H. DAUMIER
NADAH
élevant la i)liulni;i-ai)lnc à la liuiitcur de l'Ail.
gymiiasliiiiic cxéculcs purlcsôlèvcs; ces épreuves étaient exposées par M. Caliiielte, président de la Soeiété photographique de La Flèche.
Le procédé au collodion albuminé, dit procédé Taupenot (1), quoitine un peu
délicat dans l'application, est encore un des meilleurs procédés de collodion sec.
Beaucoup d'autres méthodes furent proposées, toute la pharmacie, toute la
confiserie furent essayées; parmi ces procédés, celui dit au tanin du major Russel
fut un des plus faciles et des plus employés ; nous le citons parce que nous croyons
que ce fut avec le procédé au tanin ([u'on enq:)Ioya d'une manière coui-aide le développement alcalin qui rendit à la surface sensible sèche l)eaucoup de rapidité.
La ])holographie avait donc |)énétré, par le portrait surtout, dans le domaine des artistes ; si les prétentions des opérateurs furent un peu exagérées, le dédain des artistes le fut également; il eût été à souhaiter de trouver plus de modestie d'un côté et plus de tolérance de l'autre; de sages conseils donnés par les uns et mieux écoutés inir les autres eussent rendu plus rapides les progrès auxquels on n'est arrivé que lentement.
Nous reproduisons quelques-unes des nombreuses caricatures que les dessinateurs de l'époque publièrent contre les photographes, nous citerons entre autres celle d'un spirituel artiste (|ui collaborait dans |)lusieurs journaux illustrés et satiriques. Le photographe, derrière son inévitable appareil, reste les yeux fixés sur sa montre; audessous est écrit : « La patience est la vertu des ânes. » Quelques années plus tard, cet artiste, associé avec Bayard, était à la tète d'un inqiortant atelier de photographie. Cette réponse de la photographie sera sa seule vengeance.
Il y aurait quelques jjages rétrospectives bien amusantes à écrire sui' cette sorte d'alliance tacite entre les artistes contre la photographie. En plein jour tous
Monsieur l'riHllionime devant robjeetif.
Caricature de II. Dauniier.
{Colleclion .V.n/.ir.)
(1) La Phologvaphie, par .V. Uavanue, tomo I"^, paw 278. Collodiou sec, nages 2G4 à 315. :Gauthiei-- Nillar^. édileur, Paris.)
('•taieiit contre elle, dans l'ombre tous l'ulilisaient mais s'en cachaient. Il serait curieux de relever sur les livres de l'un de nos meilleurs constructeurs d'appareils d'agrandissement et de projection les noms d'artistes célèbres qui eurent recours à leurs services. Cependant, on ne les trouverait pas tous; quelques-uns plus dissimulés, mais connus de tout Paris par leur célébrité même, croyaient se retrancher derrière un anonymat que le commerçant perçait facilement, car cette photographie (priis répudiaient avait semé leurs portraits ressemblants à toutes les vitrines d"édilionsarlisti(|ues. Le truc était toujours le même : ils achetaient l'appareil pour un ami de province qui s'mmisait k faire de la photographie, mais ils refusaient de le faire livrer h leur domicile, préférant venir incognito le chercher eux-mêmes. Quelques lignes encore sur ce sujet que nous ne toucherons plus. Pour
Carte-i-éclanie de Carjal, dcssiiu't' iiai- E. lîcnassil (vers IS.'IQ ,
quelques artistes, ce dédain de la photographie était une conviction, pour d'autres l'intérêt; citons à l'appui cette réponse qui nous fut faite il y a déjà nombre d'années. Une commission parlementaire reçut la mission d'étudier un projet de loi pour la protection de la propriété artistique et intellectuelle; la question de joindre les œuvres photographiques aux autres œuvres artistiques fut posée, bien que résolue négativement à l'avance, et nous fûmes appelé devant la souscommission pour présenter la défense de la photographie ; comme contre-partie, un peintre, connu par des œuvres très appréciées, représentait les artistes : le débat fut court, la photographie fut condamnée et le peintre nous dit, en sortant, cette phrase typiipie ; << Vous nous gênez, nous vous sup|irimons. » Le temps a marché ; la photogra})Iiie, qui était isolée, est maintenant rattachée par ses progrès incessants à tous les procédés graphiques, elle est la maîtresse des publications et des illustrations, e( c'est elle qui peut dire à la gravure : « Vos procédés .sont trop lents, trop coûteux, souvent incorrects, nous vous remplaçons. »
Reconnaissons toutefois que les artistes n'avaient pas toujours tort lorsqu'ils reprochaient à la photo;^raphie de nombreuses imperfections, dont les unes pouvaient être attribuées aux appareils et aux procédés, les autres à leur mauvais emploi, donc à l'opérateur; ce qui nous ramène à rechercher dans l'Exposition centennale les progrès des appareils et des procédés qu'il fallait rendre plus pratiques, surtout pour l'emploi extéiieur.
