LA MORT DE CLORINDE
Dans les vers du Tasse se trouve tout entière la description du tableau de Lana. Les jeux de Clorinde se tournent vers le ciel, gli occhi al cielo afjisa , et à la langueur de la mort s'y mêle un sentiment doux et exalté.
E la m an nuda e fredda alzando verso Il cavalière, in vece di parole Gli da pegno di pace.
(c Elle ne peut parler; mais elle lève vers le chevalier sa main nue et « froide, et la lui donne en signe de paix. »
C'est ainsi qu'elle meurt; et elle semble s'endormir, e par che donna. Cet affaissement, qui précède l'instant d'une mort tranquille, est exprimé dans toute sa contenance. Tancrède , à genoux , soutient d'une de ses mains celle que lui a abandonnée Clorinde; de l'autre il lui verse sur la tête l'eau qu'il a été puiser dans son casque. Tout entier à cette action, sur laquelle il a rassemblé ses pensées et ses forces, il ne laisse presque apercevoir dans sa contenance qu'une pénible inquiétude de ne la pouvoir terminer assez tôt. On voit qu'il se hâte; il semble craindre de se laisser gagner par une douleur qui pourroit le faire mourir. Cette expression de Tancrède est profondément sentie; sa tête est d'un beau caractère; celle de Clorinde offre des traits agréables et une expression douce. Les deux figures, sur-tout celle de la guerrière, appartiennent, par la vigueur des formes, à l'école du Guerchin, dont Lana fut, sinon l'élève, du moins l'un des imitateurs les plus beureux et les plus originaux.
Ce fut, à ce qu'il paroit, vers* l'an 1 5g j que Lana prit naissance, selon les uns, à Codigore dans le Ferrarois; selon les autres, dans le duché de Modène. Il reçut à Ferra re les leçons de Scarsellini, et s'établit à Modène, où il ouvrit une académie célèbre de son temps. Cette ville est pleine encore de son nom et de ses tableaux. On en trouve aussi dans plusieurs autres villes d'Italie, particulièrement à Rologne. On y remarque en général un dessin correct, un beau coloris, une grande hardiesse de pinceau, et une certaine chaleur d'imagination qui tantôt le rapproche des peintres célèbres en ce genre, comme le Tintoret, tantôt lui donne un caractère d'originalité, particulièrement, dit Lanzi, nell idée de' volti, dans l'invention des têtes.
Il mourut en 1646.
( Hauteur, i m - 3t «■"'■»■ = 4 v M * '3? mia . Proportions. < t c Z
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SAINT FRANÇOIS DASSISE,
PAR LA HYRE.
Les légendes de S. François dAssise sont peut-être les plus nombreuses et les plus remplies de faits merveilleux qu'on ait écrites sur aucun des saints du calendrier. La singularité des miracles dont elles font honneur à S. François et aux religieux de son ordre, la supériorité qu'elles lui assignent en plusieurs endroits sur d'autres saints du paradis, fondateurs, comme lui, de communautés religieuses, ont plus d'une fois attiré aux Franciscains, surtout de la part des Dominicains, de si violentes attaques, qu'au temps de la réformation on a cru prudent de retirer et de supprimer quelques-uns de ces récits, occasion de scandale. Le miracle que les capucins du marais avoient choisi pour en faire le sujet du tableau que La Hyre a exécuté pour leur église a été probablement l'un des moins contestés, parce que c'est un de ceux qui a été le plus communément réclamé pour les fondateurs d'ordres, et que par conséquent chacun avoit le plus d'intérêt d'accorder aux autres. On raconte qu'en i449» c'est-à-dire plus de deux cents ans après la mort de S. François, le pape Nicolas V, avant entendu dire que le corps du saint étoit parfaitement conservé, fît ouvrir son tombeau, et j étant descendu «accompagné du cardinal Aslergius, « d'un évêque, de son secrétaire, du gardien du couvent, et de trois reli- « gieux » , trouva non seulement le corps entier et sain, revêtu de la robe de drap neuve dont l'avoient habillé ses religieux, lorsque plusieurs années après sa mort ils le transportèrent dans son tombeau de l'église d'Assise; mais il le trouva debout, les mains croisées dans ses manches, et les jeux levés au ciel , dans l'attitude de la contemplation.
C'est dans cette attitude que l'a représenté le peintre. A genoux devant lui, le pape soulève le bas de sa robe pour regarder les stigmates de ses pieds, qu'il retrouve également entiers et tels que nous les représentent les légendes; car si celui du côté paroît n'avoir été qu'une simple plaie, ceux des pieds et des mains ont conservé les clous, ainsi qu'on le rapporte dans le livre des Conformitez (i), la plus étrange et la plus rare
(i) Par Barthélemi de Pise, imprimé à Milan, chez || Gotard Pontice, i5io. Ce livre, extrêmement rare