche. Elle varie de vingt minutes à deux ou trois heures à l'ombre.

Le dépouillement se fait à l'eau froide, tiède ou chaude; il peut aussi se faire par flottement au blaireau ou au pinceau doux ou dur.

Jusqu'ici l'avantage du procédé ne consisterait que dans son bon marché, la variété et la beauté de son pigment et la suppression de son transfert, mais, pendant le dépouillement, le goût et la fantaisie personnelle «le l'opérateur peuvent s'affirmer à un degré qu'aucun autre procédé ne peut atteindre. Les corrections de valeurs, les suppressions complètes de détails, ou même d'objets inutiles sont rendues aisées parla mollesse de la couche; en somme le dépouillement, qui normalement devrait être proportionnel à i'insolation, peut être forcé jusqu'à ce qu'il produise un blanc là où le cliché a produit un noir ou arrêté au point de donner un noir où le négatif indiquai! un blanc. L'artiste est donc libre d'accentuer ce qu'il lui plaît, et de noyer ce qu'il trouve inopportun de laisser voir. En d'autres termes, il peut traduire sa propre vision et substituer cette traduction au simple enregistrement de l'objectif. C'est là la qualité distinelive de la gomme bichromatée, qualité qui a rendu ce procédé cher à tous ceux qui veulent trouver dans la photographie surtout un moyen d'expression. Mauiice Bucquet.)

[V; Depuis 1889, une fabrication analogue, par .M. Fresson, s'est développée et a livré au commerce des papiers du même genre de couleurs différentes.

Lu Pliotoglyplie, oubliée maintenant, était représentée au Musée eenlennal par les pièces et appareils que lui avaient confiés MM. Braun et Clément. Ce procédé a fourni de très belles épreuves et on eût pu croire un instant qu'on arriverait ainsi à produire des photographies inaltérables pour des éditions courantes, mais le prix élevé des appareils, quelques difficultés d'exécution et le montage des épreuves en arrêtèrent le complet développement industriel. Nous indiquons ici en quelques mots seulement la marche du procédé (1).

l'ri'sso liyihauliqiiL' Houssclon, puur le moulage des plombs phologlypiiqiii's.

Etant donnée une épreuve en gélatine bicliromatée avec ses creux et reliefs oblciuie sur un support decollodion souple, on la me(, après complète dessiccation, sous une puissante machine hydraulique, eiilre une |»laque d'acier bien dressée et une lame de plomb dont la surface est complètement nette, et on comprime à raison de oOO kilogrammes par centimètre carré de surface, soit pour une épreuve de 0"',30 sur O", 40 une pression de (500000 kilogrammes. La gélatine sèche est excessivement dure et elle le prouve, car elle entre dans le plomb, y moule ses plus délicates finesses et est enlevée sans avoir subi d'altération, prête, s'il est nécessaire, pour une seco'nde pression.

La lame de plomb est devenue un moule véritable très parfait, que l'on monte sur une presse spéciale assez semblal)le à un moule à gaufres très perfectionné. Dans ce moule on verse une solution chaude de gélatine teintée par telle couleur que l'on veut, on superpose une feuille de papier préalablement

(1) Voir Vidal (Uoii), Trailé iiralique de l'Iwlorpaphic, ISSl ;l'ai-is, Gautliior-Villars, éditeur); Davuuiie, /(/ l'holo<irapkie, 1886, loiiie II (l'aris, f!aulhior-Vill;iis. rilitiMir;.

impcrmrabiliséo par un bain de résine pour empèchor la dilalalion cl on ferme le moule: l'exeès de la j:;élatine est expulsé par les bords comme la pâle d'une

gaufre; après refroidissemenl on enlève le papier qui eidraîne la gélatine, donne répreuve, cl 011 (litticnl ainsi une image photographique aussi belle que celles obtenues par d'autres |ii'iicédcs et inaUéral)le comme la uialicrc (•(liorante choisie pour la teinter. Le montage de j)lusieurs de ces presses sur une table tournante facilitait beaucoup le travail.

