PAR BERGHEM
La diversité des sites, la variété qu'il a tâché de mettre dans les attitudes de ses animaux, n'ont pas toujours préservé la perfection de Berghem d'un peu de monotonie. Le type général qu'il a reproduit avec tant de bonheur auroit eu besoin quelquefois d'être animé par un peu plus d'individualité: c'est ce qui donne, entre ses ouvrages, un mérite particulier à celui-ci. Lebas l'a gravé sous le titre de Retour à la ferme, bien que la ferme n'y soit pas indiquée, même dans le lointain; mais c'est qu'il est ici impossible de méconnoître l'intention du tableau et l'action des personnages; rien de vague, rien d'indécis, ni dans l'heure du jour, ni dans le mouvement des figures. Dans un site assez peu étendu, coupé d'arbres et de grandes masses de rochers, différents troupeaux sont venus se réunir auprès d'une source, pour s'y désaltérer, à la fin de la journée. Le soleil, à son déclin, darde sur la scène ses derniers rayons déjà affoiblis. Sur le devant du tableau, la fermière, montée sur un bœuf, un fagot placé en travers sur le cou de sa monture, se prépare évidemment à regagner son habitation, en y rapportant le fruit du travail de la journée. Les yeux et le doigt dirigés vers un point du ciel qui n'est pas celui où le soleil se couche, elle paroît cependant occupée d'observations qui lui indiquent d'une manière certaine ou l'heure du jour, ou le temps qu'elle se peut promettre pour la nuit ou le lendemain. Debout près d'elle, une jeune servante, en attitude de départ, tient sous le bras un agneau, pour qui la course qui reste à faire seroit sans doute trop longue. Près d'elle, la mère la regarde en bêlant. Deux vaches, les pieds encore dans la fontaine, qui occupe le devant du tableau, lèvent la tête, comme pour attendre ou recevoir le signal auquel elles ont accoutumé de se mettre en marche. La chèvre elle-même est oisive; et, à l'air désoccupé de l'âne, on voit qu'il n'a plus rien à faire. Tous ces animaux portent ici une physionomie expressive que ne leur apas toujours donnée le peintre; on y reconnoît l'instinct particulier, ou l'habitude, qui les dispose à une action commune à tous, et à laquelle tout se rapporte dans l'ensemble de la composition. Sur un plan un peu plus éloigné, dans un défilé formé par deux
LE RETOUR DES ANIMAUX, masses de rochers, dont la plus avancée se présente de face, et dans toute sa largeur, à la droite du tableau, un pâtre, environné d'un nombreux troupeau, fait résonner sa cornemuse, non pas assis, et pour charmer Fennui d'un long loisir, mais debout, et évidemment pour rassembler entièrement son troupeau, qui, déjà désaltéré, s'est remis en marche vers le lieu du repos. A la gauche, à travers les arbres et les rochers qui remplissent le terrain plus ouvert de ce côté, bien que terminé de même à l'horizon par des roches massives, on voit un homme et une femme reconduisant aussi quelques animaux, et emportant sur leur tête la bourrée qui va servir à réchauffer leur foyer. L'aspect de la campagne est encore vert; et, sur le devant, un chêne conserve encore la sombre vigueur de son feuillage; mais un autre arbre, jauni par les chaleurs, ainsi que la teinte pâle des rayons du soleil couchant, indiquent, sinon l'automne, du moins la fin de l'été. Tout dans ce tableau, destiné à faire pressentir le repos> est animé d'une intention spéciale et très marquée; ce qui, joint à l'originalité d'un site agreste sans âpreté, lui donne un charme peu commun.
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