‹ Le Musée royalChapitre 43 sur 120 · PAR VALENTIN · texte numérisé non relu

PAR VALENTIN

Avec le XVII e siècle commença l'élan de Fécole française. Rome appeloit nos artistes; et Valentin, né en 1600, à Coulommiers, conduit de bonne heure à Rome par sa vocation, y passa et y termina, en 1602, sa trop courte vie. L'Italie, où il est encore désigné sous le nom de Monsieur V alentino, le compte presque parmi ses peintres, et le met au premier rang des imitateurs du Caravage. Cette imitation, alors dans toute sa fureur, avoit entièrement envahi la jeunesse de fécole romaine; et l'admiration pour le talent du maître avoit tellement passé jusqu'au maître lui-même, que plusieurs de ses élèves affectoient non seulement sa manière dans leurs ouvrages, mais encore ses manières dans l'habitude de la vie, quelque peu séduisantes qu'elles pussent paroître; à ce point que, comme il avoit coutume de mener avec lui un chien noir nommé Barbone, auquel il avoit appris à faire différens tours, Carlo Saracino, un de ses plus zélés disciples, avoit eu soin de se procurer aussi un chien noir qu'il avoit de même appelé Barbone, et de même instruit à faire des tours , dont il avoit soin de même de divertir les sociétés où il se trouvoit.

Jamais un grand mouvement ne se produit dans les esprits sans avoir pour base une idée vraie et importante; ainsi l'étude de la nature prise pour condition indispensable de l'art de peindre , la vérité ramenée dans une école subjuguée par la manière, offroient sans doute un événement digne de la révolution- qu'il a produite ; mais , embrassée avec trop de passion par la multitude, commencée même avec trop peu de réflexion par celui qui en étoit l'auteur, cette révolution s'écarta dès le commencement de son principe légitime, et la vérité a plus d'une fois échappé au Caravage, et bien plus souvent encore à ses disciples, parce qu'ils ont cru trop facilement la trouver partout. On raconte qu'invité à étudier les statues des grands maîtres de l'antiquité, il montra pour toute réponse une foule rassemblée à peu de distance, donnant ainsi à entendre que la nature l'avoit suffisamment pourvu de maîtres et de modèles (1). Mais ce

(1) Bellori, Vita di Michel Angelo Merigi di Caravaggio, p. 202.

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