LA MAUVAISE NOUVELLE
PAR NETSCHER.
Les peintres flamands ont si souvent fait du portrait une scène de genre, et il arrive si souvent que les scènes dont ils composent leurs tableaux de genre ne s'élèvent pas au-dessus de l'intérêt du portrait , qu'il est communément assez difficile à l'inspection de leurs ouvrages de démêler à laquelle de ces deux classes ils appartiennent. Une leçon de chant ou de basse-de-viole, deux femmes prenant du tlié dans un salon, un militaire faisant servir des rafraichissemens, etc., peuvent faire des tableaux trèsagréables par le mérite de l'exécution; de même qu'une cuisinière épluchant des pommes ou accrochant une volaille mais ni les uns ni les autres n'éveilleront fortement l'intérêt sur la scène qu'ils représentent. On ne cherchera pas non plus si , pour représenter la cuisinière , le peintre a choisi une figure qui l'a frappé, ou l'image qui s'est présentée à son esprit; l'idée du portrait est tout-à-fait étrangère aux tableaux qui représentent des personnes de cette classe ; elle se présente plus naturellement lorsqu'il s'agit de belles dames vêtues de satin et placées dans un salon ou dans un cabinet de toilette. Peut-être cependant n'a-t-elle pas plus de fondement; et peut-être le plaisir de peindre des chairs fines et de belles étoffes est-il le seul motif qui ait déterminé l'artiste à choisir pour sujet de son tableau une belle dame au lieu d'une cuisinière.
Cette incertitude demeure tout entière à l'égard du tableau dont nous donnons ici la description. Une femme jeune et belle, dans le costume d'une riche Hollandoise du temps de Netscher, est assise près d'une table couverte d'un tapis à dessin de trèfles, et sur laquelle est un flambeau allumé et une cassolette ouverte; une jeune fille, dont le costume paroît être celui d'une servante, s'approche d'elle pleurant, et d'une main tenant son mouchoir sur ses jeux, de l'autre lui présentant une lettre cachetée de noir. La jeune femme jette les veux sur la lettre avec un geste de surprise et de douleur. Rien n'indique d'ailleurs le sujet de cette scène, ce qui feroit supposer que le tableau a été composé pour des personnes à qui le sujet étoit connu et familier, et qui pour en recevoir