M. Rousselon de la Maison Goupil et Vala- (liiii, MM. Braun et C'% M. Lemercicr, oïd utilisé ce pr0((''(lé très délicat, pour rpielques éditions, mais ils l'ont abandonné à mesure (|ue les progrès de la photogravure et de i rages au.\ encres grasses.

l'rcsse pniir inipivssioii |,liMl..,i;l v|,li(|i

la photocollogra[)hie oui rendu pi'aliipies

Gravurr oi crvu.r et en relief par mmtlage, par morsttrc et, par réseau:/:. — Les i)rocédés de gravure en creux par moulage sont assez nombreux, soit, comme le lit M. Placet {{) et plusieurs autres chercheurs, que l'opérateur prenne parla galvanoplastie un creux des reliefs de la gélatine, soit qu'il contremoule les creux de la phologijptie ; M. Rousselon fit par ce dernier procédé des planches dr grandes dimensions très remarquables, parmi lesquelles nous citerons « le coup de canon » de Berne-Bellecour, (pi'il envoya à l'Exposition universelle de Vienne !!

en 1873. Nous avons plaisir à rappeler à ce sujet que, membre adjoint du Jui'v des impressions gra-

^W 1M„-U,„I 1rs 1

lilicilni;l\ pli(ilics

(1) JI. Placet fit toute uue série de planches gravées iles^tinées à un ouvrage sur la cathéilrale Je Reims et sur la collection de tapisseries qu'elle renferme, une de ces planches avait été e.\posée par M. Vidal.

pliiqiies à cette exposition de Vienne, nous réponrlimes h M. Masson, juré titulaire, qui présentait quelques observations contre, disait-il, « la pénétration, l'ingérence de la photographie dans le domaine de l'inipriuierie » : « Cher collègue, l'illustration du livre appartient désormais h la photographie, tôt ou lard elle en sera maîtresse, qui sait si elle ne prendra pas la lettre. » (A. D.)

Les divers procédés de gravure photographique prirent une inq)ortan(e de plus en plus grande dans les ateliers de gravure artistique de la maison Goupil devenue maison Boussod et Valadon, puis Manzi, Joyant et C". M. Manzi appliqua de la manière la |)lus haliile le principe des réseaux essayés d'abord parF.Talbot, puis par Berchtold qui conseilla l'emploi d'une glace couverte par un vernis de bitume de Judée et striée ensuite h la machine de fines lignes parallèles très serrées.

M. Manzi oblintde très belles gravures en creux et en relief, dont quelques-unes de grandes dimensions (0'", 80x0'", 60), au moyen de réseaux. Il était représenté au Musée centennal par plusieurs spécimens de reproductions, d'après des peintures de maîtres (Van Mark, — Breton, — Jules Dupré, — Détaille, etc.). Ces planches gravées en relief furent inqu'imécs dans ses ateliers avant 1884(1). Depuis, il appliqua aux reproductions par la photographie tous les procédés des aris grapiiiques avec des tours de main que nous n'avons pas à rechercher et il oblint dans tous les genres, aussi bien en teintes monochromes qu'en fac-similé de peintures, d'aquarelles, de pastels, des résultats très remarquables.

Mentionnons encore le moulage direct par galvanoplastie sur le cliché même; c'est par ce procédé, paraît-il, que MM. Lumière frères ont produit ces planches d'une merveilleuse finesse qu'ils avaient exposées, en 1889, et qu'ils ont rappelées au Musée ct'utemial par l'exposition de deux belles phologravures représentées par deux planches accompagnées de leurs deux épreuves; ces dernières ont été dormées par eux à la Société Française de Photographie.

N'oublions pas que dès le début et jusqu'à ce jour M. Dujardin s'est créé, pour la gravure photographique, une spécialité qu'il a toujours soutenue avec le plus grand succès. Son exposition de 1900 nous a montré des échantillons de tous ses travaux successifs, depuis les photogravures en noir et en couleurs jusqu'aux applications des procédés trichromes. Il fil, en 1870, une planche héliochroniique représentant un petit herbier d'aprt's (h's clichés de Blanquart-Evrard (Exposition de 1878); en 1875. il exécuta pour Ch. Cros les clichés nécessaires pour la gravure héliochroniique d'une aquarelle reproduisant une armoirie. Son exposition de 1900 était en réalité rétrospective et montrait l'ensemble de ses remarquables travaux.

(1) Bulletin de ta Société d'enroiiiiigrini'nt jioiir t'indiixtiie niUinna/f, 4» sùrio, lomi' l'^. page 150, annéo 1880. — Rapport de M. Davaiiiie.

Phntocollographip, méthode d'impression analogue à la Lithographie. — La gélatine, la colle île poisson et il-antres subslanees analognes additionnées de bichromate alcalin, sont modifiées par Taclion de la lumière et peuvent devenir, non seulement insolubles dans l'eau, mais même imperméables; c'est sur cette dernière propriété qu'est basée la Photocollographie.

