POLYMNIE
STATUE (*)
Du moment que les Grecs se livrèrent aux riantes fictions de la mythologie, et chantèrent les dieux et les héros, leur imagination brillante se créa des déesses qui présidoient aux facultés de l'esprit. Leur origine étoit incertaine, et leur nombre a varié. Les plus anciennes Muses étoient filles d'Uranus et de la Terre, et Ton n'en reconnoissoit que trois; Mélété, la Méditation; Mnémé, la Mémoire; et Aoïdé, le Chant. Homère, en invoquant les Muses, ne leur donne pas de noms, et il n'est pas certain qu'il y en eût neuf de son temps (i).
Hésiode donne aux neuf Muses les noms que nous leur connoissons (2). Si Ton en croit Varron et Pausanias, le nombre des Muses auroit été porté à neuf d'une manière assez singulière. Un habitant de Sicyone chargea trois statuaires, Céphissodote, Strongilion, et Olympiosthènes, de faire, au concours, les statues des trois Muses: les plus belles dévoient être consacrées dans un temple. Animés d'une noble émulation , les trois artistes produisirent de si beaux ouvrages, qu'embarrassée du choix, la ville de Sicyone fit l'acquisition des neuf statues; et l'on adora neuf Muses au lieu de trois. Mais, si le passage d'Hésiode est de lui ou de cette époque, l'anecdote de Varron et de Pausanias ne peut être d'aucun poids, car ces trois statuaires ont vécu quelques siècles après le poète de la Théogonie; il est même beaucoup plus ancien que Canachus, Agéladas, et Aristoclès (3), qui avoient fait les statues de trois Muses dont il est question dans l'Anthologie grecque (4).
Les noms des Muses indiquent les attributions qu'on leur avoit données; celui de Polymnie, ou Poljhjmnie, soit qu'on le dérive des hymnes
(2) Voyez Hésiode, Théog. , v. i - n5; Pausanias , 1. ix, c. 29, 3o, 3i; Apollodore, 1. i, c. 3. et les notes de Clavier.D'anciens commentateurs croyoient qu'Hésiode avoit emprunté une partie de ce passage à Homère , dans son hymne aux Muses et à Apollon. Mais ce fragment très-court pourroit appartenir aussi bien à Hésiode qu'à Homère , et peut-être n'est-il ni de l'un ni de l'autre. Voyez, sur ces vers de la Théogonie, les notes de Wolf.
(3) Ces trois statuaires peuvent être placés vers la 66 e olympiade (54 avant J. C.) ; les autres, vers la 1 20 e (3oo avant J. C.) ; Hésiode est du IX e siècle avant J. C. Voyez le Jupiter Olympien de M. Quatremère de Quincy, pag. 1 7 4, 191,352.
(4) Analecta de Brunck, vol. II, pag. i5, xxxv.
( ) Cette statue du Musée royal, salle de la Pallas, n° 235, haute de 5 pieds 1 o pouces ( 1 mètre 896 mill.) , vient de la galerie Borghèse. (Stanza VII, n° 12.) Voyez la Polymnie du Mus. Pio-Clement., vol. I, pl. XXIV.
(1) Dans l'Iliade et dans l'Odyssée, on ne trouve les Muses qu'en général et sans noms particuliers. Homère les appelle filles de Jupiter. Les neuf Muses pleurent aux funérailles d'Achille. (Odyss., 1. xxiv, v. 60.) Mais quelques scholiastes (ibid., v. 190), et 1 entre autres Eustathe, doutent de l'authenticité de ce passage. Il en est de même de celui de l'hymne 3o, adressée au Soleil; le poète invoque Calliope. Si ce fragment est d'Homère , c'est le seul endroit où il nomme une Muse.