PAR GABRIEL METZU
La peinture comprend dans le cercle de ses imitations tous les objets de la vue; et il n'en est presque pas un qui, rendu avec art et employé avec goût, ne puisse devenir une source de plaisir : cependant il ne sera jamais au pouvoir d'un grand artiste de rendre indifféremment tout ce qui se présente à ses jeux; la force du talent est dans une certaine spécialité qui l'attache particulièrement à l'objet de son choix, aux qualités conformes à sa nature , et les lui fait démêler partout où elles se trouvent , pour les en tirer et les rendre sensibles aux jeux vulgaires qui n'avoient pas su les remarquer. On rencontre sans cesse des figures de Teniers ou de Van Ostade sans j apercevoir ce qui les eût désignées à ces grands peintres pour des modèles de leurs tableaux. Il j a plus, Van Ostade et Teniers eux-mêmes ne choisissoient ni ne remarquoient les mêmes figures ; et le genre des phjsionomies contribue, autant que la touche et la manière de ces grands peintres, à former pour chacun d'eux le caractère distinctif qui ne permettra jamais de confondre ni un Teniers et un Van Ostade, ni un Gérard Dow et un Metzu.
Les ouvrages de celui-ci portent moins cependant que ceux des trois autres le cachet d'une habitude particulière de génie; ses choix paroissent moins avoir été dictés par une impression déterminée. Les figures de ses tableaux, sans manquer jamais de phjsionomie, n'offrent pas, autant que chez les trois autres, un genre de phjsionomie qui lui soit tout-à-fait propre; elles rentrent davantage dans le nombre de celles que la nature fournit indistinctement; mais elles se montrent toujours tellement modifiées par les habitudes particulières du personnage , qu'il en résulte un caractère d'individualité singulièrement original et très-piquant, surtout lorsque, comme on le voit ici, il est l'effet d'un contraste marqué entre les formes extérieures et les habitudes de la vie. Rien de moins noble que les traits, le sourire, l'expression de ce chasseur; cependant il seroit impossible de le prendre pour un homme du peuple; ses formes sont communes et non pas grossières. Il est assis; son maintien négligé, sans
UN CHASSEUR, être trivial, annonce la lassitude, mais c'est celle de la chasse, d'un exercice que Ton a pris pour son plaisir, et non d'un travail qu'on a été obligé de continuer jusqu'à extinction de forces. La fatigue n'a point émoussé chez lui la vivacité et même la délicatesse des sensations. Le verre à moitié vidé, qu'il tient et montre avec toute la tendresse d'un buveur, indique en lui non l'avidité de la soif, mais un goût vif et presque réfléchi pour la liqueur que le pot placé à son coté lui donne la certitude et non l'empressement de renouveler. Les plaisirs du repos, joints à ceux d'un commencement d'ivresse délicieusement empreinte sur sa physionomie , annoncent l'état tranquille d'un esprit que rien ne trouble ; ce n'est point un de ceux de qui l'Ecriture a dit : Donnez des liqueurs fortes a celui qui va périr, laissez le vin à ceux dont l'âme est dans ï amertume ; que le pauvre en boive afin qu'il oublie sa pauvreté, et quil ne se souvienne plus de ses peines. Le chasseur de Metzu n'a rien à oublier ni à supporter; il ne demande au vin ni de lui rendre des forces, nécessaires pour supporter seulement la perspective d'un nouveau travail, ni de le distraire d'un avenir que son état présent lui ôte le courage d'envisager. Heureux d'exister, il ne veut que l'être plus encore et l'être sans distraction. Tout est loisir dans ce tableau, tout est vérité. La beauté et l'harmonie de la couleur, l'admirable perfection d'une imitation sans recherche, ont placé Metzu au rang des plus célèbres peintres de genre. Ce tableau est peint sur bois.
( Hauteur, 2 6 cen,!m - 7 miU - = ioP° uces o b >
LALGHYMISTE EN MÉDITATION,