Lorsqu'une couche de gélatine bichromatée étendue sur une surface plane a été exposée à la lumière sous un cliché photographique, celle-ci agit avec plus ou moins d'intensité suivant les valeurs de ce cliché; lorsque l'insolation a été suffisamment prolongée, les parties les plus insolées deviennent imperméables et repoussent l'eau comme le ferait une toile cirée, et cette imperméabilisation décroît en raison des opacités plus on moins grandes de ce cliché. Si on passe sur cette surface préalablement mouillée, puis convenablement essuyée, un rouleau chargé d'encre lithographique, l'action est sensiblement la même que sur une pierre lithographique, l'encre adhère sur les parties imperméables qui n'ont pas conservé d'humidité, puis elle adhère de moins en moins à mesure que la surface a conservé une humidité plus grande, et cela avec une finesse qu'il serait souvent difficile d'obtenir par le dessin du lithographe.

Poitevin avait observé ces propriétés, il les a mentionnées dans l'ouvrage qu'il publia en 1862 (page 76) (1) dans lequel il dit : « La possibilité une fois » reconnue (par lui) de faire adhérer l'encre grasse et tout corps gras aux seules » parties modifiées par la lumière d'une surface quelconque recouverte du » mélange précité (bichromate et matières gommeuses et gélatineuses), j'étais » arrivé à la possibilité de la Photolithographie. »

Divers noms ont été donnés à cette méthode d'impression; les congrès de 1889 et de 1891 ont réservé le nom de photolithographie aux impressions directes sur pierre et sur zinc, dont les surfaces font par elles-mêmes fonction lithographique. Le nom de photocollographie a été donné aux impressions sur gélatine bichromatée étendue sur une surface plane quelconque en remplacement des divers noms imposés d'abord au gré de l'opérateur : tel celui de phototypie donné par MM. Tessié du Motay et Maréchal (de Metz) ; ce nom regrettable, qui est encore employé aujourd'hui, est tout à fait erroné, car il entraîne l'idée de typographie, c'est-à-dire d'encrage sur des reliefs qui n'existent pas ou qui, s'ils existent, sont justement les parties qui refusent de prendre l'encre; puis celui d'.\lbertypie (1868 et 1869), encore plus faux parce qu'il donnait au procédé de Poitevin le nom de celui qui, ayant pris l'idée mère de Poitevin et l'application de Tessié du Motay et Maréchal (de Metz), avait su, par quelques perfectionnements et en utilisant une glace forte comme support, en tirer des épreuves très

(1 Tiuilé de l impression phnicifjrapirnjuo sonssels d'arrjenl, par Alpliûn?e Puileviii. 1802. I'ari>, Lrilior

remarquables par leur finesse et leur modelé. Albert de Munich fit doue une habile applioalion d'un proeédé dont il n'était pas l'inventeur.

Le congrès de 1889 décida que le nom proposé de Photocollographie répondait mieux que tout autre à ce mode d'impression, il fut adopté mais il n'a pu encore remplacer complètement celui de Phototypie ; il a été donné aussi à ce procédé le nom très regrettable de Photogravure qui ne lui était nullement applicable.

La Photocollographie était représentée au Musée centennal, dans les archives de la Société Française de Photographie, par divers spécimens dont quelquesuns, obtenus par Poitevin; mais c'est surtout depuis 1890 qu'elle prit le plus grand développement et donna des résultats tout à fait pratiques et industriels; la majeure partie de ces cartes postales qui circulent actuellement dans toutes les parties du monde est imprimée par les procédés photocollographiques.

L'idée première que nous venons d'expliquer est simple, mais il fallut, pour la rendre pratique, de nombreux perfectionnements que nous résumons rapidement : une glace forte, scrupuleusement nettoyée, est couverte de gélatine bichromatée, puis e.xposée à la lumière sous un négatif retourné. Sous les grands clairs, la gélatine devient complètement imperméable; dans les demi-teintes, l'imperméabilisation est plus ou moins accentuée, cette surface prend donc l'encre proportionnellement à l'humidité restée sur la surface après essuyage.