Appareils
Chambres noires. — Les perfectionnenn-nts ajiporli's aux cluunbi'es noires portèrent en partie sur la chambre d'atelier, qui devint de plus en plus praticpie et apte à rendre aux photographes tous les services qu'ils ont à lui demander, soit : une grande latitude pour les diverses longueurs locales, toutes facili((''s pour faire les agrandissements, les réductions, les multiplications d'épreuves, etc., etc. Ces perfectionnements se trouvent maintenant dans toutes les chambres actuelles dites à trois corps, dont on a pu constater la perfection dans l'Exposition de 1900.
De plus grandes modifications ont été apportées aux appareils de voyage, qui devaient réunir la légèreté, la facilité d'emploi dans les conditions multiples de la photographie en plein air. Nous citerons en première ligne, comme appareil ancien réunissant ces conditions, une chambre noire construite en l8o5 par Relandin, exposée avec un grand nombre d'objets divers appartenant à M. Davanne; cette chambre, avec laquelle on peut faire des épreuves de 0"',:27 sur 0'",3;>, n'a que 0"',10 d'épaisseur et peut arriver à un développement suffisant pour une longueur focale de 0'°,80 et se replier jusqu'à pouvoir être utilisée pour la stéréoscopie. Ce fut pour cette chambre que Relandin exécuta le premier modèle de soufflet tournant, sur les conseils de M. Davanne; un simple mouvement des vis d'attache dans les mortaises permettait de donner au cadre porte-chàssis les diverses inclinaisons quelquefois utiles pour la mise au point d'un paysage et la planchette porte-objectif était à décentrement. Cette chambre qui, à cette date de 1855, présentait tous les perfectionnements adoptés aujourd'hui, méritait d'être imitée par un ébéniste plus fin que Relandin, lequel avait plus d'ingéniosité dans ses inventions que d'habileté de métier. Sur cette même chambre il adapta un des premiers obturateurs pour instantanéité, formé par un rideau opa(|ue monté sur un ressort comme celui d'un store de vuitui'c cl percé d'une ouvt'rlure ([ui, dans la marche du store, passait rapidement devant l'objectif.
Une autre chambre de voyage, exposée également par M. Davanne, avait été construite i)ar Joute, sur un programme donné par le ministère de l'Instruction publique pour faciliter l'emploi de la photographie par les missionnaires scientifiques; cette chambre, pour épreuve de 0'°,18 sur O^.l^i, réunissait toutes les con-
ditions du programme posé et formai! un Moo à faces parallèles sans aucun organe saillant et sans aucune place perdue.
Les chambres pour l'emploi extérieur, ramenées à une construction plus légère, ne demandaient plus ces pieds massifs quau début on avait empruntés aux appareils de précision des ingénieurs et des arpenteurs. On inventa des pieds plus légers à doubles branches adaptées sur des triangles de fonte encore trop lourds, quelquefois remplacés très avantageusement par des disques de bois d'assez grand diamètre; l'écartement des doubles tiges de chaque montant du pied assurait, contre le mouvement de torsion, une résistance que ne pouvaient avoir les triangles ou disques de petit diamètre ; cette résistance contre l'action du vent était nécessaire pour les grands formats, trop abandonnés aujourd'hui, et pour les poses prolongées ; avec les instantanéités actuelles et la rapidité de la pose, on n'a plus à se préoccuper autant d'assurer l'immobilité de l'appareil.
Plusieurs modèles de pieds et de supports étaient exposés, parmi lesquels un vieux pied construit par Relandin, qui reste comme un des plus simples, des plus solides et des plus commodes.
Les pieds modernes à coulisses en tubes métalliques, rentrant les uns dans les autres, sont beaucoup plus portatifs, mais ils n'ont pas la rigidité des anciens et pourraieni diriicilenient servir pour les grands formats.
