‹ Le Musée royalChapitre 90 sur 120 · PAR BERGHEM · texte numérisé non relu

PAR BERGHEM

Um" mérite particulier à Berghem, c'est d'avoir réuni à un même et éminent degré le talent du paysagiste et celui du peintre d'animaux; en sorte qu'il a pu rassembler dans ses tableaux les différents genres d'intérêt que comportent les simples scènes auxquelles il avoit consacré son pinceau. Les animaux ne sont point pour lui un pur accessoire subordonné au caractère général de la composition; ils n'en sont point le sujet, comme on le voit presque toujours dans les tableaux de Paul Potter, et souvent dans ceux de Karl Dujardin. Ils en sont une partie nécessaire. Le paysage de Berghem est fait pour ses animaux, comme ses animaux pour son paysage. De ces divers éléments de sa composition, l'un ne saisit pas plus promptement que l'autre les regards et l'attention, mais ils frappent d'ensemble, et conservent dans l'effet général une égale importance.

Une pareille combinaison exige beaucoup d'art, et prive aussi de quelques ressources; tout effet un peu singulier, tout mouvement un peu vif détruiroit l'accord, et laisseroit une partie sacrifiée; aussi ce qui règne principalement dans les ouvrages de Berghem , c'est le calme et l'harmonie. La paix habite ses campagnes, mais une paix doucement animée, qui ne laissera place ni à ces rêveries profondes, trop voisines de l'agitation, ni à ces élans de vie presque désordonnés où nous emporte quelquefois la vue de l'espace, d'un ciel infini, d'un jour resplendissant. Le plus souvent ses devants, extrêmement rapprochés, laissent plutôt entrevoir que contempler des fonds clairs oii s'égareroit la vue; mais jamais non plus ces devants, quelque ombragés qu'ils puissent être, ne forment des repoussoirs saillants sur lesquels l'œil soit forcé de s'arrêter. De l'eau, un chemin nous en séparent, et en ont déjà dégradé les teintes; des reflets donnent aux ombres de la légèreté et de la transparence; un jour moelleux et indécis ne laisse venir d'aucun côté ces effets de lumière qui brisent les lignes et tranchent les nuances. Tout est repos pour Fœil et pour la pensée, et les animaux participent à cette universelle tranquillité. Rarement, si ce n'est dans les chasses, Berghem les met en mouvement

PAYSAGE

d'une manière active et individuelle qui indique en eux quelque intention et quelque spontanéité. La marche d'un troupeau, le passage d'un gué, sont pour lai une occasion de diversifier les aspects sous lesquels il les présente plutôt que Faction qu'il leur attribue. Aussi réussit-il parfaitement à rendre cette expression de vague et distraite incurie, qui est le caractère général de la bête de somme, et du bétail accoutumé à se laisser conduire, et ne reproduit-il pas souvent les animaux auxquels ce caractère ne sauroit appartenir. Le chien du troupeau est, pour l'ordinaire, le seul animal intelligent de son tableau, et quelquefois, comme dans celui-ci, le troupeau n'a pas de chien. Une vache qui mugit sur un plan déjà assez éloigné; sur le devant, une chèvre impatiente de s'échapper des mains d'une jeune fille qui la trait, tandis que de la main une autre femme cherche à la calmer, sont les seuls animaux qui ne partagent pas entièrement le repos général. La journée paroît près de finir; une vache qu'on vient de traire demeure auprès du seau qu'elle a rempli de son lait, dans l'attitude tranquille que lui a fait prendre la vachère. Béliers et brebis sont épars, couchés et désoccupés. Le berger, couché comme eux, arrête vaguement ses regards sur ceux qui sont le plus à sa portée. Les deux femmes sont seules occupées d'un soin positif, tout le reste passera bientôt de la langueur du soir au repos de la nuit. Le paysage est simple, mais bien meublé, et de l'effet le plus agréable. Quelques rochers, peu clairs et confusément entassés, d'où sortent de beaux arbres dont le feuillage touffu commence cependant à prendre les couleurs de l'automne, remplissent près de la moitié du second plan. Le premier est occupé par une source et par les bestiaux qui probablement sont venus s'y désaltérer. Ce qu'on aperçoit des lointains, peu étendus et dégarnis d'arbres, n'offre d'autre incident qu'un homme qu'on aperçoit à quelque distance, s'en allant avec son âne et son chien. Diverses plantes croissent sur les devants, et donnent l'idée d'un pâturage abondant entretenu par la fraîcheur de la source et l'ombre des arbres. Le ton, la touche, et le fini de ce tableau, sont tels qu'il appartient à Berghem.

Proportions.

Hauteur, Largeur,

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