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PSYCHÉ

cette opinion ne peut être prouvée d'une manière positive. Les plus beaux de ces groupes et de ces bas-reliefs pourroient être du siècle des Antonins, époque à laquelle les arts brillèrent de tout leur éclat, et à qui nous devons les figures d'Antinous et tant d'autres ouvrages admirables (i). Quoi qu'il en soit, cet épisode a été, pour les artistes anciens et modernes, une mine féconde des plus agréables compositions. Tout le monde connoît celles où Raphaël a fait briller toute la grâce et la variété de son imagination, et l'élégance de son dessin (2); et Ton voit toujours avec un nouveau plaisir les Psychés créées par le ciseau de M. Canova et le pinceau de M. Gérard.

Avant que la statue qui a donné lieu à cet article fût restaurée, et qu'on l'eût étudiée dans ses détails, on auroit pu la prendre pour une des filles de Niobé, prête à être percée des traits de Diane et d'Apollon, et implorant vainement leur pitié. La tête, antique mais rapportée, a le caractère de celles des Niobides, et la pose se retrouve parmi les statues de cette belle et infortunée famille; mais des restes non équivoques des attaches des ailes aux épaules indiquoient, d'une manière à n'en pouvoir douter, que cette statue représentoit Psyché succombant sous le courroux de Vénus, ou cherchant par ses prières et sa soumission à ramener près d'elle son époux Cupidon, qui étoit encore plus sensible à sa beauté qu'irrité de sa curiosité. Sans être du premier ordre, cette statue est digne de fixer l'attention: son mouvement est gracieux, bien rendu; et les draperies, d'une bonne disposition, ne manquent pas de souplesse dans plusieurs parties. Cependant celle qui traverse obliquement le corps et tombe sur le devant est un peu lourde, et, sous plusieurs points de vue, elle coupe les contours de manière à en diminuer la grâce et à nuire à l'élégance des proportions.

(1) Quoiqu'on place ordinairement sous les successeurs d'AIexandre-le-GrandTryphon, auteur du beau camée des noces de Cupidon et de Psyché de la collection du duc de Marlborough, et qui n'est connu que parce chef-d'œuvre, cependant rien n'empêcheroit de croire qu'il ait été contemporain des habiles sculpteurs des règnes d'Adrien et de ses successeurs. C'est de ce temps, si fertile en grands artistes, que datent les plus belles médailles romaines : la gravure des médailles et celle des pierres fines dévoient marcher de concert, et se prêter un mutuel secours; le luxe des empereurs et de leur cour étoit d'une grande ressource pour les graveurs; en donnant un grand prix à leurs ouvrages, il enconrageoit cette branche des arts, si estimée des anciens et si négligée aujourd'hui. L'on pourroitdonc penser que ce Tryphon étoit sorti des écoles de Solon et de Dioscorides, célèbres graveurs du siècle d'Auguste, et qui durentlaisser après eux une succession de nombreux élèves; ainsi il est permis de douter que les monumens qui retracent l'histoire de Psyché en établissent l'antiquité d'une manière certaine, et l'on ne

peut décider s'ils ont précédé le récit d'Apulée, ou si c'est ce charmant ouvrage qui a inspiré les auteurs des monumens. Apulée avoit beaucoup voyagé; il étoit de la secte des nouveaux Platoniciens, et s'étoit fait initier à tous les mystères; et, quoiqu'il craignit de les dévoiler, on voit dans son Ane d'or, ou sa Métamorphose, qu'il aimoit à les laisser entrevoir. Il est donc probable que son épisode de Psyché n'est pas un simple conte, et que, sous une aimable fiction, il offroit aux adeptes des vérités qu'il leur étoit facile de saisir.

(2) Voyez la Fable de Psyché, figures de Eaphaël, en 32 planches dessinées et gravées d'après Marc-Antoine par MM. Dubois et Marchais, peintres, sous la direction de M. Girodet; Paris , chez M. Henri Didot, 1802. — Ces mêmes compositions, à quelques différences près, se trouvent, sur des vitraux en grisaille , au nombre de 38, qui du château d'Écouen ont été transportés au Musée des Petits-Augustins, et portent la date de 1542, qui n'est que de quelques années après la mort de Raphaël.

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