La piiotograpliie en excursions et en voyage entraînant une consommation assez grande de plaques sensibles, il fallait emporter autant de châssis garnis que de vues h prendre, ou substituer sur place une plaque nouvelle à celle utilisée. Le système des châssis multiples aurait exigé une grosse surcharge en poids et en volinne, s'il n'eût été très facilité par l'invention des châssis à double face pouvant chacun recevoir deux glaces. Le poids des glaces restait le même, mais l'encombrement des châssis était dimiimé de moitié et nous connaissons des opérateurs qui, actuellement encore, préfèrent à tout procédé d'escamotage le système des châssis doubles lorsqu'il s'agit de dimensions supérieures à O^jOO sur D'Ella.
Au début on essaya le changement sur place ; pour les grandes dimensions il fallait une lente imperméable au jour, l'emploi était peu commode et serait presque impossijjle avec la sen- ^^IT*
sibilité des préparations actuelles, étant donnée la difficulté d'empêcher toute infdtration de lumière ; pour les petiles dimensions, on pouvait opérer les substilutions dans des manchons, comme on le fait aujourd'iuii, mais on préférait généralement l'emploi d'une Ijoite à esca- noiif à esoamotcr.
moter avec son châssis spécial.
Les premiers appareils à escamoter sont maintenant complètement abandonnés et remplacés parles châssis cà tiroirs, qui sont beaucoup plus simples; ces boîtes à escamotage se composaient d'une boîle à raimu-es dans les-
quelles étaient rangées les glaces, moins une; le couvercle à rideau, muni d'une fente fermée à volonté, pouvait glisser et présenter successivement cette fente au-dessus de chaque glace sans laisser pénétrer le jour; par une habile disposition, le châssis de la chambre noire s'adaptait sur la boite à rainures et présentait également une étroite ouverture à la partie inférieure; lorsque les deux ouvertures, celle du châssis et celle du couvercle, coïncidaient, on amenait le châssis au-dessus d'une raiiuire vide, les deux fentes étaient alors dégagées et la glace du châssis tombait dans la lioite ; le couvercle, armé du châssis, était glissé audessus de la rainure suivante et, en renversant le tout, la glace quittait la rainure et tombait dans le châssis; les deux fentes étant refermées, le châssis était retiré de l'ajustage et prêt à servir.
Ce système exigeait pour son bon fonctionnement une précision méticuleuse dans la construction, ce qui entraînait un prix assez élevé, et trop souvent il arrivait des mécomptes; les systèmes actuels à tiroirs ou à renversement paraissent préférables, mais ne sont utilisés que pour les petits formats ne dépassant guère O",!)!) sur 0", 12. Les grandes dimensions, employées seulement pour des travaux sérieux, sont toujours exécutées avec des châssis simples ou doubles.
Objectifs. — Parmi les nombreux reproches que l'on faisait à la photographie et à l'emploi de ses appareils et de ses objectifs, nous ne citerons que quelquesunes des erreurs imputables à l'opérateur et que tro|) souvent on prétendait être inhérentes au procédé lui-même, tel le manque de parallélisme dans les lignes d'un moimment trop élevé, ces lignes convergent vers un point du ciel, le monument tombe à la renverse ; nous savons tous que ces conditions se présentent (piaiid l'opérateur, placé trop bas, a incliné son appareil pour prendre le sonunet du monument ; les faces de l'appareil et celles du sujet ne sont plus parallèles, elles sont en perspective ; le meilleur objectif ne corrigera pas cette erreur, il faut : ou que l'opérateur se place au centre de son point de vue, ou, ce qui est plus facile, que l'objectif, capable d'embrasser un angle suffisant, soit monté sur une planchette à décenlremenl, ce qui est adopl(' maintenant pour presque tous les bons appareils.
Le plus souvent, l'opérateur amateur a la manie de vouloir embrasser un trop grand angle dépassant beaucoup l'ensemble vu par nos yeux immobiles, alors l'entrée d'une rue s'élargit, devient une place, la perspective est exagérée; ou encore l'opérateur veut faire un portrait avec un objectif mal approprié, de foyer trop court et un recul insuffisant, les différents plans de la ligure ne sont plus au point ni en harmonie, le nez devient énorme et le front fuit, le résultat est déplorable. De même il fait la photographie d'un modèle qui, renversé sur son siège, a les jambes allongées vers l'appareil, l'épreuve donne des pieds disproportionnés avec une petite tête, et chacun de s'écrier ; « Quelle déformation! » Elle est impu-
fable à un mauvais cni|)l(ti : <'ii outre, il ne faut pas niiMipi- que rol)je('tif ne repn'scrito qu'un œil, que le plus souvent il n'y a pas de déformations du fait de l'instrument, et que, si on rétablit la vision binoculaire, on rétablit en même temps les dimensions relatives (I), le doul)le regard loui'ne partiellement autour du sujet
llh,i.'(.-(irs iiioiisli-cs.
et nous rend la sensation habituelle; une épreuve stéréoseopique prise du même point nous rendra cette même sensation, si elle est exécutée dans les conditions noi'males.
