‹ Le Musée royalChapitre 15 sur 120 · SAINTE FAMILLE · texte numérisé non relu

SAINTE FAMILLE

plus encore dans l'espace qu'il embrasse, dans le sujet qu'il conçoit, que dans la manière dont il le remplit; et cette grandeur s'augmente singulièrement du peu qu'elle lui a coûte'. Il semble en effet que, pour prodiguer tant de richesses, il n'ait eu qu'à les concevoir par la pensée, tant elles s'ordonnent facilement et naturellement dans sa composition, tant elles se produisent rapidement sous son pinceau, tant l'harmonie de toutes ces parties si nombreuses , si brillantes , si hardies , semble attester un seul jet, comme elle saisit en un seul coup d'oeil. Un bonheur si particulier est un de ces dons de la nature, une de ces propriétés du génie qui ne se transmettent point; et l'on peut dire avec Zanetti (i) que « quiet conque n'est pas sûr que son génie soit sorti de la même étoile que « celui de Paul ne doit pas se risquer à imiter sa manière. »

Destinée surtout à produire d'admirables effets dans les grands tableaux et les vastes perspectives, cette manière de Paul Véronèse a su cependant s'approprier aussi à des ouvrages de moindre dimension , où sa hardiesse paroit d'autant plus étonnante qu'elle s'applique à des objets qui sembleroient ne pouvoir être rendus que par une grande finesse de pinceau. On raconte (2) que des religieuses pour qui il avoit fait un petit tableau du paradis, choquées du défaut de fini qu'elles croyoient remarquer dans cet ouvrage, s'empressèrent de le céder à un peintre flamand, qui leur offroit en échange un des siens, et qui alla aussitôt vendre celui de Paul Véronèse, dont il tira un prix considérable. La même chose eût pu arriver au tableau dont nous donnons ici la description, s'il fût tombé entre les mêmes mains; il semble que quelques touches aient suffi au peintre pour terminer son ouvrage, où brillent cependant tous les détails de magnificence dont il aimoit à enrichir ses sujets. Il pouvoit ici les prodiguer sans inconvenance. L'enfant Jésus sur les genoux de sa mère, donnant sa main à baiser à une religieuse que lui présente S. Joseph, n'est plus l'enfant né dans la crèche, c'est le dieu des chrétiens, l'objet d'une pensée mystique, que l'on peut, que l'on doit représenter avec les attributs de la gloire et non ceux de la pauvreté. Cette religieuse, destinée probablement à représenter quelque sainte fondatrice, tient la palme, symbole du martyre; S te Elisabeth lui tresse une couronne, et la Madelaine lui présente la main de l'enfant.

(1) Délia PitturaVeneziana, p. 164. (2) Ridolfi, part. I, p. 3i5.

„ ( Hauteur, 5i«nti m .__ jgpcce, q iigp.

Proportions. < t ' , y

( Largeur, 41 16

/%/VVVV\'VVVVV%'VVVVVVVVVVX/V%/%/\A/V%<V\/%%/VVVVV%X/*'VVX/V%/»/X^

Page 1