‹ Le Musée royalChapitre 13 sur 120 · SAINT JEROME · texte numérisé non relu

SAINT JEROME

presque sauvage de son désert, offre, par l'intermédiaire d'un ange, ses ouvrages à l'enfant Jésus, assis au milieu du tableau sur les genoux de sa mère. A droite, la Madeleine à genoux, la tête et le bras appuyés sur la Vierge, prend le pied de l'enfant et l'approche de sa joue pour le caresser; derrière elle, un petit ange tient et paroit vouloir sentir le vase de parfums qu'elle doit un jour répandre sur les pieds du Christ.

Admirable par l'expression des sentimens doux, tendres et gracieux, le Gorrège a porté au plus haut degré dans cette célèbre composition le caractère qui lui étoit propre. Toute cette scène est occupée, remplie par le charme que répand autour de lui un enfant adoré. L'ange qui, le doigt sur un endroit du livre , lui ouvre les œuvres de saint Jérôme, sourit avec cette complaisance d'un enfant déjà grand pour l'enfant plus petit dont il est accoutumé à faire l'objet de ses soins, et avec un rire si naturel, dit Vasari (i), qu'il contraint de rire avec lui. Le petit Jésus, d'un air spirituel et gai, étend sa main comme s'il comprenoit; et dans le regard maternel de la Vierge perce aussi cette nuance de gaieté d'une mère amusée des jeux de son enfant. Le sévère saint Jérôme paroît absorbé dans cette douce contemplation ; et l'expression mélancolique répandue sur la ravissante figure de la Madeleine indique moins peut-être un pressentiment sur la destinée de l'enfant qu'elle caresse avec tant d'amour et d'abandon, que cet excès, cette défaillance d'une tendresse qui succombe à l'impossibilité de se manifester envers un petit être encore incapable de la comprendre. L'ange placé derrière la Madeleine est charmant ; la grâce de toutes ces figures est telle qu'il appartient au Corrège, et n'en contraste que mieux avec la mâle figure de saint Jérôme, auquel on peut à peine reprocher de demeurer, dans sa pose, un peu trop soumis à la ligne ondoyante qu'affectoit presque exclusivement ce grand peintre.

Accoutumés au pinceau du Corrège, les amateurs cependant traitent de prodige la peinture de son saint Jérôme, où la couleur, plus empâtée que dans aucun de ses tableaux, conserve pourtant une incroyable transparence, et des teintes tellement moelleuses, quelles ne semblent pas , dit Mengs (2), appliquées avec le pinceau, mais fondues ensemble, comme de la cire sur le feu.

Ce tableau a été gravé plusieurs fois; mais Augustin Carrache lui-même n'en a pu rendre toute la grâce. Il est peint sur bois.

(1) Tome VII, page i5o, édit. de 1809. — (2) Tome II, page 157.

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