UNE DAME ET SA FILLE
PAR VANDYK.
Bellori raconte que Rubens, voyant Vandjk acquérir une telle beauté de couleur qu'il craignit que le nom de son élève ne finît par effacer le sien, fit tous ses efforts pour le tourner entièrement vers le portrait, louant excessivement ceux qu'il avoit faits, et le proposant à tous ceux qui venoient lui en demander. Il ajoute que ce fut pour cette raison que Vandjk quitta Fécole de Rubens (i). Cette anecdote est démentie par Descamps, et paroît d'ailleurs aussi contraire au caractère connu de Rubens et à son affection pour ses élèves qu'elle s'accorde mal avec les soins particuliers qu'il prit pour éloigner Vandjk des distractions qui pouvoient l'arrêter dans le chemin de la gloire, et avec les marques d'amitié que ne cessèrent de se donner ces deux grands peintres. Le talent de Vandjk fait d'ailleurs assez connoitre quelle fut sa vocation. Egal à plusieurs maîtres dans ses tableaux, il a à peine été égalé dans ses portraits; on l'a mis dans ce genre au même rang que Le Titien, et de ceux qui s'j sont adonnés, personne n'a prétendu s'y placer en troisième avec eux. Il paroîtroit avoir de bonne heure déclaré le goût qui le portoit de préférence vers le portrait, et, selon Descamps, ce seroit lui qui auroit sollicité de Rubens la permission de s'j livrer. Du moins est-il certain qu'arrivant fort jeune en Italie, au sortir de l'atelier de Rubens, il rechercha et cultiva avec soin la société deSophonisbe Anguissola, noble Crémonaise, et le plus célèbre peintre de portraits de son temps. Veuve d'un Moncade, et mariée ensuite à un Somellino, Sophonisbe, à l'époque où la connut Vandjk, très vieille et aveugle, étoit encore fort utile aux arts par sa conversation et les préceptes qu'j venoient puiser les peintres. Vandjk disoit avoir plus appris de cette aveugle que d'aucun clairvoyant (2). Les habitudes de dépenses de Vandjk pouvoient avoir contribué à tourner son goût du côté où se trouvoit le plus sûrement la fortune. Son caractère assez glorieux devoit lui donner peu de penchant pour la vie d'a-
(1) Vie d'Antoine Vandyk, page 254- — (2) Lanzi, tome IV, page 148.