L'ESPÉRANCE
thée effrayé voulut refermer la boite ; il n'étoit plus temps : elle étoit vide; et il n'y restoit que l'Espérance, qui ne voulut pas nous abandonner; et même lorsque Astrée et les autres vertus, indignées des crimes du genre humain, remontèrent vers leur céleste demeure, l'Espérance resta encore sur la terre pour faire entrevoir des jours meilleurs aux hommes, chez qui la vertu conservoit quelque empire. Selon quelques anciens, l'Espérance étoit sœur du Sommeil et de la Mort. Le sommeil, présent des dieux, fait oublier les maux, nous offre toutes les illusions du bonheur, et la mort nous donne l'espoir de voir finir toutes nos peines. Pindare appelle l'Espérance la nourrice des vieillards. Tout dans la nature, en se renouvelant, en trouvant une nouvelle vie, rappelle l'idée de l'espérance; la fleur promet de nouveaux fruits; le fruit se reproduira, et de l'épi naîtront de riches moissons. Aussi les anciens, revêtant l'Espérance d'une robe verte, couleur chérie de la nature, lui donnoient-ils pour attributs des épis, des fleurs, et des fruits. Sa tête est ordinairement couronnée de fleurs; et, en soulevant avec sa main gauche un pan de sa tunique, et se portant en avant, elle semble indiquer que l'Espérance doit être active, et ne doit pas s'arrêter avant d'être arrivée à son but. Une pierre gravée de la collection d'Orléans représentoit cette déesse avec des ailes (i). L'emblème de l'ancre, que lui ont donné les modernes, est ingénieux; mais il ne se trouve pas dans les monumens antiques. Lorsque l'on s'occupa du fragment de cette statue, aucun attribut ne la caractérisoit d'une manière particulière. Girardon , qui la restaura, crut y reconnoitre une Muse; et, en lui donnant une couronne d'étoiles et une boule, il en fit une Uranie; mais les indices des plis relevés sur la cuisse gauche suffisent pour déterminer le mouvement du bras gauche, et pour prouver que cette statue étoit celle de l'Espérance, et qu'elle avoit l'attitude qu'on lui voit sur les médailles (2). On la trouve aussi quelquefois avec le modius, ou le boisseau, sur la tête; on sait que c'est l'emblème des richesses et de la fertilité ; dans des inscriptions , son culte est uni à celui de la Valeur, de la Victoire, de l'Honneur, et de l'Amour (5). Les Romains avoient élevé des temples à l'Espérance; celui qui étoit dans la ville, au forum olitorium, marché aux herbes, fut frappé de la foudre l'an 2 1 7 avant J. C. ; et celui hors de la ville, brûlé l'an 210 avant J. C. , fut rebâti quelque temps après. Les draperies de cette statue sont très-belles, et la pose ne manque ni de noblesse, ni de grâce.
(1) Planche lxxxviii.
(2) Voyez les médailles de Pescennius Niger, de Philippe le père, de Claude 11.
(3) Voyez le Thes. inscript, de Gruter, p. ci, 6; en, 2, 4; cxvii, 4; cxxvi, 9: dans cette dernière inscrip-
tion, on consacre à l'Espérance deux statues, simulachra corolitica, probablement en marbre coralitique ou de Luni le plus fin. M. Visconti croit que l'Espérance étoit la divinité des Césars ; et la Fortune , celle des empereurs.
HEROS COMBATTANT