Mais, lors des premières tentatives industrielles, une même planche ne pouvait fournir qu'un petit nombre d'épreuves, l'humidité générale pénétrait peu à peu toute l'épaisseur de la couclie, qui perdait ainsi son adhérence au support, et le rouleau lithographitpie, dont l'encre est très adhésive, ne tardait pas à l'arracher; actuellement, pour obvier àcet inconvénient, on commence par mettre sur la glace support une première couche mince formée d'albumine bichromatée et de silicate de potasse, cette sous-couche est consolidée à fond en exposant à la lumière l'envers de la glace qui l'a reçue, et dessus on coule la préparation bichromatée destinée à l'impression ; pour relier ces deux couches superposées, on fait encore à l'envers de la glace une nouvelle exposition qui les soude ensemble, la face sensible ayant été préalablement*j)Osée sur une étoffe noire pour que la sensibilité n'en soit pas altérée ; ainsi l'insolubilité commence par le dessous, les déchirements ou décollements sont beaucoup moins à craindre et, nous a dit M. Despaquis, il n'y a plus aucune crainte si la soudure est arrivée jus(iu'à la surface sensible, ce que l'on constate par la coloration de l'image devenue visible à la surface de la glace. Dans ces conditions, la planche photocoUographique est assez résistante pour supporter à la presse mécanique un tirage comparable à celui de la lithographie ordinaire.

Mais l'évaporation trop rapide de l'eau rendait ces tirages irréguliers, eu été surtout; on remédia à cet inconvénient en employant pour le mouillage un mélange d'eau et de glycérine qui peut aller jusqu'à parties égales de chaque.

Nous devons reconnaître aussi que la mise en train d'un tirage photocoliographique demande beaucoup de soins. Nous rappellerons que ces difficultés, non encore vaincues complètenieni, avaient fait dire autrefois à un de nos plus habiles professionnels en ce genre, que jamais ce mode de tirage ne serait pratiquement industriel; le débit des cartes postales, celui de nombreux prospectus est venu renverser cette affirmation, et, en outre, ce procédé donne des illustrations très artistiques, telles que celles publiées par l'Institut polygraphique de Zurich, avec les belles photographies de M. Boissonnas (1), mais, pour obtenir les meilleurs résultats, ilfaut réunirunbon photographe, un habile imprimeur, unexcellent papier glacé ou mieux couché et, jusqu'à ce jour, pour une belle publication illustrée, il faut imprimer deux tirages, l'un pour le texte, l'autre pour la photographie, car les qualités des encres ne sont pas semblables.

La gravure en creux et surtout la gravure en relief se sont développées jiarallèlement, mais l'historique de ces procédés appartient à la grande compétence de notre savant collègue, M. Vidal, professeur de reproductions industrielles à l'école des Arts décoratifs.

Céramique. — Certaines substances hygroscopiques et adliésives, comme le miel, le sucre, la gomme arabique, perdent ces propriétés lorsqu'elles sont soumises à l'action de la lumière après avoir été additionnées d'un bichromate alcalin, de préférence de ]>ichromate d'ammoniaque. Cette action est analogue à celle mentionnée ci-dessus, pour les mélanges de gélatine et de bichromate alcalin.

Dans ces conditions, si on étend sur une glace bien propre une solution aqueuse de sucre, de gomme arabique et de miel, et, ((u'après séchage rapide, on abandonne cette glace dans l'obscurité à l'humidité amiiiante, elle conserve ses propriétés adhésives et, en la couvrant avec une poudre colorée, elle ha])pera et retiendra cette poudre d'une manière uniforme; si, au contraire, on l'expose à la lumière, elle perd ses propriétés poisseuses et ne retiendra pas la poudre; cette modification étant proportionnelle à ra<-tion lumineuse, on a les éléments d'une impression pliotographi(pie.

Cette réaction fut utilisée pour produire ainsi des épreuves positives inaltérables comme la matière colorante employée. MM. Salmon et Carnier et quelques autres inventeurs cherchèrent à utiliser ce procédé, qui demande pour produire l'image l'emploi d'une épreuve positive ; les claii-s en elTet donnent les idancs, et les opacités donnent les noirs. La méthode employée directement sur papier produisait difficilement des épreuves assez pures, les pores du papier retenant souvent la

(1) Geni've à Iraoers les siêrle!:. pai- (iuill.uuiie r.ilin, illii^tr.itioii île l''i'. Bois5()nii.i>, .irr.iiiLfomeiit^ arliatiques de Fritz Eggler.

matièio colorante. Le résultat, fut meilleur en opérant surune feuille de verre comme support, et en utilisant le collodion pour transporter l'image sur papier. Toutefois ce procédé et ses dérivés ne furent pas adopt(''s dans la pratique, mais ils devinrent le point de départ d'une très intéressante application à la fois ar(is(i(pie et industrielle, celle des émaux photographiques.

