‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 106 sur 143 · UN YACHT HOLLANDOIS · texte numérisé non relu

UN YACHT HOLLANDOIS

port, d’où il les avoit fait sortir malgré eux ; alors, sans parler à personne, sans s’arrêter, il couroit dans son atelier pour reproduire ce qui avoit frappé ses yeux et excité son imagination; et la vérité, la grandeur effrayante des scènes qu’il nous a laissées, attestent jusqu’à quel point il a su pousser le courage et conserver le sang-froid.

Tout fut honorable dans la vie de Backliuisen , parce que tout fut réglé dans son caractère. Ses mœurs lui acquirent la considération; son goût pour les lettres lui valut l’amitié des poètes et des savans les plus célèbres de son temps. Les princes, empressés d’acheter ses tableaux, se plurent à l’honorer de leurs visites. Il dirigea le czar Pierre dans l’étude de la construction des vaisseaux, qu’il avoit appris à bien connoitre pour les mieux peindre; il dessina aussi pour ce souverain plusieurs des principaux vaisseaux d’Amsterdam. Ces occupations ne lui faisoient pas oublier son premier talent; il avoit inventé une méthode d’écriture, encore suivie en Hollande, et consentit souvent à en donner des leçons. Lorsqu’il sentit les approches de la mort, il alla lui-même chez son marchand de vin choisir le vin qu’il est d’usage, en Hollande, d offrir à ceux qui assistent à un enterrement. Il lit la liste de ceux quon devoit y inviter; et, mettant dans une bourse autant de florins qu’il avoit vécu d années, il pria par son testament ses amis d’accepter cette somme pour se réjouir en son honneur, et de boire son vin d’aussi bon cœur qu’il le leur donnoit. Il mourut peu après, le 7 novembre 1709, âgé de soixante-dix-huit ans.

Rien ne se peut ajouter à la vérité, à la beauté, à l’effet des marines de Backhuisen, soit qu’il représente la fureur des vagues et tous les accidens de la tempête , soit que les eaux d’une mer moins agitée réfléchissent le ciel gris de la Hollande; la couleur, le mouvement, tout y est. Le fini de ses tableaux est admirable, et la science des détails digne du reste. Il a presque toujours peint des tempêtes, ou du moins des temps orageux ou couverts. Dans le tableau dont nous donnons ici la description, un yacht aborde et débarque des passagers dans une anse paisible; mais la couleur du ciel et un violent coup de vent annoncent le commencement d’un orage. Des arbres sont répandus sur le rivage des deux côtés de l’anse; une maison de campagne est au fond.

( Hauteur, 6''°“"’ 6'*'-

Pjoioimo»». I Largeur, 6^

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