LA MARCHANDE DE VOLAILLE
action est arrivée au point où elle se développe à nous dans toute sa partie antécédente, et peut en même temps nous indiquer sa terminaison prochaine. Comme le dit encore Mengs de Raphaël , ici Faction n'est point « totalement accomplie, mais se présente comme venant de coince mencer ou près de finir; c'est ce qui donne aux figures tant de vie, « qu'à les regarder attentivement, elles semblent se mouvoir.» En effet, notre imagination anticipe le mouvement dont elle a la prescience certaine, et pour l'esprit frappé de cette manière le personnage est réellement en mouvement; car nous attendons le pas qu'il va faire, précisément comme si nous venions de lui voir faire le pas précédent. Ici, le marché se termine, mais il n'est pas terminé; la femme qui marchande présente l'argent, mais elle ne Fa pas donné; la marchande avance la main pour le prendre, mais elle ne Fa pas pris. La pièce de volaille, qui fait le sujet de la discussion, est encore sur la table, elle n'a point encore passé dans les mains de l'acheteur; mais nous savons positivement que tout cela va se faire , et nous savons comment et pourquoi.
Un des plus jolis accessoires de ce charmant tableau est la figure du chien de la bourgeoise. Laissé à lui-même pendant la scène qui vient de se passer, il s'est doucement et timidement approché d'une escabelle près de laquelle, sur un panier couvert d'une planche, vient d'être déposé un chapon; il a mis d'abord sur le bord de Fescabelle une de ses pattes de devant, puis l'autre, puis son museau s'approche et flaire d'un peu plus près la proie qui le tente : son regard de côté, ses oreilles reculées, sa queue serrée, cette gueule qui commence à s'écarter par les coins pour s'ouvrir bientôt inopinément, tout peint son état de désir et de crainte. Il est impossible de représenter d'une manière plus comique la douloureuse anxiété du larron, tourmenté à la fois de la convoitise et de la peur des coups. Ce chien participe au mouvement du tableau; on attend le moment où il va sauter sur le chapon, et se sauver en l'emportant; on voit d'ici tout le désordre que va produire cet incident.
On a reproché à ce tableau quelque disproportion entre les figures et les bâtimens. Il est certain que la porte de la maison paroit un peu basse pour la marchande assise devant ; mais on peut supposer deux degrés à descendre pour entrer dans cette misérable demeure. Cette critique s'applique plutôt au fond, qui ne présente pas une perspective linéaire toutà-fait d'accord avec la perspective aérienne.
Ce tableau est peint sur bois.
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Proportions. < t ' f
( Largeur, 34 i