PAR SANTERRE
Sus anne « dit à ses deux jeunes filles, apportez-moi de l'huile et des « parfums, fermez les portes du jardin, parce que je veux me baigner : « elles obéirent , fermèrent les portes du jardin , et sortirent par une « fausse porte pour apporter ce que Susanne avoit demande'; elles n'a- « voient point vu les vieillards, parce qu'ils étoient cachés. Quand les « jeunes filles furent sorties, les deux anciens se levèrent, coururent vers « Susanne, et lui dirent : Voici les portes du jardin fermées, personne ne « nous voit, notre amour est violent, cède à nos désirs. »
Les peintres qui ont traité cette première partie de l'histoire de Susanne Font en général représentée déjà dépouillée de ses vêtemens, et prête à entrer dans le bain. Il semble cependant que rien dans le texte n'indique cette circonstance, et qu'au contraire tout donne lieu de supposer que Susanne n'avoit point encore quitté ses vêtemens. Les jeunes filles venoient de sortir, la porte du jardin étoit à peine fermée; car les vieillards s'étoient hâtés sans doute de saisir le premier moment, ils n'en avoient point à perdre avant le retour des servantes. Une femme modeste comme Susanne se sera-t-elle hâtée de quitter il pudico velo él casto manto (i), avant que le retour des jeunes filles qu'elle a chargées de pourvoir à sa sûreté l'ait assurée qu'elle n'a plus rien à craindre des regards? Une femme riche n'aura-t-elle pas attendu pour se déshabiller le retour des femmes dont l'habitude lui a probablement rendu le service nécessaire?
D'un autre côté, l'entretien des vieillards avec Susanne porte un caractère tranquille et raisonné, peu d'accord avec la situation où les supposeroit le peintre. Ces hommes lui expliquent leur dessein et le danger qu'elle court si elle leur résiste. «Susanne, en soupirant, leur dit : Je suis « dans une grande angoisse; si je commets ce crime, je suis digne de a mort, et si je ne le commets pas, comment échapperai-je à votre vente geance ? Mais il vaut mieux être punie sans l'avoir mérité que de pécher « contre mon Dieu. » C'est là l'expression triste mais calme et résignée d'une situation cruelle; mais des sentimens bien plus violens, bien plus troublés , agitent la pudeur exposée au supplice des regards qui la poursuivent : et si le texte, malgré la pureté qu'il conserve dans le récit de
(i) Son voile pudique et son chaste vêtement.