UNE CUISINIÈRE
PAR METZU
Peu de peintres ont eu autant que Metzu le sentiment de la vérité, et s'y sont livrés avec autant de simplicité, moins de recherche d'effets, et un effet plus sûr. La parfaite beauté de la couleur, la pureté du dessin, tout est chez lui représentation du vrai; la naïveté de ses poses et de ses expressions ne donne à supposer chez le peintre d'autre intention que celle de rendre la nature telle qu'il Fa saisie au premier coup-d'oeil. Les finesses de son pinceau semblent lui être échappées, tant elles s'allient facilement avec des touches larges et moelleuses; et le travail assez exact qu'il apportoit à ses tableaux ne se laisse deviner que par une scrupuleuse sincérité à représenter la réalité comme elle lui apparoît, avec ses inexactitudes et ses inégalités.
Gérard Dow et les bons peintres de son école ont poussé l'art à ce point, qu'il est impossible de leur reprocher un défaut de vérité; cependant on se sentiroit quelquefois le besoin d'interroger cette vérité irréprochable, de lui demander ce qu'elle a fait de ses imperfections. L'œil s'étonne des impressions constamment agréables qu'il reçoit de ces ustensiles de cuivre, de ces paquets de légumes étalés; il faut de la réflexion pour s'apercevoir que dans ces tapis si admirablement travaillés le peintre n'a voulu représenter et n'a représenté en effet que des tissus grossiers. Il y a toujours, malgré eux, dans la délicatesse de leur pinceau, quelque chose qui dissimule la rudesse des objets qu'ils ont à traiter. Séduits eux-mêmes par cette délicatesse, ils multiplient quelquefois jusqu'à la profusion les accessoires dont ils savent tirer de si brillans effets. Metzu, plus simple dans le choix des circonstances ainsi que dans la manière dont il les rend, prodigue moins les richesses de son talent; ses accessoires, en général peu nombreux, sont uniquement ceux que demande le sujet, et non pas tous ceux qu'il comporte. Sur une table, un lièvre mort , et un seau de bois qui a servi à rapporter les marchandises du marché, devant la cuisinière, une espèce de plat, aussi de bois, placé sur un panier d'osier, et contenant les pommes qu'elle s'occupe à peler