‹ Le Musée royalChapitre 10 sur 120 · PAR CARLO DOLCI · texte numérisé non relu

PAR CARLO DOLCI

La réforme de la peinture, au seizième siècle, s'opéroit à Florence par le Cigoli en même temps que les Carraches Pentreprenoient à Bologne ; mais la distance qui existoit entre les réformateurs en laissa une bien grande entre les résultats de leur entreprise. La réforme des Carraches fut féconde comme une création; celle du Cigoli ne fut quune réforme. Elle substitua au mauvais goût, qui tomboit par son propre excès et entrainoit l'art avec lui, un goût plus juste et plus sain, et sauva la peinture, qui périssoit, en la ramenant à la nature et à la vérité; la peinture dut aux Carraches et à leur école une jeunesse nouvelle, un second jet, dont la vigueur égala presque celle des premiers. C'est qu'en attaquant Fidéal de convention et de pratique, ils avoient senti qu'ils ne dévoient recourir à la nature que pour se remettre sur la trace de l'idéal véritable, de celui qui consiste non dans l'imitation ou l'exagération de certaines formes, mais dans le sentiment vrai de la perfection, telle que chacun la conçoit d'après le modèle qu'il s'en est formé. De cette idée, base de leur école, sont sortis tous les grands peintres qui l'ont illustrée, et dont les divers génies appliqués à la nature l'ont reproduite dans ses plus nobles variétés.

De même que les Carraches , le Cigoli chercha d'abord dans les anciennes écoles des secours contre le faux goût qui envahissoit alors la sienne; mais il y joignit moins d'originalité et d'invention, une moins profonde observation des mouvemens de l'âme, et moins surtout de cette étude de l'antique, qui n'est que l'étude des formes les plus générales, et par conséquent les plus fécondes de la beauté. Il en est résulté que son style, toujours beau, mais divers, parce qu'il ne lui appartenoit pas toujours entièrement, n'offrit pas à ses élèves cette source vigoureuse d'inspiration qui sort d'un principe unique et d'une idée fondamentale. Ainsi l'école dont il a été suivi, plutôt encore qu'il ne l'a formée, ramenée par lui dans la bonne route, ne s'y fait cependant remarquer par aucun de ces hommes du premier ordre, que produisit en si grand nombre l'école des Carraches.

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