L'ESPÉRANCE
Divinité bienfaisante, l'Espérance fut donnée à l'homme par le ciel pourcompagne dans ses peines et dans ses plaisirs. Elle embellit les uns, les prolonge; elle adoucit le cbagrin, la douleur, et les fait supporter avec plus de courage. Cette déesse veille avec la mère auprès du berceau de son fils; et, soutenant l'homme au milieu des orages de la vie, elle ne l'abandonne pas même au tombeau , et lui fait porter ses regards au-delà de son existence, et aspirer à un nouveau bonheur. Nulle divinité n'eût dû s'attirer plus d'hommages que l'Espérance, qui appartient à tous les siècles, à toutes les religions, à tous les pays. Cependant il paroît que son culte n'est pas aussi ancien que celui d'autres divinités allégoriques. Homère, car c'est toujours à ce père des dieux qu'il faut avoir recours pour établir leur ancienneté et les titres de leur généalogie; et ses poèmes immortels sont pour ainsi dire les archives de l'Olympe ; Homère ne parle pas de l'Espérance comme divinité ou comme idée abstraite personnifiée; mais il en est question dans Hésiode (i). Suivant le chantre d'Ascrée, Jupiter et les dieux, irrités que Prométhée eût osé dérober le feu du ciel, résolurent de se venger. La femme n'existoit pas encore; les dieux l'inventèrent; Vulcain la forma; les habitans de l'Olympe l'ornèrent de tous leurs dons; et ce nouvel être, doué de tous les charmes, de toutes les séductions, de toutes les qualités, reçut le nom de Pandore, qui exprime la réunion de ces dons. Les dieux, se fiant sur le pouvoir de leur ouvrage, l'offrirent pour compagne à Prométhée, qui, assez prudent pour se méfier de Ja générosité de ses ennemis, refusa leur présent; mais il avoit un frère beaucoup moins prévoyant, Epiméthée, auquel les dieux s'adressèrent, et qui reçut avec reconnoissance la femme, dont ils l'honoroient. Pandore lui apporta en dot une cassette, ou, selon d'autres, un tonneau, et l'engagea à l'ouvrir. Epiméthée, malgré l'exemple de son frère et ses sages conseils , ne put malheureusement résister ni aux prières de sa nouvelle épouse, ni à sa curiosité, et devint innocemment la cause du malheur du genre humain. Les maladies, les crimes, les fléaux, et toutes les misères que les dieux avoient renfermées dans la boite fatale, en sortirent avec impétuosité, et se répandirent dans le monde. Epimé-
(*) Cette statue du Musée Royal , salle de la Pallas, est en marbre pentélique; elle a de hauteur 2 mètres 56 millim., 6 pieds 3 pouces 11 lignes, et est tirée de
la galerie de Versailles.
(1) Voyez, sur Pandore et sur l'Espérance, Hésiode , Theog. , 56o et suiv. , op et Dies, 60 et suiv.