‹ Le Musée royalChapitre 99 sur 120 · POLYMNIE · texte numérisé non relu

POLYMNIE

en l'honneur des dieux et des héros, ou de la mémoire, qui retient et perpétue les hauts faits , caractérisoit la Muse chargée de les recueillir et de les méditer. Au-dessous de la Poljmnie des peintures d'Herculanum, on lit Poljmnia-Mjthous (Poljmnie préside aux fables). L'on pourroit, avec quelque raison, regarder cette Muse comme une des filles d'Uranus. Le rapport de son nom avec celui de l'antique Mnémê; son caractère recueilli, qui convient à Mélétê, appuient cette supposition; et Ton sait d'ailleurs que quelques auteurs donnent le nom de Mnéia à une des anciennes Muses, et que, selon la doctrine des Orphiques, Polymnie présidoit à la sphère de Saturne avec Bacchus Àmphiétês. Plutarque croit que Poljmnie fut aussi nommée Polymathie.

Dans ces temps reculés, où la mjthologie étoit, pour ainsi dire, l'histoire de toutes les familles, Ton aimoit à rappeler, à chanter les faits des dieux et des héros, dont on se vantoit de descendre. Heureux les poètes et les rapsodes qu'inspiroit Poljmnie, et à qui elle accordoit le don d'une vaste mémoire; la Muse des souvenirs devoit être alors en grand honneur. Poljmnie présidoit aussi à la pantomime, ou à l'expression silencieuse des affections de Famé. Calme et plongée dans de douces méditations, enveloppée d'un manteau, emblème de l'obscurité qui voile les temps anciens, on la voit ordinairement représentée debout et appujée sur un rocher, peut-être celui de l'antre Corycium , dédié aux Muses. C'est ainsi que nous l'offrent l'apothéose d'Homère, deux bas-reliefs du Musée rojal, et la statue dont il est question ici. En songeant au penchant qu'a voit le génie des anciens à couvrir des idées ingénieuses du voile de Fallégorie, ne pourroit-on pas croire que le rocher sur lequel s'appuie Poljmnie indique que ce n'est qu'après avoir gravi avec peine la route hérissée de difficultés qui conduit à la science qu'on peut arriver aU repos ? Si l'on a donné des palmes aux Muses, c'est parceque cet arbre superbe et toujours vert est d'un accès difficile, et qu'on ne cueille qu'avec effort ses fruits et ses palmes, douce récompense de la gloire.

Plus grande que la Poljmnie du Musée Pio-Clémentin, celle du Musée rojal ne lui cédoit peut-être pas en beauté lorsqu'elle étoit entière; la partie antique de cette statue montre ce que devoit être celle que le temps a détruite; la draperie en est d'une grande perfection; les plis, savamment ajustés, tombent avec grâce et sans roideur. Cette statue a été restaurée par Augustin Penna, sculpteur romain, d'une manière qui fait honneur à son talent; et ce qu'on doit à son ciseau soutient la comparaison avec la partie antique : la tête, dune expression douce et agréable, demanderoit peut-être un peu plus de caractère et de sévérité dans les traits.

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