UN GUÉ
que des habitudes plus régulières, des idées moins dissipées sur des objets étrangers à son art, auroient fait ressortir avec bien plus de force la singulière richesse de ce talent, et qu'un peu de méditation ajouté à cette vivacité merveilleuse qu'il sait répandre sur ses ouvrages l'eût pu conduire à des conceptions, à une vérité de vie digne des plus grands maîtres. Sans parler de ceux de ses paysages dont il a fait de véritables tableaux de genre , ses plus simples figures d'animaux se distinguent par une action, une physionomie qui leur est propre; mais on voit que, frappé en passant de quelques scènes qui auront souri à la gaieté de son esprit, il ne s'est pas mis fort en peine d'augmenter le nombre des idé'es qu'elles pouvoientlui fournir. On diroit qu'il s'est trop amusé à les reproduire, pour songer à les varier; ce qui n'empêche pas que quelquefois cette lutte d'un jeune chevreau qui essaie ses forces et ses cornes, ce chien qui s'élance en aboyant, cet âne qui brait ou s'opiniâtre contre la volonté de son maître, ne fassent presque tout le sujet d'un tableau riche de couleur, d'esprit, et de vérité. Il n'en est pourtant pas ainsi du paysage dont nous donnons ici la description, c'est l'un des plus soignés de Karl; et il semblerait avoir voulu s'y créer une difficulté contraire à celles qu'il surmonte ordinairement. Au lieu d'un paysage ouvert, presque nu, c'est un bois touffu et rapproché qui occupe tout le fond du tableau. A peine, surla droite, une ouverture laissée au passage de la rivière, qui tombe en cascade pour se répandre sur le devant, laisse-t-elle apercevoir un pont rustique sur lequel se hasarde un berger, son âne, et ses chèvres; et beaucoup plus loin, au haut d'une éminence, les tours crénelées d'une forteresse. Un soleil brillant éclaire cette échappée de vue et pénètre les masses du bois, où l'œil pénètre en même temps, guidé par une admirable perspective aérienne, par des effets piquans sans être forcés, et qui portent une incroyable variété au milieu de ces arbres et de ces terrains entassés. La rivière , que coupe à droite en deux branches une petite élévation où croissent aussi de grands arbres, forme en cet endroit un gué que traverse une paysanne assise sur sa charrette , et tenant son enfant. Un vieillard conduit le cheval; un homme monté sur un âne accompagne la charrette, un autre la pousse; un autre fait traverser le gué à une jeune fille qu'il emporte dans ses bras; plusieurs animaux font partie du convoi , d'autres le regardent passer, et contribuent à animer la scène par une attention générale portée sur un objet unique. Les teintes de ce paysage sont comme savoit les rendre Karl du Jardin.
Proportions.
Hauteur, o m - 91 cemim - — ^f^s IlP ouces Largeur, 1 26 =3 10
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