PAR PAUL VÉRONÈSE
Paul Véronèse a laissé, écrites de sa main, plusieurs notes sur les diverses manières dont il conçoit que puisse se traiter le sujet de la sainte Famille, sujet si souvent reproduit, et que Paul Véronèse devoit chercher à varier par d'autres moyens que ceux qui ont appartenu à Raphaël.
« Si j'ai jamais le temps, dit-il dans une de ces notes, je veux repré- « senter un repas somptueux dans une superbe galerie, où Ton verra la « Vierge, le Sauveur, et Joseph. Je les ferai servir par le plus brillant corce tège d'anges qui se puisse imaginer, occupés à leur présenter dans des « plats d'argent et d'or des viandes exquises, et une abondance de fruits « magnifiques. D'autres seront empressés à leur offrir dans des cristaux « transparens et des coupes brillantes d'or des liqueurs précieuses, pour « montrer le zèle des esprits bienheureux à servir leur Dieu. » Ailleurs ce sera Jésus enfant, endormi par les concerts des anges; ou bien, comme dans un tableau décrit par lui-même, et qu'il a, dit-il, exécuté pour sa propre maison, on verra autour du Sauveur et parmi les groupes des anges les étoiles, le soleil, la lune, couvrant la terre des fruits de toutes les saisons (i).
Cette magnificence d'imagination qui se fait remarquer dans toutes les compositions de Paul Véronèse fut pour ses contemporains un grand sujet d'admiration et d'éloges. Dans une pièce de vers de Zuccari, on voit la Peinture exprimer sa reconnoissance envers ce grand peintre, qui lui « a mis au cou, dit- elle, un collier des plus riches pierreries de FOcc rient, et un grand pendant de blanches perles » :
E di candide perle un gran pendente.
Mais, dirigée par un goût plus pur et plus élevé que celui qui a dicté les éloges de Zuccari, la magnificence de Paul Véronèse fut toujours de la dignité. Ces vases brillans, ces vêtemens somptueux, ces édifices superbes dont, il a décoré la plupart de ses tableaux, ne sont pour lui que les accessoires indispensables d'une idée; la grandeur de son génie est beaucoup
(i) Ridolfi, Maravighe delï arte, etc., part. I, p. 3075 Fenitia, 1648.