‹ Le Musée royalChapitre 102 sur 120 · DEMI-FIGURES · texte numérisé non relu

DEMI-FIGURES

A peine sortie de son berceau, la sculpture orna le dernier asile de l'homme; et la piété filiale, l'amour, ou la reconnoissance, eurent recours à son ciseau pour perpétuer leurs souvenirs et adoucir leurs regrets. On croyoit que les ombres des morts se plaisoient à errer autour de ces monumens; et la tombe étoit pour ainsi dire un nouveau lien entre ceux qui restoient sur la terre et ceux qui Pavoient quittée. Les statues et les bustes, plus que les bas-reliefs allégoriques, étoient propres à faire vivre la mémoire de ceux dont ils ornoient les tombeaux. Dans les commencemens, informes et grossiers, ils ne pouvoient être des souvenirs que pour ceux qui les avoient consacrés : ce n'étoient que de simples hernies, des pierres carrées, des poteaux de bois, ainsi que l'étoient alors les dieux. Lorsque la sculpture fut parvenue au point de pouvoir imiter la nature, et de rendre ses formes avec quelque exactitude, ces liermès furent surmontés de têtes avec des traits distincts et des draperies d'étoffes réelles ; souvent même le costume qu'avoit porté la personne qu'on représentoit donnoit à cet ensemble une sorte de ressemblance qui suffisoit pour en conserverie souvenir. Ce fut à cet usage de draper ainsi ces espèces de mannequins qu'on dut en grande partie la sculpture polychrome , ou en matières de différentes couleurs. Plus tard , on fît de véritables portraits ; et ce dut être un grand événement en Grèce lorsque Lysistrate, frère deLysippe, imagina de mouler des têtes sur la nature, et de couler dans ces moules de la cire ou du plâtre. Les bustes de famille durent alors se multiplier en proportion de la facilité de les obtenir ressemblans , et du peu de dépense qu'ils coûtoient. Ce procédé, qui paroît si simple, dut faire faire en Grèce de grands pas à l'art du portrait modelé ou sculpté.

Les Romains imitèrent les Grecs dans leur goût pour les bustes et pour les hermès. Les lieux publics offroient de toutes parts les portraits de grands hommes; et les maisons des particuliers, ceux de leurs ancêtres. Le grand nombre de bustes qui nous sont parvenus n'est sans doute que peu de chose auprès de ce qui devoit en exister à Rome. Chaque famille avoit des souvenirs à conserver; plus les bustes ou les images étoient anciens, enfumés et mutilés, plus on y attachoit de prix; et bien souvent les traits mordans de la satire vengèrent ceux qui n'avoient pas d'aïeux à citer

Page 1