‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 102 sur 143 · LA PYTHONISSE D’ENDOR · texte numérisé non relu

LA PYTHONISSE D’ENDOR

sent déjà ces effrayantes paroles qu’il va prononcer sur Saül : Demain, vous et vos fils serez avec moi. Mais, comme pour annoncer à Saül sa réprobation, les premiers regards de Samuel sont fixés sur la Pythonisse, qui n’a point fini le travail de l’évocation, ainsi qu’on le voit par la violente contraction de ses traits et de ses membres , et par la branche de verveine quelle continue d’agiter de la main gauche au-dessus de la flamme placée sur un autel, tandis que de la main droite elle anime cette flamme en y jetant de nouveaux ingrédiens. R y a donc lieu de croire que le peintre a saisi l’instant de l’apparition, et l’a voulu rendre également sensible aux deux principaux assistaiis : mais il semble qu’il ait cherché à conserver dans les serviteurs de Saül quelque chose de la circonstance indiquée par l’Écriture; ils ne regardent point Samuel, qui, s’ils pouvoient le voir, devroit être certainement le principal objet de leur curiosité : placés à quelque distance, dans un lieu bas, au-dessus duquel ils ne se montrent qu’à mi-corps, mais d’où toute la scène se déploie devant eux , ils n’ont d’attention que pour la Pythonisse , et ne paroissent pas même apercevoir les spectres qui remplissent le fond du tableau, confondus dans la nuit et dans la fumée.

Ces spectres, ainsi que l’armure dont le peintre a revêtu les trois guerriers , appartiennent plutôt au temps d’Armide qu’à celui de Saül. A 1 époque où peignoit Salvator Rosa, les idées de magie échauffoient les imaginations, et la peinture se plaisoit à inventer et à multiplier des monstres. Du moins ici Salvator Rosa les a placés dans un sujet auquel ils paroissoient convenir, quoiqu’ils en interrompent un peu trop le religieux silence. Au reste on retrouve dans cette composition l’ardeur et la terrible énergie du peintre; sa couleur forte et sombre s’adapte admirablement au sujet, et contribue beaucoup à l’effet singulier et frappant de ce beau tableau.

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