PAR JEAN GLAUBER
Jean Gladber, né à ütrecht en 1646, eut à vaincre, pour suivre la carrière où lappeloit la nature, la volonté de ses parens et ces obstacles de famille qui, rendant plus difficiles les premiers pas des lioniines supérieurs, ont souvent accru leur talent, en fortifiant leur goût et leur zèle. On ne lui permettoit d apprendre le dessin que comme amusement ; la difficulté fit de cet amusement sa principale affaire; il se lia avec des artistes, profita de leurs conseils, et parvint enfin à entrer dans l’école de Rergliem, où il porta une grande ardeur et un goût naturellement enclin à chercher le beau.
R paroît que l’élégance et la grâce des paysagistes italiens lui plaisoient déjà davantage, à cette époque, que la fraîeheur, la vérité, la plénitude, si l’on peut le dire, des ouvrages de son maître : il laissa voir du moins dès-lors une grande prédilection pour la nature italienne, et pour ceux qui la reproduisoient dans leurs tableaux. Cette prédilection le détermina enfin à partir pour ritalie; il alla d’abord à Rome, fut bientôt avantageusement connu, et étudia sans relâche les sites des environs. Il se rendit ensuite à Padoue et à Venise, où son coloris acquit plus de moelleux et de fraîcheur. Rappelé dans le nord par le désir de revoir sa patrie, il se fixa à Hambourg ; quelques-uns de ses tableaux portés en Danemarck y obtinrent un tel succès, qu’il ne put se refuser à aller passer quelque temps à Copenhague; au bout de six mois il revint à Hambourg, et quitta cette dernière ville en i684 pour s’établir à Amsterdam, où l’amitié de Lairesse et la société des artistes qui se réunissoient chez ce peintre célèbre le fixèrent jusqu’à sa mort, survenue en 1726.
Il peignit, de concert avec Lairesse, Albert Meyring et Thierry Maas, les paysages qui ornent les anciens appartemens du Statbouder Guillaume III, roi d’Angleterre, et de la reine Marie.
Le caractère particulier du talent de Glauber est la grâce et l’élégance; les tableaux de sa main que nous connoissons n’offrent pas ces grandes masses, cette vigueur de pinceau, ces brillans effets de lumière, cette
UN PAYSAGE
magie de vérité qui appartiennent à d’autres paysagistes : on y admire uu goût délicat, habile à choisir des formes agréables et légères, et à les disposer avec art, un fini précieux qui, quoi qu’en dise Descamps, peut paroître quelquefois trop minutieux et trop délié, mais qui flatte les regards et attire l’attention sur des détails toujours gracieux. Le tableau dont on voit ici la gravure en est un exemple : peut-être les rochers et la cascade placés à la droite auroient pu former des masses plus fortes, plus larges , et produire ainsi plus d’effet ; peut-être le feuillé des grands arbres à la gauche est trop découpé , trop fin ; mais l’ensemble a de l’élégance et du charme; les fonds sont légers et harmonieux; la composition est bien entendue, l’exécution très-soignée; et les figures, ouvrage de Lairesse, donnent à ce joli tableau un nouvel intérêt.
Jean Glauber avoit un frère, Jean-Théophile (^Gottlieb) , et une sœur Diane Glauber, qui suivirent la même carrière; Jean-Théophile, après avoir séjourné quelque temps à Paris et à Lyon, alla rejoindre son frère en Italie, et vécut ensuite en Allemagne, où il peignit des paysages et des ports de mer. Comme ou le confond assez souvent avec son frère, il ne seroit pas impossible que le petit tableau dont nous venons de parler fût de lui : les deux frères avoient à peu près la même manière, quoique Jean-Théophile fût encore plus fini et plus soigné que Jean. « Diane Glauber, dit Descamps, a réussi dans le portrait et dans quelques tableaux d’histoire : elle eut le malheur de perdre la vue long-temps avant sa mort, dont le temps n’est point connu (i). »
(i) Voyez Descamps, f^ies des Peintres flamands, etc., t. III, p. 187 — igo et 333 — 335.
Proportions.
Hauteur, 0°’“" 36' Largeur, 0 4^
iPou«. 3Hg. 584.
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