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ENTRE LE VICE ET LA VERTU

PAR LAIRESSE.

L'allégorie d'Hercule entre le Vice et la Vertu, inventée par Prodicus, rapportée et embellie par Xénophon, est devenue, dans nos temps modernes, le sujet de plusieurs ouvrages de peinture et de poésie. Métastase entre autres en a fait pour le mariage de Joseph II, qu'il y a représenté sous le nom d'Alcide, une sorte de ballet intitulé Aloide albivio (Hercule au chemin fourchu ) ; et on a d'Annibal Carrache un tableau sous ce même titre (i). Xénophon rapporte ainsi la fable de Prodicus :

a En sortant de l'enfance pour entrer dans la jeunesse, à l'âge où « l'homme commence à décider pour lui-même, Hercule alla s'asseoir et « méditer dans un lieu écarté; là lui apparurent deux grandes femmes. « L'une étoit vêtue de blanc; la nature l'avoit douée d'une grande pureté « de formes et de teint; ses jeux étoient remplis de pudeur : l'autre, « peinte sur le visage et sur tout le corps pour se faire paroître plus « blanche et plus rouge qu'elle n étoit naturellement, portoit un vête- « ment transparent et à travers lequel se laissoit apercevoir son corps ; « elle se redressoit, se regardoit, et regardoit si les autres faisoient atten- « tion à elle, reportant continuellement les jeux sur elle-même. »

Annibal Carrache a suivi cette description avec la plus exacte fidélité. Le vêtement blanc, l'attitude simple de la Vertu; le vêtement transparent, le maintien affecté de l'autre femme; entre elles deux Hercule assis, appuyé sur sa massue; d'un côté le chemin roide et escarpé de la gloire, tracé au milieu des précipices, de l'autre un pajs gracieux où le plaisir peut errer sans aucune route déterminée, tout se rapporte parfaitement aux paroles de Xénophon. Lairesse n'a pas été tout-à-fait aussi fidèle dans les détails; mais peut-être, à certains égards du moins, Pa-t-il été davantage à l'intention philosophique, principalement dans la figure d'Hercule, qu'il représente, non pas assis, mais déjà debout, la massue sur l'épaule, le regard animé de courage, et se portant déjà de tout le mouvement de sa volonté vers la route de la Vertu, tandis que son atten-

(i) Ercole al bivio.

HERCULE ENTRE LE VICE ET LA VERTU, tion est seulement arrêtée et distraite un moment par la Volupté, qui le sollicite. Ânnibal Carrache a représenté Hercule clans un état d'indécision parfaite, écoutant avec une égaie attention les deux femmes, comme si ce qu'elles lui disent étoit également nouveau pour lui. Ce n'est point là ce qu'a voulu faire entendre Xénophon. Hercule, dans le récit qu'il nous a laissé, demande à la Volupté son nom; il ne le demande point à la Vertu. «Je respecte les auteurs de tes jours, lui dit celle-ci; j'ai connu « dès ton enfance tes louables dispositions. » Il est clair que l'aspect de la Vertu est déjà familier à Hercule. Métastase a très-ingénieusement rendu cette idée d'une manière flatteuse pour Marie-Thérèse, en feignant qu'Alcide prend la Vertu pour sa mère. Elle a présidé à son éducation ; elle a pris possession des habitudes de sa vie et de son caractère. La Volupté n'est qu'une rencontre ; l'empire momentané qu'elle exerce est un accident de l'âge : elle peut arrêter et distraire le héros; mais il ne se décide pour la Vertu que parce qu'il lui appartient d'avance.

Quant aux figures des deux femmes, celle de la Vertu me paroît préférable dans le tableau d' Annibal. Dans celui de Lairesse, ses longs voiles et son livre sous le bras lui donnent l'air un peu scolastique pour Hercule. Mais, ni dans l'un ni dans l'autre, elle n'a l'air assez dominant; elle n'exprime point assez cet ordre impérieux du devoir, si bien caractérisé dans les premiers mots qu'adresse la Vertu à Hercule : « Hercule, il faut « suivre le chemin que je te montre. » Pour l'autre figure, il y avoit à choisir entre deux manières de la concevoir. « Ceux qui m'aiment m'ap- « pellent la Volupté » , dit celle-ci lorsque Hercule lui demande son nom ; « mes ennemis, le Vice. » Annibal, philosophe quelquefois chagrin, lui a donné des formes prononcées, peu séduisantes, la nudité et l'effronterie du vice. Le débauché Lairesse a mieux aimé représenter la Volupté : sa figure est charmante ; moins nue que celle d' Annibal, elle a dans sa parure beaucoup plus de désordre. Ce n'est point par des raisonnemens, mais par des caresses, qu'elle cherche à séduire le héros; et ces caresses trèsfamilières, son attitude qui conviendroit à la femme de Putiphar, cet ombrage épais sous lequel elle veut retenir Hercule, cette vieille femme qui, placée derrière elle, semble, par son geste, dire au jeune homme, Prenez garde à vous, indiquent peut-être les idées et les habitudes de Lairesse dune manière trop positive pour la dignité du sujet.

Derrière la Vertu, on voit un édifice, probablement le temple de la Gloire. Elle est accompagnée d'un Génie portant un flambeau.

( Hauteur, l m - J 2 «m.im. 3 pieds 5pouces

Proportions. < t , q c q

[ Largeur, 1 00 =5 o

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