‹ Le Musée royalChapitre 53 sur 120 · LA MARCHANDE DE VOLAILLE · texte numérisé non relu

LA MARCHANDE DE VOLAILLE

PAR METZU

Si, dans un tableau composé d'une simple figure, Metzu sait faire parler son personnage à l'imagination du spectateur, à plus forte raison dans une scène, quelque simple qu'elle soit, où deux personnages agissent l'un sur Pautre, où l'action de chacun d'eux s'explique par l'action correspondante, rend-il parfaitement claire et évidente la situation des interlocuteurs ; il saisit pour ainsi dire leur pensée au passage , nous indique le point précis où ils en sont de leur action ou de leur entretien, fait comprendre ce qui les y a amenés, et ce qui doit s'ensuivre; c'est là le propre de Fart. Le moment qu'il représente réellement est borné, imperceptible, et seroit sans intérêt, s'il n'offroit à l'imagination Faction tout entière à laquelle il appartient. « Dans chacune des figures de Raphaël, dit Mengs, « on voit exprimé ce qu'a fait le personnage avant de se livrer à l'action « actuelle, et l'on peut presque comprendre ce qu'il va faire ensuite (i). » Ce grand art de Raphaël s'applique à tous les genres. Metzu, dans le sien, quelque borné qu'il pût être, a porté cette observation de la vérité qui saisit de la situation actuelle du personnage tout ce qui tient à l'ensemble de son existence, et à celui de l'action dont il s'occupe.

Ainsi nous comprenons parfaitement, non seulement de quoi s'occupent les deux femmes sur lesquelles roule l'action du joli tableau de la Marchande de volaille, mais nous comprenons comment elles s'en occupent, ce qu'elles ont dit et fait dans cette partie de l'action qui a précédé le moment actuel, ce qui va le suivre et terminer l'action. Cette femme qui , debout, le bras passé dans l'anse du seau de bois qui lui sert à mettre ses provisions, son argent dans la main droite, présente de la main gauche une pièce de monnoie à la marchande , est une cuisinière d'un étage assez relevé, ou plutôt même une bourgeoise : elle a de l'autorité dans le maintien; elle est accoutumée à faire ses prix. Après une discussion, où elle a probablement cédé quelque chose, elle offre à la marchande son prix définitif. Celle-ci accepte , avec l'expression de la soumission à la nécessité : sa figure et son vêtement annoncent la pauvreté; son maintien résigné indique l'habitude de subir les conditions qu'on lui impose. Ainsi le seul aspect de ces deux femmes nous instruit de leur situation ; leur

(i) Tome II , pag. 77 , Descrizione dei principali quadri del Palazzo reale di Madrid.

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