‹ Le Musée royalChapitre 23 sur 120 · LA MALADIE D'ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

LA MALADIE D'ANTIOCHUS

têtes. Sa facilité étoit remarquable; on s'étonne de la quantité de plafonds, de tableaux, gravures, dessins, etc., qu'il a trouvé le temps d'exécuter dans les intervalles que lui laissoit la débauche à laquelle il se livroit avec une intempérance qui lui coûta la vue à Page de cinquante ans , et qui épuisoit journellement les fruits d'un travail cependant très-productif, surtout depuis que Lairesse avoit quitté Uylenburg pour recueillir seul les profits de son talent et de sa réputation.

Quoique son dessin manquât souvent de correction et d'élégance, Lairesse étoit savant dans son art, ingénieux dans sa manière de l'enseigner; ce fut sa consolation et sa ressource lorsque la perte de sa vue lui eut ôté les moyens de le pratiquer. Ce fut probablement à ces leçons , rédigées après sa mort par les peintres qui en avoient profité, qu'il dut en partie le titre du Poussin hollandais, que contribuèrent aussi à lui acquérir et son talent pour l'expression, et l'esprit qu'il mettoit dans ses compositions, ainsi que le fréquent usage qu'il a fait de l'allégorie , et le choix de ses sujets, tous en contraste avec ses penchans, tous sérieux et même assez graves.

Ce tableau est un des plus estimés qu'ait produits Gérard de Lairesse. Le moment de l'action paroît être celui de la visite de Stratonice à Antioehus; car, à l'abattement du jeune prince, il est difficile de croire qu'il reçoive actuellement la nouvelle qui doit lui rendre la santé. La couronne et le sceptre, placés sur un guéridon où Séleucus paroit les offrir à son fils, n'indiqueroient qu'une tentative de Séleucus pour distraire les chagrins de son fils, dont il ignore encore le sujet. Quoi qu'il en soit, l'attitude et l'expression d'Antiochus sont remplies de charme; ses yeux baissés, ses mains croisées sur sa poitrine pour retenir le vêtement qui s'échappe de dessus ses épaules, annoncent avec une grâce infinie la timide pudeur qui convient au caractère de la passion d'un jeune homme prêt à mourir plutôt que de laisser échapper son secret; Stratonice y répond par un embarras presque égal au sien. Leurs têtes sont d'un bon style; la figure de Séleucus est pleine de dignité. La composition du tableau est riche et bien ordonnée. L'appartement d'Antiochus est magnifiquement décoré de ces ornemens d'architecture pour lesquels Lairesse avoit du goût et du talent.

La couleur de Lairesse est bonne; sa manière, large, et pourtant finie. Ce tableau est peint sur bois.

„ ( Hauteur, 3 1«o<in. ^pouces glign.

Proportions. < t ' ,„

{ Largeur, 46 28 6

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