‹ Le Musée royalChapitre 26 sur 120 · LA MADELEINE AU DÉSERT · texte numérisé non relu

LA MADELEINE AU DÉSERT

produit du génie de son oncle, le répétant peut-être même un peu trop, jusque dans les traits de ses figures, et laissant seulement à désirer quelquefois ce que ne peut donner aucun maître ni aucun modèle, cette chaleur de verve qui n'est accordée qu'au génie original, et qui fit un des grands caractères du Guerchin; les Gennari n'ont pas même pu toujours parvenir à reproduire la vigueur de leur oncle dans les copies de ses tableaux. Lanzi en a vu une au palais Ercolani, à côté de l'original; c'était une Bersabée : « Celle du Guerchin, dit-il, paroissoit peinte de la veille « (d'allora) , et l'autre avoit l'air d'être faite depuis un grand nombre « d'années (i). »

Par la nature de son talent, César dut s'attacher surtout à imiter la troisième manière du Guerchin; car, bien qu'ordinairement on n'en attribue que deux à ce grand peintre, Lanzi lui en reconnoit trois. La première offrant, bien qu'avec plus de noblesse de style, quelque chose des effets du Caravage ; la seconde adoucie sur les exemples et les conseils des Carraches; ce qui fait qu'on l'a communément rangé dans leur école, et que Joseph Piacenza (2) s'excuse de ne l'y pas comprendre au premier rang, « parce que, rigoureusement parlant, dit-il, il n'appartint point à « cette école, bien que, ainsi qu'il l'affirmoit lui-même, il se soit modelé « sur les exemples du grand Louis {il gran Lodovico) (3). » Dans sa troisième manière, moins austère encore, mais moins originale, le Guerchin a cherché à se rapprocher du Guide : c'est à l'imitation de cette dernière époque du talent du maître que doit probablement se rapporter la Madeleine de Gennari. La figure de la femme, pleine de grâce et de noblesse, a bien les traits de celle du Guerchin, mais son caractère est la douceur plutôt que la force ; ses formes , surtout celles du haut du corps, montrent une délicatesse tout-à-fait conforme à la dernière manière de ce grand peintre, et qui est heureusement exprimée par la suavité des teintes, plus en rapport avec ces formes adoucies qu'elle ne le seroit avec des contours plus hardis. Ceux de l'enfant sont plus prononcés; sa pose, ainsi que celle de la Madeleine, est gracieuse et naturelle. Les deux portions de rocher qui encadrent pour ainsi dire la figure principale la font bien ressortir. Ce tableau est en tout d'un bel effet.

(1) Tome V, p. i3o, Scuola Bolognese.

(2) Editeur des œuvres de Baldinucci.

(3) , Notizie de Professori del disegno, da Cimabue

in qua. Opère di Filippo Baldinucci, tom. I , p. 82; Terza Dissertazion di Giuseppe Piacenza.

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