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PORTRAITS ROMAINS

de la vanité déplacée d'hommes qui auroient dû cacher les leurs, ou qui s'en donnoient dont ils ne descendoient pas. Ces bustes étoient ordinairement de cire ou de marbre ; placés dans le tablinum ( i), au milieu d'arbres généalogiques, d'inscriptions à l'honneur de la famille, de tableaux qui rappeloient de belles actions, ils devenoient l'objet d'une espèce de culte, et partageoient les hommages qu'on rendoit aux dieux pénates; ils servoient aussi à composer des iconographies telle que celle que Varron avoit publiée de sept cents personnages illustres. Souvent dans les cérémonies publiques et dans les fêtes de familles on portoit en pompe les bustes des grands hommes ou de ses ancêtres, ornés de couronnes et revêtus des robes qui marquoient leurs dignités ; les honneurs qu'on leur rendoit inspiroientle noble orgueil de les imiter. Des morceaux de marbre saillans, qu'on voit souvent à chaque côté des bustes ou des hermès, servoient d'anses pour les porter dans les pompes; on y suspendoit aussi des guirlandes et des couronnes, ainsi qu'on le voit clans plusieurs peintures antiques.

Il existe beaucoup de bustes qui n'en étoient pas autrefois, et qui ne sont que des fragmens de statues ; mais les deux demi-figures qui ont donné lieu à cet article ont toujours été ainsi; ce que prouve la plinthe qui leur sert de base. Elles ornoient sans doute quelque tombeau ou un tablinum. Il est à croire que c'étoit le monument de deux époux. Pendant long-temps on les a pris pour Caton et Porcie : mais à l'époque de ce sévère Romain les tombeaux n'étoient pas encore décorés, la loi des douze tables ne le permettoit pas ; ils ne dévoient être travaillés qu'à la hache ou avec les instrumens les plus grossiers; et Caton, rigide observateur des lois, n'eût pas voulu les enfreindre, et que son tombeau lui eût reproché cette infraction. La coiffure et le style appartiennent au troisième siècle, à l'époque d'Alexandre Sévère; le travail en est bon, et offre un grand caractère de vérité. Le costume n'a rien de particulier; le mari porte une bague au petit doigt de la main gauche; la femme en a deux, l'une à l'index, l'autre au quatrième doigt de la même main. Si l'on s'en rapporte à Aulu-Gelle (2) , le quatrième doigt mériteroit bien cette distinction, puisque les Egyptiens prétendoient qu'il y avoit un petit nerf qui partoit de ce doigt et alloit droit au cœur; ce qui explique très-bien pourquoi l'on y a placé l'anneau conjugal, et comment une bague, ainsi qu'un talisman, peut inspirer et entretenir les sentimens les plus tendres.

(1) Voyez l'intéressant ouvrage de M. Mazois, intitulé Palais de Scaurus; Paris, 1819, de l'imprimerie de M. Firmin Didot. Le chapitre sur Y atrium, pièce à l'entrée de la maison , et dont le tablinum faisoit partie, contient un grand nombre de détails curieux sur

les bustes de famille et sur ce genre de luxe chez les Romains. Voyez aussi plusieurs passages du Jupiter Olympien de M. QuatremèredeQuincy, sur les bustes et les imagines, ou portraits de famille.

(2) Liv. x, c. 10.

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