DIOGÈNE JETANT SON ÉCHELLE
tableau; le chef-d'œuvre dont nous donnons ici la description paroît présenter plutôt une idée philosophique mise en action qu'un trait historique, accompagné des circonstances locales propres à en constater la vraisemblance. Diogène , placé sur le devant du tableau, voyant un jeune garçon boire dans le creux de sa main , vient de jeter comme une superfluité la tasse de bois qui lui avoit servi jusqu'alors. Pour rendre plus frappant ce renoncement philosophique, il falloit le montrer à côté du séjour du luxe et des besoins factices. A gauche, et dans le fond, s'étend une ville riche; mais cette ville n'est point Athènes; ni ses bâtimens pour la plupart modernes, ni ce fleuve qui la traverse, ni l'aspect du sol, n'appartiennent à la capitale de l'Attique.
A droite, des coteaux couverts, non pas des vignes, des tristes oliviers, que nourrissoit le terrain pierreux de l'Attique, mais d'une magnifique végétation , forment une campagne délicieuse qui se prolonge sur les rives du fleuve, ornées, à perte de vue, du plus heureux mélange d'édifices et de verdure. Une douce vapeur se laisse apercevoir dans l'atmosphère : des baigneurs se jouent dans les eaux et sur les bords du fleuve; des pâtres se reposent à l'ombre; tout annonce un de ces jours bienfaisans où la vie devient facile, oii il semble que, pour être heureux, l'homme n'ait besoin que du sentiment de son existence et des simples plaisirs que lui fournit la nature. Tout écarte de la pauvreté volontaire du philosophe cette idée de souffrance ou de privation qui en feroit une folie. C'est de cette conception, traitée avec toute la liberté encore permise de son temps, que Le Poussin a tiré un des plus beaux ouvrages qui soient sortis de ses mains.
( Hauteur, i mi "> gs^ù». ^pirt.gpo««r.gi%i