Toutefois il faut reconnaître que les objectifs n'étaient pas sans défauts, mais ils ont reçu de nondireux perfectionnements qui ont suivi le développement de la photographie; nous ne pouvons nous étendre sur ce sujet et nous renvoyons les personnes intéressées aux savantes études faites par M. Ad. Martin, et plus récemment encore par M. Wallon (2), auquel nous devons la majeure partie des progrès accomplis par nos opticiens français, progrès qui ont été la conséquence de travaux faits à l'étranger par M. Zeiss et par M. Goerz, à la suite de l'invention des
(1) Sella, l'iico del P/io/o;/rapho. — D;iv,iniie, la l'holorjiaphie, litnio II, page 372; — ThcSirie de Léonard de Vinci.
(2) Voir les comnuinicalioiis de .M. Wallcm à la Société Française de Photographie et plus réceiument l'article inséré eu tète du bel ouvrage publié par le Photo-Club de Paris : t'EslIiéli/jue de la phoOygvaiihif, dans lequel M. Wallon expose les conditions diverses de l'emploi de l'objectif au point de vue esthétique.
verres d'Iéna. Ces réeents progrès no sont pins de notre domaine, ils relèvent dn rapport de notre savant collègue, M. L. Vidal, sur l'Exposition universelle de 1900.
Lors([ue le procédé au collodion humide eut donné aux applications de la photographie l'extension que nous avons constatée, les photographes voulurent faire de plus en plus grand et obtenir directement des portraits de grandeur naturelle: le volume des appareils suivit, et on arriva à construire des objectifs de dimensions très exagérées, tels deux objectifs exposés au Musée centennal comme souvenirs de l'époque (vers I860). L'un appartient à M. Fleury Hermagis ; les lentilles ont huit pouces de diamètre (l) (G", 2 16). C'est une pièce énorme, d'un prix considérable et d'un poids excessif, dépassant la charge d'un homme, et M. Hermagis, Itien que cet instrument soit sans usage, l'évalue encore 4000 francs.
L'autre objectif, de même dimension, était exposé par la Société Française de Photographie à laquelle M. de la Baume Pluvinel l'avait offert pour ses collections. Cet objectif, construit par M. Plagnoi, a 0'°,90 de longueur focale. Les résultats étaient loin de répondre aux efforts des opticiens. M. Delessert avait exposé en 18G7 un portrait de sa mère, de grandeur naturelle, fait avec un de ces objectifs monstres; l'Impératrice en voyant ce portrait sourit et dit : « Les mères ont tous les dévouements. » M. Bertsch, un des premiers, s'efforça de réagir contre ces exagérations et de ramener les opticiens dans une voie plus rationnelle.
OEuvre de Bertsc/i. — Nous profiterons d'une exposition importante d'appareils divers inventés, même le plus souvent construits par Bertsch et prêtés au Musée centennal par M. Thouroude pour rappeler ici l'iêuvre de Bertsch et les services, trop oubliés, qu'il a rendus à l'ensemble des applications de la photographie. Ses travaux comprennent tous les genres : Micrograj)hie, Microscopie, Stéréoscopie, Agrandissements et même Portraits bien qu'il ne fût pas professionnel ; il fit à la Société Française de Photographie de nombreuses et savantes communications sur ces divers sujets de 1855 à 1870, époque de sa mort, sur laquelle nous n'avons eu d'autres renseignements que d'apprendre l'écemment (ju'il mourut sans avoir profité de ses travaux, ainsi qu'il est arrivé à tant d'inventeurs, et sans laisser à sa famille une aisance justement méritée.
Bertsch fit observer qu'un objectif dont le diamètre dépasse l'écartement normal de nos yeux, soit d'environ O^jOT, donne une image qui n'est plus celle (|ue nous voyons et la différence s'accroît avec l'augmentation dn diamètre des lentilles. En effet, cet objectif, dont toute la surface doit être utilisée, embrasse un angle plus ouvert que ne le font nos yeux, il y a une déformation apparente
11) L'habitude alors était d'évaluer le diamètre des objectifs par pouces : l'oliiiclif le plus courant était dit : uu trois pouces; le quatre pouces était déjà une grande dimension.