‹ Le Musée royalChapitre 44 sur 120 · LE CONCERT · texte numérisé non relu

LE CONCERT

n'est pas dans la foule que se trouvent des apôtres, des martyrs, des Christ; ce n'est pas au milieu de la multitude qu'on pourra rencontrer au hasard des personnages animés par des sentimens forts et élevés, par des passions nobles et ardentes, et des traits propres à les exprimer. Ou tous les signes extérieurs sont mensongers, et la peinture, destinée à nous faire connoître au moyen de ces signes extérieurs les sentiments et les pensées, n'est qu'un art vain, sans fondement et sans réalité; où certaines formes sont plus spécialement données comme indices de certains raouvemens de l'âme, certains traits doivent être regardés comme plus capables de les rendre. Il est donc évident que l'idée du caractère et des sentiments du personnage doit précéder et diriger le choix des traits qu'on veut lui prêter, et que toutes sortes de figures ne sont pas propres à être animées de toutes sortes de sentimens. Incapable de travailler autrement qu'en présence du modèle, n'ayant point eu d'autres études, le Caravage fut toujours probablement beaucoup trop conduit par celui qu'il avoit sous les yeux; et l'expression forte et vivante qu'il a donnée à ses personnages, cette vérité absolue qui fait voir en eux des êtres réellement animés, ne suffît pas toujours pour déguiser le défaut de vérité relative. Ce sont des hommes sans nul doute, mais non pas toujours ceux qu'il a voulu représenter.

Les disciples du Caravage, quelques-uns du moins, ont, comme de raison, outré ce défaut de leur maître. Ils ont poussé si loin la négligence du choix, qu'on diroit quelquefois qu'ils se sont fait un principe de ne pas choisir. C'est le seul défaut sérieux qu'on puisse reprocher à Valentin, remarquable d'ailleurs par la beauté de sa couleur, la vérité de ses expressions , la sage disposition de ses figures. Le Concert offre sept figures groupées sans encombrement dans un espace assez étroit. Autour d'une pierre sculptée , sur laquelle on voit les restes d'un modeste repas , trois jeunes gens, un enfant, et une jeune fille, chantent en s'accompagnant de divers instrumens. Dans le fond, une petite servante boit à même une bouteille; sur le devant, un militaire couvert d'une armure décorée d'une écharpe blanche verse du vin d'un vase dans un autre. Les traits des figures ne contrastent point ici avec le sujet, qui n'exigeoit pas un style relevé ; il y en a d'agréables, et même celle du militaire a de la noblesse. Cette même figure, vêtue de même, se retrouve dans d'autres tableaux de Valentin.

Proportions.

Hauteur, i m 68 ccmim - =5^ i? 01 Largeur, 26 —6 2

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