DIDIUS JULIANUS
STATUE (*)
L EMPIRE romain, mis à Fencan par des soldats qui venoient de massacrei leur maître, trouva un acheteur dans Didius Julianus, personnage consulaire d une réputation équivoque (i). Ses immenses richesses avoient allumé dans son cœur une ambition effrénée qui répondoit mal à la lâcheté de son caractère. Deux mois d\m règne troublé par des craintes continuelles , et terminé par une catastrophe sanglante , furent le seul fruit que ce sénateur avide et imprudent retira de cet indigne marché (a).
Une si courte période n’a point empêché que des statuaires du temps ne nous aient laissé quelques portraits de cet empereur éphémère. Ils sont d un style élégant et d un assez beau fini. La comparaison de ses médailles ne laisse aucun doute sur ce fait. iN^ous retrouvons sur ces marbres tous les traits de sa physionomie, et ces touffes de cheveux élevées au-dessus du front et des tempçs, qui semblent caractériser plus particulièrement les portraits de Didius Julianus. Nous en pouvons citer deux (3) ; le plus certain, mais non le mieux terminé, est la statue que nous examinons.
Cette ligure en toge , du genre de celles dont on changeoit les tètes suivant les occasions (4), se lait remarquer par la belle disposition des draperies. Elle convient parfaitement à un empereur romain: nous voyons Didi us Julianus, dans ce même costume, sur le revers de ses médailles.
Si le sculpteur moderne qui a restauré cette statue avoit été dirigé par un antiquaire, il n’auroit pas négligé de placer dans la maiji droite du César le globe , symbole de l’empire , qu’il porte dans le type de ses
(*) De marbre de Luni, haute à peu près de 6 pieds ( I mètre g'jo centimètres). Ce monument avoit été tiré de Cassel. La tête antique n’appartenoit pas primitivement à la statue : les bras sont moderjies , ain.si que les parties inférieures, y compris les pieds. Le sculpteur qui a exécuté ces restaurations auroit dû donner à Didius Julianus les calcei, on chaussure sénatoriale, au lieu des crepidæ, espèce de sandales
qui ne couvrent pas les pieds.
(]) Dion, 1. Lxixi, §. iij Hérodien, 1. 115 Spartien, Didius Julianus.
(2) Il régna soixante-six jours.
(3) L’autre portrait de Didius Julianus est un buste qu’on voit au Vatican. {Museo Pio-Clement., l. VII, tav. 21. )
(4) Pline, 1. XXXV, §. 2.
DIDIUS JULIANÜS.
médailles , et qui a rapport au titre fastueux qu’on remarque dans la légende, rectoii oiibis, ïarbitre du monde (i).
Le rouleau qu’il tient de la main gauclie , et le eoffre qui est à ses pieds, font partie de la restauration.
Le premier peut faire allusion au discours que le nouvel empereur tint dans l’assemblée des sénateurs, étonnés autant qu’indignés d’une élection si honteuse.
Le second est un accessoire usité des statues en toge, et leur sert ordinairement de soutien : c’est un scrinium (a) , qu’on suppose contenir les papiers relatifs aux affaires que le personnage représenté devoit traiter dans les conseils, ou discuter au barreau.
(i) Eckhel, D. N., t. Vlï, p. i4g, a mal décrit ce type, qu’oQ peut voir exactement rendu par Pierre Santi Bartoli, dans l’ouvrage d’Havercamp, Médailles du cabinet de la reine Christine, etc. , planche xxrv, 6.
(a) On a dit mal-à-propos que le sculpteur moderne semble avoir voulu indiquer par cette cassette celle qui renfermoit le prix de l’empire. (Filhol, Galerie du Musée , t. Xj n° 678.)
LA PYTHONISSE DENDOR,