‹ Le Musée royalChapitre 22 sur 120 · PAR GÉRARD DE LAIRESSE · texte numérisé non relu

PAR GÉRARD DE LAIRESSE

Gérard de Lairesse naquit à Liège en iG^o. Ses premiers pas dans la carrière furent ceux d'un grand nombre de peintres flamands à cette époque, où le goût des arts, répandu pour ainsi dire dans les airs, formoit des peintres partout, en tiroit de toutes les classes, et ne manquoit pas ensuite de leur procurer le hasard ou l'occasion nécessaire pour les faire sortir de Pobscurité dans laquelle la fortune avoit d'abord enveloppé leurs talens. Bien que fils d'un assez bon peintre, Renier de Lairesse, employé au service du prince de Liège, Gérard éprouva d'abord cette sorte de délaissement qui parfois ajoute ensuite du prix au talent en lui donnant aux yeux du public le mérite d'une découverte. Peu occupé à Liège, où apparemment son père et Bartholet, le collègue, Fami de Renier de Lairesse, et le second maître de son fils, n'a voient d'ouvrage que ce qu'il en falloit pour eux-mêmes, Gérard, poussé peut-être d'ailleurs par des goûts assez désordonnés, se rendit à Utrecht, où d'abord il fut réduit à peindre des enseignes et des paravents. Cependant un de ses amis l'engagea à composer deux morceaux plus importans, qu'il se chargea de faire passer à un marchand de tableaux d'Amsterdam. Les marchands de tableaux en Hollande, sûrs alors des débouchers de leur commerce, avoient des peintres qu'ils tenoient chez eux, qu'ils faisoient travailler à leur compte, et dont les ouvrages, même en les payant bien, leur rapportoient encore des profits considérables. Les deux tableaux de Lairesse donnèrent à Uylenburg, c'étoit le nom du marchand auquel ils avoient été présentés, le désir de s'approprier un pareil talent. Il partit lui-même pour Utrecht, portant à Lairesse cent florins pour le prix de ses deux tableaux, et des promesses capables de le décider à l'engagem en tqu'on désiroit de lui; Lairesse y consentit. Il partit avec Uylenburg; et le lendemain de son arrivée , invité à se mettre à l'ouvrage dans l'atelier de Uylenburg, il surprit fort son hôte et les autres spectateurs, lorsqu'après une assez longue pause employée à la méditation, au lieu de prendre ses pinceaux, il tira de dessous son manteau un violon dont il joua quelques airs; puis il ébaucha un tableau, reprit son violon, et, après quelques nouveaux airs , peignit et finit d'un seul coup plusieurs

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