‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 107 sur 143 · GROUPE · texte numérisé non relu

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La vue des statues portraits excite naturellement dans le spectateur la curiosité de comioitre les noms de ceux qu’elles représentent, et nous sommes ordinairement disposés à en clierclier les modèles parmi les personnages dont la mémoire vit encore dans les annales des nations. Les antiquaires ont trop souvent secondé ce pencliant; et, en donnant des noms illustres aux portraits que les arts de l’antiquité nous but transmis, ils ont bien souvent mis à découvert leur défaut de critique. Cependant il ne faudroit pas non plus se jeter dans l’excès contraire, et mépriser, par un scepticisme sans raison , des conjectures probables. Cette considération disposera sans doute le lecteur à peser avec quelque attention les motifs d’après lesquels j’ai donné le nom de Messaline à cette matrone romaine qui , noblement drapée , et la tête couverte d’un pan de son manteau {palla), soutient sur son bras gauche un enfant qu’elle semble présenter avec complaisance au spectateur.

Le jet de la draperie autour du corps de cet enfant n’est pas vulgaire; il ne diffère en rien de celui qu’on remarque sur la plupart des images de Jupiter, quelquefois sur celles de ses fils Apollon et Bacchus, et fort souvent aussi sur les statues des empereurs romains , ces maîtres du monde, regardés par les peuples soumis comme des dieux mortels. Cet agencement de draperies donne à la petite figure un air de dignité qui siéroit mal à l’enfant d’un particulier; et d’ailleurs les dimensions mêmes du groupe conviennent parfaitement à des sujets tirés de la famille régnante.

Mais, si le costume de l’enfant est fait pour annoncer ses hautes desti-

(*) Ce groupe , de marbre grec , est haut de 6 pieds 4 pouces (a mètres 5 centimètres). Pierre Santi Bartoli dit dans ses Mémoires (a' i36 de Icdition de l'abbè Eea , Miscellanea, p. 260) qu’il fut trouvé hors la porte Saint-Laurent , près de la voie de Tibur, enfoncé dans une couche de ce sable volcanique qui est connu sous le nom de pozzolana. Des vestiges de

couleurs se conservoient encore sur les draperies , lorsque des négocians français l’achetèrent. La dernière restauration de ce groupe, qu’on avoit placé dans Icsjardins de Versailles, a été dirigée par feu M. Chaudet. La tête est linement exécutée; mais les draperies, quoiqu’agencées avec un grand goût, sont d’un travail médiocre ; elles étoient peintes.

MESSALINE AVEC BRITANNICUS ENFANT, nées, et montre en lui le fils d’un empereur, quelle sera sa mère? Elle porte une coiffure qui a été en usage à dater du règne d’Auguste et pendant la plus grande partie du premier siècle de l’ère chrétienne. A ces époques , l’iiistoire ne nous fait connoilre d’enfans mâles , nés dans la pourpre, qu’un fils de Claude, et un autre de Domitien. Mais le portrait de Domitia, l’épouse de ce dernier, est assez connu, et l’on ne retrouve pas ses traits dans ceux de la statue. Au contraire, les monumens de Messaline, quoique extrêmement rares, confirment à merveille l’idée que ce groupe la représente avec son fils Britannicus entre ses bras. Ce jeune prince vit le jour dans le palais des Césars, au commencement du règne de Claude son père. Des médailles et des pierres gravées, que j’indique dans la note (i), me semblent appuyer cette conjecture de manière à la rendre presque une démonstration : et il faut remarquer l’usage qu’on a suivi dans ces monumens de représenter Messaline avec ses enfans. Peut-être pensoit-elle que c’étoit le titre qui établiroit pour jamais son influence à la cour, et qui assurerait du moins l’impunité de ses crimes (2).

Nous avons donc sous les yeux la statue d’une impératrice cpii allia l’ambition et la cruauté à la débauche la plus effrénée, et qui, immolée à la juste vengeance de son époux, a laissé dans Fbistoire des traces ineffaçables de son infamie.

On pourra demander comment une statue de Messaline a été conservée après la catastrophe de cette princesse ? Les statues portraits étoient si multipliées dans l’antiquité , les endroits où on les plaçoit si variés , la famille à laquelle la mère de Britannicus appartenoit si puissante, l’espoir que son fils bériteroit un jour de l’empire si bien établi, qu’il n’est pas étonnant que, dans la retraite de quelque maison de plaisance, ou dans le parvis de quelque temple des environs de Rome, une de ses images ait échappé à la destruction (3). La négligence ou la reconnoissance des particuliers a laissé parvenir jusqu’à nous des statues ou des bustes de Néron, de Domitien, de Commode, et d’Élagabale, quoique leur mémoire fût proscrite, et leur nom détesté.

(i) Je citerai la médaille en grand bronze de Messaline, frappée à Nicée, qn’on peut voir au cabinet de la Bibliothèque du Roi , et le superbe camée de la même collection, que je ferai counoître dans \' Iconographie romaine, qui représente le buste de cette impératrice, avec ceux de ses enfans. On la voit accompagnée de même sur d'autres monumens.

(2) « Je SUIS la mere de Britannicus et s’écrioit-elle dans ses derniers momens, lorsqu’elle essayolt en vain d’obtenir sa grâce. (Tacite, Annal., XI, c. 34.)

(3) Comme ce groupe a été trouvé, non dans les débris d’un édifice , mais enseveli dans la terre vierge , on peut croire qu'on l’y avoit caché exprès.

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