Surune glace parfaitement nettoyée on étend donc une solution de sucre, de gomme arabique, de miel dans de l'eau saturée de borate de soude et on fait sécher immédiatement (1) dans robscurité. On pose sur ceKe plaque l'épreuve positive à reproduire, on expose à la lumière, puis, rentrant dans l'obscurité, on démasque la plaque qu'on abandonne pendant quelques moments à l'Iiumidité ambiante qui rend plus ou moins poisseuses les parties que lair a modilîées ; on saupoudre cette surface avec de la poudre d'émail, en insistant légèrement avec un blaireau très doux, et peu à peu l'image se développe. On la couvre alors avec du collodion normal qui emprisonne la poudre ; lorsque le collodion a bien fait prise, on plonge le tout dans l'eau acidulée, la pellicule de collodion se détache, emportant l'image, et elle nage dans l'eau que l'on change avec précaution pour enlever toute trace d'acidité ; puis on glisse sous cette pellicule la plaque d'émail blanc sur laquelle l'épreuve doit être vitrifiée, on l'enlève, on l'égoulte, on fait adhérer: lorsque la dessiccation est complète, on passe avec précaution dans un moulle d'émailleur, et, sauf les retouches nécessaires, l'épreuve, est terminée. Mais il faut d'un bout à l'autre de ces opérations une habileté et des soins exceptionnels.

Nous rappelons que, dès 1855, M. Lafon de Camarsac (2) indiquait plusieurs méthodes pour obtenir des émaux photographiques. Ses premiers essais avaient pour base d'abord l'argent qui forme l'épreuve et quelques substitutions métallicfues qu'il était possible de produire sur des épreuves ordinaires; il employa aussi les propriétés adhésivesdu bitume de Judée ou d'un vernis qu'il saupoudrait d'oxyde métallique onde poudres vitrifiables ; plus (ard, en 1855, MM. Maréchal de Metz et Tessié du Mottay modifièrent cette méthode qu'ils rendirent plus pralifpic pour faire photographiquement quelques vitraux cuits au feu. Un portrait de femme, très modelé, dû à ces artistes, avait été exposé par M. Michel Berthaud.

Plus tard, M. Lafon de Camarsac utilisa les matières hygroscopiques et poisseuses mélangées de bichromate de potasse, et à l'Exposition universelle de 18()7 il exposait au Champ-de-Mars des émaux photographiques de grande dimension représentant les portraits des membres du Conseil d'administration de la Société Française de Photographie ; à l'Exposition rétrospective de 1889, il envoya dans un même cadre de très intéressants spécimens de ses travaux.

(1) Fossarieu (Je Lucy. Pholoyrcrphie sut émail, faïeticr et porcelaine. 1809, l'ariri. — .Martin (.\iilon.), Phoioijraphie sur émail, Weimar, 1872.

(2) Comptes rendus de V Académie des Sciences, séance du 11 juin 1853.

Les émniix photographiques monochromes et polychromes flemandent le concours de véritables artistes émailleurs pour la retouche et la coloration, et, à l'Exposition de 1900, les œuvres monochromes et polychromes de M. Mathieu Déroche ont prouvé que cet art difficile avait suivi une progression constante, ainsi que le prouvait également un grand et beau portrait sur émail exposé par M"" Versa vaux.

Mentionnons encore, mais seulement pour mémoire, le procédé de Poitevin qui découvrit la propriété que possède un mélange sec de perchlorure de fer et d'acide tartrique de devenir hygroscopique par l'action de la lumière, et conseilla l'emploi de cette réaction pour produire des images photographiques sans sels d'argent. Une surface couverte de ce mélange, séchée, exposée sous un négatif, devient hygroscopique dans les parties qui ont reçu l'action lumineuse ; on passe sur cette surface une poudre colorée ou une poudre d'émail qui donne l'épreuve, on enlève celle-ci au moyen d'une couche de eoUodion, et pour le reste on opère comme il est dit ci-dessus. Aous ne croyons pas que cette réaction ait été adoptée d'une manière courante dans la pratique; Poitevin l'a décrite dans son Tniifé de l' impression photograpliiquc sans sf'ls d'urr/ent que nous avons d(''jà mentionné.

Nous cédons la plume à notre collègue M. Vidal ; le lecteur trouvera dans la partie spéciale, que nous devons h sa collaboration, quelques-unes des affirmations et des explications que nous avons données précédemment ; nous avons pensé que nous devions laisser inlacle celte étude qui vient confirmer nos assertions précédentes.

HISTORIOIE DE LA PHOTOfiRAYLRE SES DIVERS PROCEDES ET SES APPLKIATIOAS

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