PAR LE CORRÈGE
Des ouvrages du Corrège, dit Mengs, celui-ci est presque le plus beau. Algarotti lui donne la préférence , non seulement sur tous les autres tableaux de ce grand peintre, mais encore sur tous ceux qu'il connoît. Annibal Carrache n'en parloit qu'avec transport; et, après l'avoir vu, il vouloit abandonner tout autre modèle pour ne plus étudier que le Corrège.
L'histoire de ce tableau a été suivie avec soin depuis son origine. Il fut fait en 15^4, pour la signora Briséis Colla, veuve d'Ottaviano Bergonzi, gentilhomme parmesan. Elle le lui paya 47 ducats, et la dépense des six mois durant lesquels il y avoit travaillé, mais sans s'y consacrer exclusivement; car c'étoit à cette époque même qu'il exécutoit les grands travaux de l'église de Saint-Jean de Parme. On ajoute que, le tableau fini, la signora Briséis voulut au prix convenu joindre une gratification qui consista en deux voitures de bois, un cochon gras, et plusieurs mesures de froment; présent modique, mais conforme à l'usage du temps et à la modération de ce grand peintre. Car, si la fortune du Corrège ne fut pas aussi mauvaise qu'on l'a cru généralement, du moins paroit-il que la modestie et la simplicité de son caractère le tinrent toute sa vie dans cette situation médiocre, d'où le talent et le génie ne suffisent pas à faire sortir celui qui n'est pas doué d'une sorte de hardiesse, nécessaire, s'il est permis de le dire, pour imposer à la fortune.
Le saint Jérôme fut donné parla signora Briséis aux religieux du couvent de Saint- Antoine de Parme; en 1749, l'infant dom Philippe l'acheta, pour empêcher que les religieux ne le vendissent au roi de Portugal, qui en offroit, dit-on, 460,000 francs; il le fit ensuite placer dans une des salles de l'académie des beaux-arts, qu'il venoit de fonder.
Le sujet du saint Jérôme est, comme un grand nombre des tableaux de ce temps-là, le produit de quelque dévotion particulière, qui, sans s'arrêter à l'ordre des temps, aimoit à réunir dans un même cadre les objets de sa vénération. Saint Jérôme, n'y joue pas un rôle plus important qu'aucun des autres personnages. Debout, à la gauche du tableau, les genoux seulement un peu pliés, comme pour dissimuler quelque chose de sa haute taille, ce saint, accompagné de son lion, et dans la nudité