UNE FEMME ACCROCHANT UNE VOLAILLE
Debili si che perla in bianca fronte Non vieil men tosto aile nostre pupille.
(Dante, Paradiso, canto ni.)
« C'est ainsi que , répétés dans une glace transparente et pure , ou « dans des eaux limpides, tranquilles, et pas assez profondes pour que le « fond se dérobe à notre vue, l'image de nos traits nous revient tellement « affoiblie, que l'impression en arrive à nos jeux douce et lente, comme « celle d'une perle placée sur la blancheur d'un beau front. »
Si dans cet art de produire des impressions profondes avec de simples actions et des mouvemens calmes, il y a quelque chose de plus admirable que la Femme hjdropique , c'est la Lecture de la Bible. Ces deux personnages sont vieux, ils sont pauvres, ils sont seuls; mais ils lisent, ils prient ensemble; et l'image qu'ils nous présentent est celle du bonheur, d'un grand, d'un inaltérable bonheur, fondé sur la communauté d'occupations, d'idées, de sentimens religieux. Il y a généralement dans la composition comme dans la touche de Gérard Dow quelque chose de délicat et de fin dont les moyens échappent presque à l'observation, en même temps que les effets n'en peuvent être méconnus. On ne sait pas bien comment il parvient à se faire comprendre, mais il est toujours compris; il fait toujours ce qu'il veut faire; il montre toujours ce qu'il veut montrer. Ainsi, lorsqu'il nous a fait voir les dernières classes du peuple, il n'a pas voulu en représenter la grossièreté, et il a su l'éviter sans leur rien ôter de leur caractère. Cette femme accrochant une volaille à une fenêtre est bien une cuisinière, ce ne peut être autre chose; ses traits n'iroient pas à un état plus relevé, et cependant ses traits n'ont rien d'ignoble; son teint est blanc et animé, et cependant c'est celui d'une femme du peuple : elle n'est point jolie; on songeroit, en la voyant, à autre chose qu'à ce qu'on doit voir en elle; elle n'est point laide, elle rebuteroit; elle a la sorte d'agrément qui appartient à son état. Le peintre n'a rien oublié de ce qui pouvoit le constater; il a caché tout ce qui en pouvoit déplaire. Les accessoires qui l'environnent, cette marmite sur laquelle pose son bras droit, cette chandelle dans un flambeau grossier, ce pot d'étain renversé, sont peints, ainsi que la figure, avec ce charme de vérité qui est la magie du pinceau de Gérard Dow. Comme la poésie, comme la musique, le talent de Gérard Dow est un langage qui exprime fidèlement la nature, quoique la nature ne se soit jamais exprimée ainsi.
Ce tableau est peint sur bois.
„ ( Hauteur, 2 6 centim - 7 miI1 ' — i ot"" 1 "'.
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