PAR PIERRE DE CORTONE
Pierre de Cortone fut un de ces grands artistes à qui il est arrivé de fonder une mauvaise école. Il n'est point de défaut dans riiomme supérieur qui ne soit en rapport avec quelque qualité, et ne serve même trèssouvent à la faire ressortir. S'il tombe dans le faux, c'est presque toujours pour n'avoir considéré qu'un côté du vrai; mais cette portion de vérité dont il se préoccupe acquiert dans ses ouvrages une évidence et un éclat qui éblouit les jeux et ne leur permet pas de réclamer avec sévérité ce qui leur manque. «Il j a, dit Mengs, deux sortes de compositions : celle « de Raphaël est la composition expressive.... la seconde s'applique seu- « lement à l'effet, et met sa principale attention à remplir agréablement « de figures un grand tableau. » Lanfranc a été l'inventeur de ce genre; Pierre de Cortone en a été le maître; il passa en France, vers la fin du dix-septième siècle, avec l'exagération que portent les imitateurs dans les défauts de leur modèle. Des poses théâtrales, des expressions tout extérieures, des compositions tout à l'effet, tels sont les défauts qu'on remarque particulièrement dans les tableaux de Jouvenet. Pierre de Cortone leur avoit donné la vogue; mais par combien de beautés ne sont-ils pas dissimulés dans ses tableaux, dans ses fresques et ses plafonds surtout! « Cette exacte distribution, qu'à l'aide de l'architecture il sait faire des « différentes parties de sa composition , cette gradation pleine d'art au « moyen de laquelle par-delà les nuages il nous révèle l'immensité des « espaces aériens, cette entière possession de toutes les faces de l'objet « du dessous {quel possesso del sotto in su) , ce jeu d'une lumière presque « céleste , cette disposition symétrique des figures , est quelque chose « qui enchante l'œil et enlève l'esprit hors de lui-même (i). » Nous retrouvons une partie de ces effets dans le beau tableau de sainte Martine; celui dont nous nous occupons ici ne prêtoit qu'à une composition pleine de grâce et d'aménité. Faustulus, pasteur des troupeaux d'Amulius, apporte à sa femme Fun des fils de Rhéa, qu'il vient de trouver allaités par la louve qui leur sert de nourrice. Il le porte d'une main dans son vêtement, tandis que de l'autre main il indique le second enfant, qu'on aper-
(i) Lanzi , tom. II, p. 273.